IranIran (actualité)Malgré le risque, l'Iran attire les investisseurs européens

Malgré le risque, l’Iran attire les investisseurs européens

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Le Figaro, 2 mai – Par Delphine Minouï – L’Iran a annoncé samedi qu’il pourrait reprendre dans les prochains jours la conversion d’uranium, ce qui constituerait la plus grave remise en cause des négociations engagées par les Européens pour obtenir la garantie que la République islamique ne fabrique pas la bombe atomique. «Une partie des activités pourrait reprendre la semaine prochaine à l’usine de conversion d’uranium d’Ispahan» (centre), a déclaré le dirigeant chargé du nucléaire, Hassan Rohani, au lendemain d’un nouveau tour de négociations à Londres avec les Européens. L’enlisement de ces discussions ne semble pas inquiéter les hommes d’affaires européens, qui sont de plus en plus nombreux à s’intéresser au marché iranien.
Quand il a débarqué, il y a tout juste un an, à Téhéran, Andreas Gabriel ne s’est pas contenté d’apporter son attaché-case et son ordinateur portable. Il a également amené sa femme et ses trois enfants. «Il y a une grande différence entre l’image qu’on se fait de la République islamique d’Iran à l’extérieur, et la réalité de l’intérieur», remarque le jeune directeur des opérations Renault, installé dans le fauteuil du nouveau bureau téhéranais de la compagnie automobile française.

La lenteur des négociations sur le nucléaire et l’éventualité d’un vote de sanctions au Conseil de sécurité de l’ONU, voire celle d’une frappe américaine en cas d’échec des discussions, auraient pu laisser imaginer une plus grande frilosité des investisseurs européens. Mais c’est bien le contraire qui se produit. «Il suffit de jeter un coup d’oeil sur les places en business-class des vols européens à destination de Téhéran. Elles sont toutes complètes», remarque Siamak Namazi, consultant chez Atieh Bahar.

Pour Andreas Gabriel, les affaires vont plutôt bon train. Sa compagnie, Renault, a signé un contrat d’investissement, le premier du genre depuis la révolution, de l’ordre de 700 millions de dollars, avec la société Aidco (une entité composée de la compagnie Idro et des deux grands fabricants iraniens de véhicules, Iran Khodro et Saipa). Baptisée Renault Pars, le joint-venture (dont Renault possède 51% des parts et Aidco 49%) devrait être en mesure de produire la voiture L90 d’ici à la mi-2006. Pour l’heure, 80 employés sont à pied d’oeuvre. Objectif : produire 300 000 voitures par an.

C’est l’expansion impressionnante du parc automobile iranien (près d’un million de voitures vendues l’an passé) qui a séduit Renault. «Avec quelque 70 millions d’habitants, et une population très jeune, l’Iran est un marché en plein boom, fermé aux étrangers depuis près de trente ans», confie-t-il. Il n’est pas le seul à faire ce constat. Depuis plusieurs années déjà, Peugeot et Citroën sont installés en Iran. Quant au géant germano-américain DaimlerChrysler, il est en train de percer un nouveau marché, celui de la voiture de luxe, après avoir signé avec la compagnie Iran Khodro un accord pour la construction de véhicules Mercedes en Iran.

Le secteur pétrolier constitue, également, un autre domaine de prédilection. «Qui voudrait se priver de venir en Iran ?», remarque Paul-Marie Graf, consultant français basé en Iran, et expert en hydrocarbures. «Ce pays, rappelle-t-il, possède les deuxièmes réserves mondiales en huile et en gaz.» En l’espace d’un an, une dizaine de sociétés étrangères ont ainsi développé de nouveaux projets pétroliers en Iran, en suivant l’exemple de la réussite de Total. «Il y a un risque de venir ici», poursuit-il, en faisant référence à une possible crise autour de la question nucléaire. «Mais le risque en vaut la chandelle !», conclut-il.

«L’Iran est un pays qu’on ne peut pas ignorer», confirme un industriel européen, qui préfère garder l’anonymat. D’après lui, les risques restent limités. «Tant qu’il n’y a pas d’attaque américaine sur le site nucléaire de Natanz, il n’y a pas de raison de s’inquiéter», dit-il. Et pour lui, ce n’est pas demain la veille. «En matière de négociations, rien ne se décidera avant l’automne prochain, au moment où le nouveau président, qui sera élu le 17 juin, prendra ses fonctions. Ensuite, en cas d’envoi du dossier au Conseil, il faudra que les Américains parviennent à convaincre les Européens, mais aussi des pays comme l’Inde et la Chine, qui sont de bons partenaires de Téhéran. Ce n’est seulement qu’en cas d’impasse que Washington envisagera une mesure plus sévère. Alors, on a le temps», note-t-il.

De l’aveu d’Andreas Gabriel, et de ses confrères, c’est plus la lourdeur de l’administration iranienne, liée à une gestion étatique de l’économie, que la question du nucléaire qui les dérange. «Ici, les prises de décisions ne sont jamais simples. On assiste à un mode de management avec un peu trop de inchallah», remarque-t-il.
Mais là encore, les Européens s’accommodent de ces contraintes. Car ils savent qu’ils bénéficient, en retour, d’un avantage de taille : l’absence de compagnies américaines en Iran.

Les récents changements intervenus dans la législation ont également rendu l’Iran plus attractif aux Européens. Ainsi la nouvelle loi de promotion de l’investissement étranger permet à un investisseur non iranien de posséder 100% des actions d’une entreprise, et protège le retour des capitaux. «Sans compter d’autres mesures telles que l’unification des taux de change, et la révision de l’article 44 de la Constitution, qui facilite la privatisation de grandes structures du secteur public, comme les banques», précise Rocky Ansari, conseiller auprès de compagnies étrangères.

Les étudiants iraniens, moteurs de la démocratie et détracteurs du régime de la République islamique, sont déçus. «Les intérêts financiers des Européens priment malheureusement sur la question des droits de l’homme», regrette Mehdi Habibi, membre actif du Bureau de consolidation de l’unité, la principale association étudiante. «Ils devraient refuser tout commerce avec l’Iran tant que le régime n’accorde pas de liberté à sa population», dit-il.

Mais, pour les Européens, c’est au contraire ce genre d’ouverture qui permettra de neutraliser le pouvoir de certaines institutions conservatrices iraniennes, qui continuent à contrôler une grande partie de l’économie. Au lieu d’attaquer l’Iran et de l’isoler, ils préfèrent envoyer une armée d’hommes d’affaires étrangers. «Les expatriés travaillent tous pour améliorer les relations entre l’Iran et l’Europe, et sortir le pays de son trop long isolement. Je suis optimiste», commente Andreas Gabriel

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