Alors que le quatrième cycle de négociations nucléaires entre le régime iranien et les États-Unis se tient à Oman, et que les médias analysent les détails de ces pourparlers, une question plus profonde et fondamentale se fait plus entendre que jamais au sein de la société iranienne.
Dans quelle mesure un éventuel accord pourrait-il améliorer la situation de la population ? Pourquoi la vie des Iraniens ordinaires devient-elle de plus en plus difficile, alors que les dépenses du régime pour les opérations étrangères, militaires et de sécurité, ainsi que les vols et la corruption généralisés, continuent de grimper en flèche ?
En ces temps d’instabilité économique, de coupures d’électricité généralisées, de crise de l’eau et de hausse des prix des médicaments et des produits de première nécessité, des millions d’Iraniens à travers le pays commencent leur journée avec frustration et anxiété.
De nombreux citoyens se demandent, à juste titre, comment il est possible qu’un gouvernement, qui invoque des déficits budgétaires pour payer des entrepreneurs ou réparer des infrastructures d’eau et d’électricité délabrées, dépense simultanément des milliards de dollars pour soutenir des groupes militaires par procuration dans la région.
Un budget pour les non-Iraniens, pas pour le peuple iranien
Ces dernières années, le soutien financier du régime iranien à des groupes comme le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, Hachd al-Chaabi en Irak et les Houthis au Yémen a été reconnu à plusieurs reprises par les responsables de ces mêmes groupes.
Par exemple, le nouveau secrétaire général du Hezbollah a récemment déclaré dans un discours avoir reçu environ 400 millions de dollars en « cadeau » du régime iranien à distribuer aux familles libanaises. Ce montant est distinct du soutien annuel régulier que reçoit le Hezbollah, que diverses sources ont précédemment estimé entre 1 et 2 milliards de dollars par an.
De plus, le régime iranien verse environ 150 millions de dollars par mois au Hamas. Le même schéma se répète avec Hachd al-Chaabi et les Houthis au Yémen.
Si l’on additionne ces chiffres, même les estimations les plus prudentes montrent qu’une partie seulement du budget du régime consacré aux groupes étrangers dépasse facilement plusieurs milliards de dollars par an. Sans compter quatre décennies de soutien au régime de Bachar el-Assad en Syrie, dont le coût, selon plusieurs rapports, se situe entre 30 et 100 milliards de dollars – bien que le montant exact reste inconnu.
Au moment même où des fonds sont transférés aux groupes armés au Liban, à Gaza, en Irak et au Yémen, de nombreuses villes iraniennes subissent des coupures de courant constantes, des sources d’eau potable contaminées ou totalement épuisées, des maladies incurables dues aux pénuries de médicaments et la fermeture de petites entreprises, rendant le quotidien amer et insupportable pour des millions d’Iraniens.
Répression et corruption
Mais le problème ne se limite pas à l’aide régionale. Une part importante des recettes pétrolières et fiscales du pays est consacrée à l’expansion et au renforcement de l’appareil répressif national. Les services de sécurité, de renseignement et de maintien de l’ordre – notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), la milice Basij, les unités spéciales et d’autres institutions répressives – sont lourdement équipés et financés, non pas pour assurer la sécurité nationale, mais pour réprimer la population.
À chaque vague de manifestations publiques, ces agences – dotées d’équipements modernes, de véhicules blindés, de caméras de surveillance, d’armes meurtrières et de systèmes sophistiqués de surveillance et d’écoutes téléphoniques – ont été chargées de réprimer les manifestations de rue. Une part importante du budget national est également consacrée au paiement des salaires, des avantages sociaux et des primes des forces de sécurité et des répresseurs.
Dans le même temps, des centaines de milliers de milliards de rials ont été détournés des ressources du pays par le clientélisme ou d’importants scandales de corruption, pour finir dans les poches de fonctionnaires corrompus et de proches du régime. Des affaires comme le scandale de corruption dans le secteur pétrochimique, la Bank Sarmayeh, le Fonds des enseignants, les détournements de fonds systémiques au sein du réseau bancaire, et des dizaines d’autres, illustrent ce schéma récurrent, sans jamais aboutir à la restitution des avoirs volés ni à de véritables poursuites contre les principaux responsables.
Des priorités qui excluent le peuple
Sous le régime iranien, la budgétisation n’est pas fondée sur l’intérêt public, mais dictée par les priorités idéologiques et sécuritaires du régime. Du développement de missiles longue portée et de drones militaires au soutien financier et aux budgets de plusieurs milliards de rials alloués à 490 séminaires islamiques et 400 000 religieux à travers le pays, telles sont les principales priorités du régime.
En revanche, l’amélioration des infrastructures urbaines, le développement des soins de santé et de l’éducation, la lutte contre la sécheresse, la revitalisation du secteur de l’électricité, ou encore la reconstruction d’écoles délabrées, ont toujours été accueillis avec des critiques de « manque de budget ».
Cette contradiction a alimenté une colère générale, notamment parmi les jeunes et la classe moyenne, qui ne voient désormais aucune perspective de progrès et n’ont même plus aucun espoir de maintenir un niveau de vie quotidien élémentaire. Sur les campus universitaires, sur les marchés et parmi les populations de plus en plus pauvres, cette colère s’exprime ouvertement.
Une société en colère, la voix forte d’un peuple mécontent
Dans d’innombrables vidéos et messages publiés en ligne, les gens évoquent à répétition les coupures d’électricité et d’eau, les fermetures d’entreprises, la destruction de petits investissements et les pertes irréparables.
Dans ces conditions, les protestations ouvrières et professionnelles se multiplient. Des retraités aux ouvriers, des chauffeurs aux boulangers de diverses villes, les voix de protestation et de revendications s’amplifient chaque jour davantage. Pourtant, au lieu de réagir, le régime réagit principalement par des menaces, des arrestations ou un mépris total.

