Mercredi 16 juillet, Bijan Kazemi, prisonnier politique détenu depuis janvier 2025, a informé sa mère, lors d’un bref appel téléphonique – le premier après 12 jours de silence total – qu’il avait été transféré dans un refuge du ministère du Renseignement à Qom. Il s’agissait de sa première communication depuis son transfert suspect de la prison du Grand Téhéran, et il a exprimé de vives inquiétudes quant à son bien-être physique et mental, notamment au risque de torture et de disparition forcée.
Sa mère, Mme Khosravi, a déclaré dans un communiqué : « Bijan a appelé ce soir pour dire qu’il est détenu dans un refuge du ministère du Renseignement à Qom. Je ne sais pas s’il est vivant. »
Les refuges sont des installations secrètes gérées par les services de renseignement, échappant à tout contrôle judiciaire. Ces lieux sont régulièrement associés à la torture, aux violences psychologiques et aux aveux extorqués. Les militants des droits humains ont mis en garde à plusieurs reprises contre l’utilisation systématique de ces espaces illégaux, les décrivant comme un symbole évident des violations généralisées des droits humains par le régime iranien.
De l’arrestation à Khorramabad à la disparition forcée à Qom
Bijan Kazemi a été arrêté le 19 janvier et a d’abord été détenu et interrogé au centre de détention du ministère du Renseignement à Khorramabad. Il a ensuite été transféré au quartier 241 de la prison d’Evin (sous le contrôle de l’Unité de protection du renseignement du pouvoir judiciaire), puis au quartier 209 (directement supervisé par le ministère du Renseignement). Suite au bombardement de la prison d’Evin, il a été transféré à la prison de Fashafouyeh. Enfin, le 1er juillet, lui et un groupe d’autres détenus ont été transférés vers un lieu tenu secret, désormais identifié comme l’un des refuges du ministère du Renseignement à Qom.
Durant toute cette période, aucune accusation officielle n’a été portée contre lui, il s’est vu refuser l’accès à un avocat et n’a été autorisé qu’à de très brefs appels pour informer sa famille qu’il était toujours en vie.
Droits légaux conditionnés à la coopération avec le ministère du Renseignement
Selon sa famille, les agents de sécurité ont explicitement déclaré que l’accès à un avocat, aux visites familiales ou à toute procédure judiciaire était conditionné à la « coopération avec le ministère du Renseignement ». Cette pratique est l’une des méthodes courantes du régime pour fabriquer des dossiers et extorquer de faux aveux.
Lorsqu’un prisonnier est soustrait au regard des organes de surveillance, de sa famille, voire du système judiciaire, les conditions sont réunies pour qu’il soit soumis à la torture physique, aux pressions psychologiques, aux menaces contre les membres de sa famille et aux aveux télévisés forcés. Les organisations de défense des droits humains ont averti que, dans les conditions actuelles, notamment dans le contexte de la récente crise de guerre et du climat sécuritaire renforcé, ces circonstances pourraient conduire à de graves violations des droits humains à l’encontre des prisonniers politiques.

