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L’Iran focalise le débat électoral à deux mois des primaires américaines

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Le Monde, 31 octobre – Par Corine Lesnes – L’Iran est devenu l’un des principaux sujets de la campagne pour les élections primaires aux Etats-Unis. Pour les républicains, c’est une façon de parler de sécurité nationale, tout en évitant d’embarrassantes discussions sur l’Irak. Pour les démocrates, c’est une manière d’attaquer la favorite, Hillary Clinton.

A part le candidat texan Ron Paul, opposé à la guerre en Irak, les républicains n’ont pas d’états d’âme quant à la doctrine Bush d’attaque préventive. L’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, a promis de « renvoyer l’Iran de cinq à dix ans en arrière » s’il se dotait de l’arme nucléaire. Lundi 29 octobre, M. Giuliani a accusé ses adversaires démocrates de vouloir négocier à tout prix avec Téhéran. « Tout le débat entre Hillary Clinton et Barack Obama, c’est de savoir s’ils invitent Ahmadinejad et Ben Laden à la cérémonie d’investiture ou à la soirée », a-t-il ironisé.

Du côté démocrate, le vote de Mme Clinton recommandant à George Bush de classer les Gardiens de la révolution iraniens, l’armée idéologique du régime, comme « entité terroriste », a ouvert la voie aux critiques. Elle est la seule, sur les huit candidats démocrates, à avoir approuvé ce texte, adopté le 26 septembre au Sénat. Son vote a été attribué au souci de se positionner dès maintenant pour la dernière longueur de l’élection présidentielle de 2008, sachant que son adversaire pourrait être M. Giuliani, le héros du 11 septembre 2001.

L’amendement stipule qu’il est dans l’intérêt national des Etats-Unis d’empêcher le gouvernement iranien de « transformer les milices chiites irakiennes en une force comparable au Hezbollah ». Il recommande de mettre un terme à ces activités violentes « à l’intérieur du territoire irakien », précision destinée à exclure d’éventuelles incursions en Iran. Le texte préconise enfin d’utiliser d’une manière « prudente et mesurée » les instruments de la puissance américaine dans les domaines diplomatique, économique et militaire.

Lors du 15e débat télévisé des démocrates, mardi 30 octobre au soir à Philadelphie, Mme Clinton a été prise longuement à partie sur son vote. « On peut argumenter à l’infini au sujet d’une résolution non contraignante affirmant le sentiment du Sénat, mais on manque l’essentiel, s’est-elle défendue : je suis contre la ruée vers la guerre. Mais je ne suis pas favorable à ne rien faire. Ce que je souhaite, c’est une diplomatie vigoureuse, soutenue par des sanctions. »

Le modérateur, Tim Russert, a posé la question à chacun, sur un ton solennel. « Vous engagez-vous à empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire ? » Mme Clinton a répondu la première : « J’ai l’intention de faire tout ce qui est mon pouvoir pour empêcher l’Iran d’avoir la bombe. » Le journaliste a insisté : « Est-ce un engagement ? » Hillary Clinton a acquiescé. Fidèle à lui-même, Barack Obama a hésité, retourné la question et finalement répondu sur la « politique de la peur » mise en place par le président Bush. Le candidat de la gauche, Dennis Kucinich, a demandé aux journalistes de « faire attention à la manière dont ils formatent » le débat sur l’Iran. « Les médias nous ont emmenés à la guerre contre l’Irak. Je les presse de faire montre de retenue », a-t-il dit.

On attendait un Obama pugnace. C’est John Edwards, l’ex-colistier de John Kerry lors de l’élection présidentielle de 2004, qui a déversé des tombereaux de critiques sur Mme Clinton. Il l’a décrite comme la candidate du « statu quo », celle qui a « reçu le plus de la part des lobbies de Washington ». Et il lui a reproché d’avoir rallié une résolution « écrite par les néoconservateurs ».

Dans un débat devenu fratricide, Joe Biden, de la commission des affaires étrangères du Sénat, a rappelé à l’ordre ses collègues. « Je ne me présente pas contre Hillary », a-t-il déclaré. Il a préféré cibler M. Giuliani. « Il est l’homme le moins qualifié pour être président depuis George Bush », a-t-il dit, sous les éclats de rire, avant d’ajouter : « Il n’y a que trois choses qu’il est capable de mettre dans une phrase : un verbe, un nom et « 11-Septembre ». »

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