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Demandeur d’asile débouté, un Iranien vend des kébabs dans une lointaine île arctique

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The Associated Press , 9 avril – C’est sans doute le vendeur de kébabs le plus septentrional de la planète. Quand Kazem Ariaiwand a fui son Iran natal pour l’Occident, il n’imaginait pas se retrouver dans l’archipel arctique de Svalbard, lointaine contrée norvégienne qui compte davantage d’ours polaires que d’habitants.

« Je suis venu ici sans connaître personne », explique l’Iranien de 48 ans, désormais bien connu dans ce territoire glacé et désolé où il vend des kébabs dans un camion militaire américain réformé qu’il a baptisé « L’Ours polaire rouge ». « Aujourd’hui, j’ai beaucoup d’amis, presque toute la ville. »

En vertu d’un traité de 1920, Svalbard, également connu sous le nom de Spitzberg, est une zone internationale sous souveraineté norvégienne où l’on peut se rendre sans visa. Aussi, quand la Norvège a rejeté sa demande d’asile en 2003, M. Ariaiwand a-t-il pris l’avion pour l’archipel, situé environ 500 kilomètres au nord.

Lorsqu’il est arrivé à Longyearbyen, la principale « ville », qui compte 2.000 habitants, il n’avait ni travail, ni logement, et avait laissé derrière lui, sur la Norvège continentale, son fils de 15 ans et son ex-épouse, qui avaient tous deux obtenu l’autorisation d’y rester.

Conscient de ce que son séjour risquait de se prolonger, il s’est lancé dans le commerce des kébabs l’an dernier, ouvrant son « stand » dans son camion rouge vif stationné sur un parking du centre de la localité.
En hiver, il ouvre tard le soir pour les noctambules affamés. Le mois dernier, des habitants se sont retrouvés autour du camion un samedi peu avant minuit, attendant l’ouverture par une température de moins 20 degrés Celsius. M. Ariaiwand est finalement arrivé à bord de sa vieille camionnette cabossée avec sa viande de kébab, ses hamburgers et autres garnitures.

La concurrence ne manque pas: trois restaurants haut de gamme et de nombreux cafés offrent leurs services aux touristes et chercheurs de passage. Quelques établissements proposent des spécialités locales, comme la viande de phoque ou de baleine.

M. Ariaiwand ciblait une clientèle de voyageurs internationaux lorsqu’il a décidé d’ouvrir son commerce. « Le seul moyen d’être indépendant était de faire quelque chose ayant trait au tourisme », explique-t-il. « Il y a des touristes en ville pendant six à sept mois de l’année. »

M. Ariaiwand, qui travaille également à plein temps dans une épicerie locale, refuse d’expliquer les raisons qui l’ont poussé à fuir l’Iran il y a une dizaine d’années, précisant simplement que cela avait à voir avec son travail dans une maison d’édition et qu’il craignait pour sa vie. Il a vécu en Suède pendant 18 mois puis en Norvège, près de cinq ans, avant de gagner Svalbard.

Trond Aagesen, inspecteur de la police de l’archipel, précise que la réussite du réfugié iranien est si exceptionnelle qu’il ne recommande pas à d’autres de chercher à l’imiter. « C’est un petit endroit. Il y a un manque de logements et d’emplois », explique-t-il.

M. Ariaiwand a trouvé les deux sésames dès la première semaine de son arrivée à Longyearbyen. Il a toutefois redouté le chômage et la déprime, notamment durant la longue nuit polaire. « Si je n’étais pas occupé, je serais déprimé », dit-il. « Il fait nuit pendant presque six mois et c’est très difficile. »

Il a dégoté son camion, une ancienne cuisine militaire mobile, en Allemagne grâce à Internet. Son frère Mohamad, qui dirige un atelier de mécanique en Allemagne s’est chargé de le convoyer, après l’avoir peint en rouge, jusque dans le nord de la Norvège où le véhicule a embarqué sur un bateau à destination de Svalbard.

« L’Ours polaire rouge » est ouvert le week-end en hiver et la plupart des jours de la saison touristique estivale. Le vendeur de kébabs aspire désormais à voir son fils aujourd’hui âgé de 20 ans, qui est venu une fois dans l’archipel, et à contempler d’autres paysages. Mais il craint l’expulsion s’il met le pied en Norvège sans visa.

Sa dernière demande de visa a été rejetée en février. Dans la petite boutique voisine de souvenirs, la gérante Lise Klungseth Brattset, estime comme d’autres à Longyearbyen que M. Ariaiwand devrait être autorisé à se rendre en Norvège pour ne pas rester « emprisonné à Svalbard ». AP

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