IranNucléaireL'Iran reste sourd aux exhortations de l'ONU

L’Iran reste sourd aux exhortations de l’ONU

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Le Figaro, 31 Mars – Par Alain Barluet (avec Pierre Bocev à Berlin) –Les cinq grands donnent un mois à Téhéran pour suspendre l’enrichissement nucléaire, mais ils sont divisés sur d’éventuelles sanctions en cas de refus persistant.

Malgré la mobilisation de la communauté internationale, l’Iran ne cède pas un pouce de terrain sur son programme nucléaire. Téhéran a rejeté hier la déclaration adoptée, la veille, par le Conseil de sécurité de l’ONU l’appelant à suspendre, dans un délai d’un mois, ses activités d’enrichissement d’uranium. «La décision de l’Iran sur l’enrichissement, en particulier dans les domaines de la recherche et du développement, est irréversible», a déclaré à Vienne l’ambassadeur iranien auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Aliasghar Soltanieh.

Malgré cette fin de non-recevoir iranienne, les cinq «grands» de l’ONU continuent de vouloir donner priorité à la diplomatie. Ils se sont réunis hier, avec l’Allemagne, à Berlin, pour affiner leur stratégie. «L’Iran peut choisir entre un isolement qu’il s’infligerait à lui-même et un retour à la table des négociations. Nous espérons que l’Iran saisira cette chance», a souligné le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, en présence de ses homologues britannique, français, américain, russe et chinois. «Une solution diplomatique reste, comme avant, l’objectif de nos efforts», a ajouté Steinmeier.

A New York, le Conseil de sécurité a lancé mercredi un ultimatum à l’Iran en soulignant «l’importance particulière d’un rétablissement complet et durable de la suspension de toute activité liée à l’enrichissement d’uranium, y compris dans un cadre de recherche et développement». Cette déclaration précise que le directeur de l’AIEA devra rendre compte dans les trente jours de la façon dont l’Iran s’est conformé à ces demandes.

Les Cinq du Conseil de sécurité restent toutefois divisés sur la perspective de sanctions, comme l’ont à nouveau montré les tractations nécessaires pour la mise au point de ce texte. A la requête insistante de la Russie et de la Chine, la déclaration souligne ainsi que l’AIEA, et non le Conseil de sécurité, conservera un rôle central dans le règlement de la crise. Moscou et Pékin ont aussi obtenu l’exclusion d’un paragraphe ouvrant la voie, dans une seconde étape, à des mesures punitives. Par ailleurs, la déclaration omet de souligner que la prolifération nucléaire constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales. «Avant de parler de menace, il faut des faits», a expliqué, hier à Berlin, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

«Une très grande patience»

Or pour certains, notamment pour la France, les faits sont avérés. «Nous avons peu de temps en réalité devant nous», a estimé hier Philippe Douste-Blazy. Le ministre des Affaires étrangères explique que ce problème de temps «est en fait dû à la vitesse du programme (nucléaire) iranien qui est constatée par toute la communauté internationale».

Pour Jack Straw, «la charge de la preuve est du côté iranien. Nous avons montré une très grande patience», a poursuivi le secrétaire au Foreign Office britannique. Quelle tournure pourront prendre maintenant les démêlés de l’Iran avec la communauté internationale ? Les divergences d’approche subsistent sur l’attitude à adopter si, passé le délai d’un mois, Téhéran persiste à poursuivre l’enrichissement.

«Dans trente jours, le Conseil de sécurité sera compétent et prêt à agir», a affirmé l’ambassadeur américain à l’ONU, John Bolton.

Hier, à Berlin, Condoleezza Rice a néanmoins indiqué qu’elle se refusait à «évoquer ici l’idée de sanctions». «Les sanctions sont une mauvaise idée», a estimé Mohammed ElBaradei, le directeur général de l’AIEA, pour lequel «nous ne sommes pas confrontés à une menace imminente».

Si Paris, Washington et Londres n’excluent pas en effet d’aller vers des sanctions ciblées (interdiction de voyager et gels des avoirs), Chinois et Russes y demeurent hostiles.

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