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Iran : On ne peut pas étouffer la voix d’une nation consciente de ses droits

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Iran Focus, Paris, 14 février – A l’occasion du 26e anniversaire de la révolution en Iran, les Iraniens partisans de la résistance au despotisme religieux, avaient décidé d’organiser à Paris une manifestation d’envergure pour protester contre les violations des droits de l’homme. Prévue le 10 février, les organisateurs attendaient 50 000 personnes sur le Parvis des droits de l’homme puisque la préfecture de Paris et les autorités françaises y avaient donné leur aval.

Plus de 250 parlementaires en Europe et une soixantaine d’organisations françaises et d’ailleurs parrainaient l’initiative. On y trouvait notamment l’Association des travailleurs maghrébins de France, le Conseil des démocrates musulmans de France, Démocraties, Ensemble contre la peine de mort, la Fédération Sud des étudiants, France Libertés, la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, le Mouvement pour la Paix, le MRAP, les Nouveaux Droits de l’Homme, l’Organisation mondiale contre la torture, le Parti radical de gauche, l’Union des étudiants juifs de France, l’UNEF…

Or pour la dictature religieuse, fragilisée par son isolement intérieur, une manifestation pacifique en faveur de la résistance, même à plusieurs milliers de kilomètres, est intolérable. Elle en exige alors l’annulation. Son ambassadeur à Paris, Sadegh Kharrazi, mène trois séries de tractations avec les autorités françaises qui lui assurent finalement qu’elles lui donneront satisfaction. Téhéran a en effet menacé de quitter la table des négociations nucléaires si la manifestation avait lieu. Il a également mis en garde la France que l’absence de pression sur la coalition de l’opposition, le CNRI, entraînerait la révision des contrats économiques signés et l’arrêt de nouveaux contrats.

C’est ainsi que le 4 février, sous la pression et malgré son autorisation préalable, le préfet de Paris interdit la manifestation sans la moindre explication.

La décision provoque un tollé de protestations chez les défenseurs des droits de l’homme. La LDH par la voix de son président Michel Tubiana, condamne « cette atteinte à la liberté de manifestation que rien ne peut justifier » La LDH ajoute que la manifestation « a un but parfaitement légitime : dénoncer un régime religieux qui bafoue tous les jours la démocratie et viole, en permanence, les libertés individuelles et collectives.(…) Cette décision du gouvernement français s’inscrit dans la démarche qui a déjà conduit à rafler, il y a plus d’un an, plus d’une centaine de réfugiés politiques iraniens sans que la procédure judiciaire actuellement en cours n’ait la moindre crédibilité. Les mesures d’expulsion prises, en même temps, par le Ministre de l’Intérieur ont été censurées par les juridictions administratives. Rejoignant la démarche des autorités iraniennes, le gouvernement français tente de faire peser l’accusation de terrorisme sur ceux et celles qui s’opposent au régime iranien. Aucune considération de quelque nature qu’elle soit ne peut justifier que le gouvernement français se mette au service des intérêts d’un régime qui est une offense à la conscience universelle. »

Des milliers de Français, dont certains comptaient manifester, signent une pétition condamnant le marchandage. « Cela revient à se plier aux exigences de ce régime. Cette décision est contraire à l’éthique et aux valeurs de la France, pays des droits de l’homme (…) C’est une violation des principes démocratiques. C’est aussi une grave erreur politique, car elle encourage les mollahs à accentuer la répression en Iran et à étendre leur oppression au-delà de leurs frontières. »

Le Comité organisateur tient le 8 février une conférence de presse en présence des organisations ayant parrainé la manifestation et des personnalités comme, Mgr Jacques Gaillot, Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP, Pierre Bercis, président des Nouveaux Droits de l’Homme, Jean-Pierre Béquet maire d’Auvers-sur-Oise et président des maires socialistes et républicains du Val d’Oise, Gilles Paruel, ancien bâtonnier du Val d’Oise, Jacques Loch du mouvement Emmaüs liberté, Mohammad Mohadessine, président de la commission des affaires étrangères du CNRI, Yves-Jean Gallas, vice-président du Mouvement de la paix, ainsi que des représentants de syndicats. Parmi les associations du Val d’Oise, on trouve le Collectif citoyen 95, L’Oiseau de la Liberté et Les Grands Lacs.

Les conférenciers signent une déclaration de soutien à la manifestation qui va se dérouler le 10 février pour les mêmes motifs à Berlin : « Nous exprimons notre solidarité avec les objectifs de la manifestation des Iraniens le 10 février à Berlin. Nous soutenons comme les manifestants, un changement démocratique en Iran, non pas par une guerre ou par le marchandage, mais par les Iraniens et leur résistance. Ce rassemblement démontre leur volonté d’instaurer la liberté en Iran. »

Le 8 févier, resté jusque là silencieux face aux demandes des journalistes et aux protestations d’une quarantaine d’organisations dont le MRAP, la Fondation France liberté et le CRIF, le préfet de Paris publie finalement un communiqué de presse feignant d’ignorer les motifs de la manifestation.

