IranIran (actualité)La militarisation de la politique inquiète

La militarisation de la politique inquiète

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Figaro, Téhéran, 11 juin – Sur leurs affiches électorales, ils ont tombé la veste militaire et s’affichent en élégants costumes de ville. Trois des cinq candidats conservateurs sont issus du corps des pasdarans, les Gardiens de la révolution, la puissante armée d’élite, fidèle au guide religieux et aux valeurs révolutionnaires.

Mohsen Rezaï, barbe brune et visage carré, en a été le chef pendant seize ans. Mohammad Bagher Ghalibaf, originaire de la ville sainte de Mashhad, y a dirigé les forces de l’air, avant d’être projeté, en 1999, à la tête de la police iranienne. Quant à Ali Larijani, qui a officié pendant des années comme directeur de la télévision d’Etat, également proche conseiller du guide religieux, il fut un temps où il occupa le poste d’adjoint au chef des pasdarans.

De quoi inquiéter les Iraniens, qui redoutent une militarisation de la politique. «Quand Ghalibaf dirigeait la police, de nouvelles directives ont commencé à circuler pour obliger les restaurants et les épiceries à fermer avant minuit. Les rassemblements politiques étaient ultrasurveillés. Si c’est un ancien militaire comme lui qui est élu, on va finir par nous imposer la loi martiale !», s’exclame un responsable d’une ONG iranienne chargée de la question des droits de l’homme, qui préfère rester anonyme.

Dès son premier meeting de campagne, Ghalibaf s’est pourtant efforcé de disperser les doutes. «Quand j’étais chez les pasdarans, c’était pour défendre ma patrie. Mais quand j’ai rejoint la police, je me suis efforcé de me ranger du côté de la société. Si je voulais abuser de mon pouvoir, je l’aurais fait avant», déclarait-il en insistant sur son «indépendance politique». Mohsen Rezaï, pour sa part, n’a pas honte de mettre en valeur son passé. «La situation actuelle de l’Iran, sous pression de la communauté internationale, nécessite un gouvernement qui ait une fibre à la fois politique et militaire», confiait-il récemment au quotidien Iran.

L’entrée des pasdarans dans l’arène politique a en fait commencé dès les législatives de février 2004, auxquelles de nombreux réformistes furent interdits de se présenter. Au sein de la majorité conservatrice élue sans surprise, un grand nombre de nouveaux députés avaient des origines militaires. Créée en 1979, parallèlement à l’armée régulière, pour «combattre les ennemis de la révolution islamique d’Iran», les quelque 350 000 hommes de l’armée des pasdarans se trouvent sous le commandement direct du numéro un du régime, l’ayatollah Ali Khamenei. Ils ont joué un important rôle militaire dans le conflit Iran-Irak (1980-1988). Plus de quinze ans plus tard, certains d’entre eux envisagent une reconversion et visent d’autres responsabilités.

Restés jusque-là l’écart des grandes décisions économiques et politiques, les pasdarans n’ont pas hésité, l’an dernier, à utiliser leur pouvoir en ordonnant la fermeture du tout nouvel aéroport de Téhéran le jour même de son inauguration. Raison avancée : la société turque en charge des services aéroportuaires aurait eu des liens avec Israël. Mais la rumeur prétend plutôt que des sociétés proches de certains Gardiens de la révolution convoitaient le contrat.

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