IranIran (actualité)A Téhéran, les candidats peinent à séduire

A Téhéran, les candidats peinent à séduire

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Figaro, Téhéran, 11 juin – Une ambiance festive. Sous un soleil de plomb, au pied des montagnes qui surplombent Téhéran, de jeunes Iraniennes en foulards colorés, dressées sur des patins à roulettes, dessinent un cercle sur la place Tadjrich avant de s’engouffrer dans les embouteillages. Entre deux coups de klaxon, elles distribuent des roses rouges. On croirait voir les fans de l’équipe iranienne de football, fraîchement qualifiée au Mondial 2006. Mais à lire l’étiquette «Hashemi» collée sur leurs manteaux, on comprend vite que ces «pom pom girls» version islamique sont en fait les promotrices d’Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, un des huit prétendants à la présidentielle du 17 juin ! «Nous voulons encourager la jeunesse à voter», se justifie Yasser Hashemi, 34 ans, le plus jeune fils de ce candidat conservateur, coiffé du turban des religieux et qui se présente comme un «pragmatique». A une semaine de l’élection, les candidats sont prêts à tout pour attirer les foules. Leur défi est de taille. Déçus par les réformes de Khatami, fatigués par un régime qui ne répond pas à leur soif démocratique, désespérés d’obtenir un système économique plus transparent, la plupart des Iraniens ont décidé de bouder les élections.

Comme ses concurrents, Rafsandjani possède un site Internet à la pointe de la modernité. Un de ses rivaux, le réformateur Mustafah Moïn, dispose même d’un «weblog», journal intime sur la Toile. Partout, les meetings politiques se déroulent sur fond de pop musique, même chez les plus radicaux comme Ali Larijani, ancien chef de la télévision d’Etat ! En début de semaine, sa virée au stade Shiroudi a frôlé le surréalisme. Sur la scène, des jeunes filles aux allures d’anges, dans leurs longs voiles bleu ciel, ont entonné en choeur des chants rythmés, pour annoncer son arrivée.

Les candidats, toutes tendances confondues, ne rougissent pas, non plus, à reprendre à leur sauce les formules magiques de Khatami, le président sortant : «société civile», «liberté d’expression». «Au fond, ils disent tous la même chose», remarque Hassan Nikzad, un fonctionnaire de l’Etat. «Mais lequel d’entre eux sera finalement capable de tenir ses promesses ?» s’interroge-t-il. «Moi, je ne voterai pour personne», clame, pour sa part, Saba Esfandiari, une des «pom pom girls» de Rafsandjani. Si elle participe à sa promotion, c’est, dit-elle, «pour s’amuser et se faire des copains !» Comme Saba, de nombreux jeunes, les principaux électeurs de Khatami en 1997, sont tentés par un boycottage du scrutin.

Si tout le monde évoque déjà un second tour, c’est Rafsandjani, 70 ans, qui arrive en tête des sondages. «Il propose de briser le tabou des relations avec l’Amérique, en proposant un rapprochement. C’est un homme de pouvoir, qui peut transformer ses paroles en acte», souffle Kaveh Tabatabaï, un des déçus de Khatami, qui a retourné sa veste en participant à la campagne de Rafsandjani.

Personne ne peut, pourtant, ignorer le succès croissant de Mohammad Bagher Ghalibaf, 43 ans, l’ancien chef de la police. Détesté des intellectuels, qui craignent, avec lui, une militarisation de la politique, il pourrait remporter un bon nombre de voix en province, où il vient de mener une grande tournée. Son nouveau look, – lunettes fumées et veste en daim, lui donne des airs de sympathique technocrate. Fatigués des débats politiques, les milieux traditionnels voient en lui un homme qui sait prendre des décisions concrètes. C’est lui, notamment, qui est à l’origine du numéro d’appel gratuit «110», destiné à lutter contre la criminalité. Quant au réformateur Mustafah Moïn, ancien ministre de l’Education, il est remonté à la dernière minute dans l’estime des femmes et des jeunes, après s’être allié avec le mouvement libéral d’opposition, «les Nationalistes religieux», pour créer un «front pour la démocratie et les droits de l’homme». Au final, la partie pourrait donc s’annoncer serrée entre ces trois candidats.

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