IranIran (actualité)Les candidats réformateurs massivement exclus des listes électorales iraniennes

Les candidats réformateurs massivement exclus des listes électorales iraniennes

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Le Monde, 12 février – Par Marie-Claude Decamps – Défilés, slogans hostiles à l’Amérique : lundi 11 février, l’Iran fêtait le 29e anniversaire de la révolution qui, renversant le shah, a fondé la République islamique. Une occasion, pour le président Mahmoud Ahmadinejad de minimiser, dans son discours, les nouvelles sanctions examinées au Conseil de sécurité des Nations unies – « des bouts de papiers » – et de réaffirmer que « le peuple iranien ne bougera pas d’un iota de son droit à l’énergie nucléaire ».

Une occasion aussi pour M. Ahmadinejad, à l’approche des cruciales législatives du 14 mars, de lancer un avertissement à usage interne : « Dans l’affaire nucléaire, certains ont pris contact avec l’ennemi (…). Ils ne pourront échapper aux griffes de la justice. » Qui visait-il dans cette sortie inhabituelle en ce jour ordinairement destiné à célébrer l’unité de la République islamique ? Sans nul doute ses adversaires politiques, dont Hachemi Rafsandjani. Très influent, l’ex-président de la République, plus « pragmatique » envers l’Ouest, s’est rapproché des réformateurs et a dénoncé la gestion du dossier nucléaire.

En ce sens, la mise en garde présidentielle voulait couper court aux protestations qui ont suivi le rejet de 2 000 candidats aux élections sur plus de 7 000, essentiellement des réformateurs. Les critères retenus sont, il est vrai, contestables. « Ils sont flous, explique un ancien député indépendant. Des candidats ont été évincés par exemple, en raison de deux alinéas de l’article 28 du code électoral qui stipulent qu’un bon candidat doit avoir « pleinement » foi dans l’Islam et la République islamique ou encore être « totalement » fidèle à la Constitution et au principe de prééminence de la religion sur le politique. C’est la porte ouverte à l’arbitraire ! »

D’autres sources estiment que 70 % des candidats liés à Mehdi Karoubi, ancien président du Parlement réformateur, et 80 % de ceux liés à l’ex-président de la République, le réformateur Mohammad Khatami, ont été écartés. Quant aux proches de M. Rafsandjani, beaucoup, dans pareil contexte, ont préféré ne pas participer.

Cette élection « bloquée » inquiète aussi certains conservateurs. « La quantité et la qualité des gens rejetés ont pris une ampleur qui inquiète les amis de la révolution islamique (…). L’un des résultats douloureux de cette situation sera une baisse de la participation au scrutin mais aussi des conséquences néfastes sur le plan intérieur et extérieur », écrit ainsi Ahmad Tavakoli, un conservateur influent, dans une lettre au Conseil des Gardiens, qui a le dernier mot sur les élections.

« CLASSE MONTANTE MILITARISÉE »

Enfin, le petit-fils de l’imam Khomeiny, le « guide » de la révolution, l’hodjatoleslam Hassan Khomeiny, a ouvert un nouveau front de critiques. Inédit lui aussi. Il a dénoncé, dans un entretien à l’hebdomadaire modéré Shahrvand, l’entrée des militaires en politique, rappelant que, dès le début, son grand-père s’y était opposé : « Ceux qui prétendent être fidèles à l’Imam doivent être sensibles à cet ordre qu’il a jadis donné. Si un militaire entre en politique, il doit renoncer à sa carrière, le fusil en politique c’est la fin de tout dialogue. »

Que voulait dire Hassan Khomeiny, membre le plus influent de la famille après la mort des deux fils du Guide, lui qui n’était jamais sorti de sa réserve ? Il visait, commente un diplomate iranien, le courant fondamentaliste qui, avec l’arrivée au pouvoir de M. Ahmadinejad, a accentué la « militarisation » des institutions où siègent de nombreux pasdarans, l’armée idéologique du régime. Il s’en prenait aussi à leur chef, le général Mohammad Ali Jafari, qui a apporté publiquement l’appui du corps qu’il dirige au courant fondamentaliste. Du jamais vu. « Si les fondamentalistes l’emportent aux législatives, cela signifie que le Parlement, de plus en plus « militarisé », ne sera plus l’arbitre des courants politiques », conclut ce diplomate qui fait valoir qu’une autre bataille se profile : « Une nouvelle classe politique autour de M. Ahmadinejad et dont les ficelles sont tirées par le guide, l’ayatollah Khamenei, veut en finir avec l’héritage Khomeiny. Et supplanter les « pionniers » de la révolution, plus idéologiques ou moins fondamentalistes que la classe montante militarisée. »

Pour calmer le jeu, les responsables électoraux ont annoncé que des candidats seraient « repêchés » début mars. Trop tard pour faire campagne.

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