Sous les voûtes majestueuses du Château de Montvillargenne à Chantilly, la Société des Auteurs et Artistes Francophones (SAAF) a célébré samedi 4 octobre 2025 sa grande cérémonie annuelle « Palmarès 2025 ».
Cet événement met traditionnellement à l’honneur des créateurs dont l’œuvre et l’engagement contribuent à faire rayonner la francophonie culturelle et la liberté d’expression. L’édition 2025 s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités du monde littéraire et artistique, dans une ambiance d’émotion et de convivialité.
Dans son discours d’ouverture, Adelina Mateus, présidente de la SAAF, a rappelé l’importance de soutenir la création francophone et a félicité l’ensemble des lauréats pour « leur talent, leur courage et leur contribution à la beauté du monde ». Ensuite un diaporama défile faisant découvrir les noms, visages et disciplines de chaque récipiendaire.
De nombreux artistes et écrivains ont été récompensés lors de cette édition 2025, parmi lesquels Marc Verillotte (Grande Médaille d’Or 2025), Martine Trouillet, Frédéric Julien Bonheur, Alexis Chartraire, Monique Coant-Blond, Philippe De Riemaecker, Rosana Largo Rodríguez, Pascual Ruiz, et bien d’autres.
Parmi les figures honorées, Massoumeh Raouf, écrivaine et militante iranienne exilée en France, a reçu la Médaille d’Argent littéraire de la SAAF pour l’ensemble de son œuvre et son engagement en faveur de la liberté d’expression.
Le ténor Kenny Ferreira a ému le public avec deux interprétations magistrales : Je crois entendre encore de Bizet et Una furtiva lagrima de Donizetti.

Une reconnaissance pour un parcours d’exception
Lors de l’évènement, Joëlle Charbonnier a remis la médaille d’Argent littéraire de la SAAF à Massoumeh Raouf, saluant son courage, sa résilience et son œuvre engagée. Ancienne journaliste iranienne, Massoumeh fut arrêtée en 1981 par le régime des mollahs et condamnée à vingt ans de prison pour ses opinions politiques. Après huit mois de détention, elle parvient à s’évader et vit dans la clandestinité, d’abord en Iran, puis au Kurdistan iranien et irakien, avant de trouver refuge en France en 1985.
Malgré les épreuves, notamment l’exécution de son frère lors du massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988, elle transforme sa douleur en engagement.
En exil, elle participe à plusieurs projets de recherche sur les prisons iraniennes. Ses travaux, dont Massacre des prisonniers politiques et Des héros enchaînés, témoignent de la répression subie par les opposants.
Elle rend également hommage à son frère à travers la bande dessinée Un petit prince au pays des mollahs. Militante infatigable, elle poursuit aujourd’hui son combat pour que justice soit rendue aux victimes du massacre de 1988. Son parcours exemplaire a été salué par un public profondément ému et admiratif.
Le message fort de Massoumeh Raouf
Visiblement émue, la lauréate a prononcé un discours à la fois sobre et bouleversant :
« Recevoir aujourd’hui cette médaille d’argent pour les livres que j’ai écrits en français est une source de grande fierté.
Mon chemin vient de loin : il vient de la langue persane, la langue séculaire de la poésie et de la littérature classique.
Le passage à la langue française était un parcours long et exigeant. Écrire, pour moi, est un véritable combat, d’autant plus que, dans mon pays, mes écrits sont interdits de publication et que je suis personnellement condamnée à mort pour mes idées.
C’est donc la nécessité de briser le silence et de résister à l’effacement qui m’a conduit à écrire en français, à partager non seulement mon histoire, mais aussi celle de l’Iran contemporain à travers mes livres. Le français est devenu pour moi la langue de l’exil, mais aussi le refuge et la forteresse de ma liberté d’expression.
Je dédie cette reconnaissance à la mémoire de mon frère Ahmad, victime du massacre des prisonniers politiques de 1988, et aux plus de trente mille héros fauchés durant cette tragédie. Je la dédie à toutes les victimes du régime archaïque et sanguinaire des mollahs.
Enfin, je la dédie à Maryam Radjavi, présidente de la résistance, aux femmes iraniennes, aux mères et à mes sœurs de combat, qui sont devenues l’emblème puissant et lumineux de la lutte du peuple iranien pour la liberté et la dignité. »
Ses mots, à la fois sincères et profonds, chargés de vérité et d’humanité, ont bouleversé l’auditoire.
Une célébration inoubliable
La cérémonie du Palmarès 2025 de la SAAF témoigne de la vitalité de la francophonie, de la solidarité entre créateurs, et de cette conviction que la littérature n’est jamais neutre —
qu’elle est mémoire, révolte, connexion. Le choix de distinguer Massoumeh Raoouf ce soir-là, dans ce décor somptueux, fut un signe fort : celui d’un engagement à donner voix à l’invisible, à célébrer la résistance des mots contre le silence.
À tous les organisateurs, bénévoles, mécènes et artistes — merci pour cette soirée inoubliable, pour ce pont tissé entre les cultures, les langues et les âmes. Que la SAAF continue de rayonner, de fédérer, et d’offrir des tribunes aux voix qui osent, malgré tout, parler.

