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A Nadjaf, la marque de l’Iran sur le Sud irakien

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Par Mohammed AbbasReuters, 30 septembre – Dans la ville sainte chiite de Nadjaf, à 150 km au sud de Bagdad, les touristes iraniens se pressent dans les rues.

C’est en farsi, la langue perse, qu’ils s’adressent aux commerçants, et ils paient avec de l’argent iranien.

Nadjaf, troisième lieu saint du chiisme derrière La Mecque et Médine en Arabie Saoudite, abrite le mausolée d’Ali, cousin et gendre du prophète Mahomet, quatrième calife de l’islam.

Touristes et pèlerins affluent chaque année dans la ville irakienne. Ils viennent surtout d’Iran, l’un des "Etats voyous" montrés du doigt par les Américains et que craignent aussi les Etats arabes sunnites de la région.

L’Iran, contre lequel les Irakiens ont mené pendant huit ans une guerre dans les années 1980. Un conflit qui a fait un million de morts.

Nadjaf, centre névralgique de la communauté chiite irakienne, majoritaire dans le pays mais opprimée du temps du sunnite Saddam Hussein, ne se plaint pas des revenus apportés par ces visiteurs iraniens. Pas plus que de l’aide officielle venue de Téhéran.

Les éboueurs de la ville arborent de beaux uniformes portant des inscriptions en farsi. Tout comme leurs bennes à ordures flambant neuves. Un présent de la République islamique.

Sur le chantier d’un nouvel hôpital, ce sont des ouvriers iraniens qui s’activent.

Des fonds iraniens financent la restauration des sites religieux et Téhéran a offert son aide pour rétablir et développer le réseau électrique dans tout le sud chiite de l’Irak.

TOURISTES ET PÈLERINS

Chaque année, des centaines de milliers de pèlerins iraniens visitent le sanctuaire de l’imam Ali.

Pourtant, les responsables locaux, soucieux de leur réélection lors du scrutin provincial prévu au début de l’an prochain, tiennent à minimiser cette présence iranienne dans la région.

"Est-ce que vous voyez ici des conseillers iraniens ? Des policiers iraniens ? Il n’y a aucune influence de l’Iran", assure le gouverneur de la province de Nadjaf, Assad Abou Guelal.

De nombreux habitants de Nadjaf, eux, ne nient pas cette influence de l’Iran… mais ne s’en plaignent nullement.

"Oui, il y a la main de l’Iran ici à Nadjaf, mais c’est plutôt bien. Les Iraniens ont contribué à développer la ville, les services hospitaliers, le tourisme", confie Hussein Abbas, qui travaille dans un magasin de jouets.

Pour lui, aide iranienne ou pas, la ville est bien gérée et l’équipe actuelle peut compter sur sa voix aux élections de l’an prochain.

Depuis l’invasion américaine du printemps 2003 qui a chassé Saddam Hussein et installé au pouvoir un gouvernement dominé par les chiites, Téhéran a avancé ses pions, ouvertement et sans complexe, s’appuyant sur les mouvements chiites exilés pendant de longues années en Iran du temps de la dictature du Parti Baas en Irak.

En mars dernier, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a effectué une visite triomphale à Bagdad – le premier dirigeant iranien à visiter l’Irak depuis les années 1980 mais aussi le premier chef d’Etat de la région à s’y rendre depuis l’invasion américaine de 2003.

LA CARTE IRANIENNE

Depuis plusieurs années, l’Iran a une ambassade à Bagdad, tous services représentés. Aucun pays arabe sunnite ne pouvait s’en prévaloir jusqu’à récemment.

Washington, le "grand Satan" dénoncé depuis trente ans par Téhéran, accuse l’Iran de fournir des armes aux miliciens chiites irakiens, et de les former. Accusations que rejettent les Iraniens.

La quasi-totalité des provinces du Sud irakien si riche en pétrole, notamment celle de Nadjaf, sont dominées par le Conseil suprême islamique irakien (CSII), un groupe chiite constitué en exil en Iran pendant le règne de Saddam.

Pour de nombreux Irakiens, même chiites, il est clair que Téhéran ne ménage pas son soutien au CSII, quoi qu’en disent les dirigeants de la coalition chiite.

"Le CSII était en Iran. Et puis ensuite nous sommes allés en Amérique. Et l’Iran n’a pas de liens avec les Etats-Unis, entre eux c’est la guerre, politiquement parlant", déclare Abdoul Hussain Abtan, vice-gouverneur de Nadjaf et membre du CSII.

"Nous sommes pour de bonnes relations avec l’Iran, fondées sur le respect mutuel, mais sans ingérences d’un côté comme de l’autre", ajoute-t-il.

Pas question, donc, d’accepter des ordres de Téhéran.

"Nous aimons recevoir des touristes mais si l’Iran cherche à se mêler de nos affaires, nous ne l’admettrons pas", dit Karar Kadham, assis devant le sanctuaire de l’imam Ali.

Madjid Ali, qui vend des vêtements dans le centre-ville, tient à faire la différence entre l’influence politique et la marque culturelle "séculaire" de l’Iran sur Nadjaf.

Politiquement, il dit qu’il ne votera pas aux prochaines élections car il estime, lui, que les autorités irakiennes sont aujourd’hui trop dépendantes de l’Iran.

"Le but de l’Iran est clair : faire face à l’influence des Etats-Unis. Et ils font face aux Etats-Unis et aux Arabes ici, en Irak", dit-il.

Version française Guy Kerivel

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