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Nucléaire : l’Iran au seuil de l’irréversible – par Maurin Picard

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Le Figaro: par Maurin Picard – Les savants iraniens disposeraient du savoir-faire pour produire des ogives atomiques.
 
Sous le vernis des provocations dont il est coutumier, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a annoncé dimanche un événement lourd de conséquences pour l’avenir du programme nucléaire de son pays. «J’avais dit : donnons (aux Occidentaux) deux à trois mois (pour conclure un accord d’échange d’uranium). S’ils ne sont pas d’accord, nous commencerons nous-même» à produire de l’uranium hautement enrichi.

L’enrichissement d’uranium à 20 %, s’il débute mardi ainsi que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de Vienne en a été informée, constitue un bond technologique majeur. Jusqu’ici, l’Iran n’avait jamais officiellement dépassé le taux de 3,5 %, amplement suffisant pour alimenter en combustible un programme électronucléaire civil. Concentrées dans les souterrains de Natanz (centre), cette usine d’enrichissement enterrée en plein désert, 8 692 centrifugeuses peinaient à dépasser cette performance, bien que les inspecteurs de l’AIEA eussent acquis la quasi-certitude de l’existence d’un autre site secret consacré à l’enrichissement de l’uranium.

Symboliquement aussi, l’événement est d’importance. C’est à Natanz qu’il y a sept ans tout a commencé. En août 2002, un mouvement iranien d’opposition en exil, les Moudjahidins du peuple, révélait l’existence d’un programme nucléaire clandestin en Iran. Natanz ainsi que le chantier d’un réacteur à eau lourde, à Arak, à 200 km au sud-ouest, étaient pointés du doigt.

Le rêve d’un accord global

Sept ans de crise ouverte avec les puissances occidentales et trois volets de sanctions édictés par le Conseil de sécurité des Nations unies n’ont jamais réussi à enrayer les progrès des savants iraniens, qui disposent désormais d’un savoir-faire en termes d’enrichissement leur permettant théoriquement de produire des ogives nucléaires.

L’accord d’échange de combustible négocié dans la douleur au siège de l’AIEA en octobre était donc mort-né. En substance, l’Iran aurait dû s’engager à transférer à l’étranger pour reconditionnement «civil» tout son stock d’uranium faiblement enrichi, soit 1 700 kg, en échange de quoi il aurait été autorisé à acheter de l’uranium enrichi à 20 % afin d’alimenter son réacteur de recherches de Téhéran (TRR), si précieux pour la production d’isotopes dans le cadre de la lutte contre le cancer.

Informé par ses scientifiques de la possibilité imminente de parvenir au taux d’enrichissement tant convoité de 20 %, le pouvoir iranien a dû considérer que l’enjeu n’en valait plus la chandelle. «Téhéran possède avec son stock d’uranium le meilleur des leviers face à l’Occident», souligne Jeffrey Lewis, expert nucléaire auprès de la New America Foundation à Washington. Pourquoi, dans ces conditions, se serait-il débarrassé de son meilleur atout ? «L’Iran ne rêve que d’une chose, tranche le chercheur américain : un arrangement global avec les États-Unis (évoqué en 2003), marquant sa réintégration dans le giron de la communauté internationale, contre la reconnaissance d’Israël et l’enrôlement dans la lutte contre le terrorisme. Mais j’ai peur que nous ayons laissé passer cette opportunité.»

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