Pourtant la demande d’autorisation avait bien été déposée le 22 décembre. Dès lors, l’appartenance politique des organisateurs et leur sympathie pour le Conseil national de la Résistance iranienne étaient parfaitement claires et jusqu’au 1er février, les autorités concernées n’avaient cessé de réaffirmer leur accord.

Dans son communiqué, la préfecture de Paris se fend d’une énorme mystification faisant du CNRI, la coalition de l’opposition démocratique, le porte-parole de l’organisation des Moudjahidin du peuple (OMPI), une de ses propres composantes!

Le communiqué du préfet ne manque pas non plus de piquant quand il évoque le « contexte international actuel ». Ne s’agit-il pas des tractations en coulisses avec Téhéran ? Il est vrai qu’en faisant croire que face au risque de guerre, seules les concessions aux mollahs payent, une manifestation de soutien à une solution iranienne pour un changement démocratique fait figure de chien dans un jeu de quille.

A la surprise générale, le comité organisateur, loin de se démonter, appelle à manifester le 10 février à Berlin où une manifestation était prévue et dûment autorisée.

Malgré les lourds préjudices financiers, la diaspora iranienne opère dans un élan remarquablement synchronisé un quart de tour vers Berlin.

Bien qu’elles l’aient autorisée depuis plusieurs semaines, les autorités allemandes décident soudain à leur tour d’interdire la manifestation. Dès l’aube, la police bloque les aéroports, les gares et l’entrée de la capitale aux Iraniens.

Le gouvernement allemand a donc lui aussi cédé aux pressions de Téhéran, et plus étonnant, de Paris qui estime perdre la face en laissant se dérouler à Berlin ce qu’il a prohibé chez lui.

Voyant qu’on leur interdit la Porte de Brandebourg, et malgré la pluie glacée qui les transit, plus de dix mille manifestants, pacifiques mais résolus, forts de la sympathie affichée des Berlinois, réussissent dans un jeu de cache-cache avec la police omniprésente, à investir à 10h du matin la Nikolsburger Platz. Ceux qui s’en voient refuser l’accès, déambulent par petits groupes dans la capitale. Les hélicoptères de surveillance rapportent la présence de points jaunes et bleus, les couleurs de la manifestation, un peu partout dans la ville. Sur les artères, des files de voitures, phares allumés, klaxonnent et laissent bien en évidence dépasser des fenêtres des pancartes où on peut lire « La démocratie en Iran avec Maryam Radjavi ». Les bus vidés des manifestants attendent patiemment, en rangs serrés le long des avenues, des portraits des dirigeants de la résistance collés aux vitres.

A 11h30, une conférence de presse est improvisée sur la Nikolsburger Platz en présence de personnalités, elles aussi bien décidées à faire valoir les droits de la résistance. M. Mc Millan-Scott, vice-président du parlement européen, Struan Stevenson eurodéputé britannique, André Bery, eurodéputé allemand, Lord Tony Clark, Pierre Bercis président des Nouveaux Droits de l’homme et l’avocat William Bourdon vont dénoncer et condamner les efforts des mollahs et la complicité des gouvernements français et allemand pour empêcher les Iraniens de manifester en toute légalité à Berlin.

Les organisateurs déposent plainte en urgence auprès de la justice berlinoise. A 12h30, le tribunal tranche en faveur des Iraniens et décrète que l’annulation est injustifiée. La manifestation à la Porte de Brandebourg est donc autorisée. Explosion de joie sur la Nikolsburger Platz et applaudissements aux fenêtres des immeubles qui l’entourent.

Dès l’annonce du verdict, une à une, les voitures de police disparaissent, Berlin sort de cet état de couvre-feu qui ne veut pas dire son nom. Le bouche à oreille et le téléphone portable aidant, ils sont des milliers, trempés, heureux et plus déterminés que jamais, à converger vers la célèbre Porte de Brandebourg.

En moins d’une heure, ils s’organisent. Un camion vient monter la scène. La sono est mise en place. Les bannières sont distribuées. Les tambours battent le rythme des slogans : « Non au marchandage, Non à la guerre étrangère, Oui au changement démocratique avec la résistance iranienne ! ». Les manifestants s’enveloppent d’imperméables transparents. Les orateurs allemands, français, irakiens, écossais, grecs, iraniens se succèdent à la tribune. Le discours de la présidente Maryam Radjavi, retransmis en direct, fait vibrer les cœurs de ces milliers de femmes et d’hommes qui se sont battus pour leur droit à la liberté d’expression.

Ils fêtent une victoire de la justice sur le marchandage. Une manifestante affirme au terme de cette journée riche en retournements que l’aide des pays européens ne pourra pas sauver la tyrannie religieuse et que les Iraniens fort de l’appui de l’opinion publique en occident feront valoir leur droit légitime à un changement démocratique avec leur résistance.

N’est il pas temps que les pays occidentaux comprennent qu’ils ne peuvent continuer à entraver une opposition qui incarne la volonté de la majorité des Iraniens à se débarrasser de la dictature intégriste?

A. Pirouz

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