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L’Occident pourrait avancer la date possible de la bombe atomique iranienne

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The Financial Times, 19 mai – De Daniel Dombey et Stephen Fidler – Les agences de renseignements occidentales vont probablement accélérer le pas pour déterminer quand l’Iran pourrait développer l’arme nucléaire, augmentant ainsi la pression sur le président George W. Bush pour qu’il agisse face à la République islamique, selon des hauts responsables occidentaux et des experts nucléaires.

Dans sa dernière déclaration publique à ce sujet, John Negroponte, directeur du renseignement américain, a déclaré en février que si l’Iran continuait sur la même voie, le pays « aurait probablement la capacité de produire l’arme nucléaire au cours de la prochaine décennie ».

Depuis, l’annonce de l’Iran le mois dernier selon laquelle il avait « rejoint le club nucléaire », ainsi que les autres preuves indiquant qu’il avait accéléré son programme nucléaire, vont probablement poussé les agences de renseignements américaines à voir les choses d’un autre angle.

Téhéran insiste sur le fait que son programme est purement pacifique et qu’il a pour objectif de renforcer ses capacités énergétiques, mais les Etats-Unis et l’UE pensent que l’Iran cherche à développer des armes nucléaires.

Les estimations des services de renseignements sur le moment où l’Iran pourrait entrer en possession de la bombe nucléaire sont empreintes d’une grande incertitude, étant donné la débâcle du renseignement américain en Irak, et pourraient être accueillies par la communauté internationale avec beaucoup de scepticisme. Mais elles vont par contre apporter des éléments cruciaux pour le débat au sein de l’administration américaine sur une frappe militaire contre l’Iran, en particulier à la lumière de l’impasse diplomatique concernant une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies à ce sujet.

« Peut-être que le facteur le plus important dans toute cette dispute est l’estimation de la CIA du moment où l’Iran obtiendra des armes nucléaires et si, à la lumière des événements présents, ils déplacent cette date probable à avant la fin du mandat du président Bush », a déclaré François Heisbourg, conseiller à la Fondation pour la Recherche stratégique à Paris. « Avec une estimation comprise entre cinq et dix ans, il a une plus grande marge de manœuvre. Mais si la date est déplacée, il devrait expliquer pourquoi il n’a rien fait. »

La question du programme nucléaire iranien se situe au centre des débats depuis août dernier, lorsque le président Mahmoud Ahmadinejad est entré en fonction. Depuis, l’Iran a graduellement abandonné le gel qu’il avait accepté de son programme, culminant en avril avec la production d’uranium enrichi à 3,6 pourcent (adéquat pour un réacteur nucléaire mais pas pour une bombe). Les personnes proches de l’Agence internationale de l’Energie atomique, l’organe de surveillance nucléaire des Nations Unies, affirment que la quantité produite pouvait être quantifiée en « grammes » et non en « kilogrammes ».

« Les estimations de la CIA [sur le moment où l’Iran sera en mesure de développer suffisamment de matériel pour une arme nucléaire »> est de 10 ans », selon Mark Fitzpatrick, ancien haut responsable américain, membre de l’Institut international pour les Etudes stratégiques à Londres. « L’Iran a fait des progrès, il est donc nécessaire de réévaluer la question. »

Les experts disent que l’Iran aurait besoin de 15 à 25 kg d’uranium hautement enrichi pour un seul appareil. Mais à quelles questions les agences de renseignements sont-elles confrontées lorsqu’elles essaient de déterminer ce moment ?

Selon David Albrigth, président de l’Institut de la Science et de la Sécurité internationale basé à Washington, la question la plus importante est « à quelle vitesse peuvent-ils monter et faire fonctionner les centrifugeuses P-1 » pour l’enrichissement d’uranium.
Il estime que les Iraniens auraient besoin d’assembler 1500 à 3000 P-1 (P pour Pakistan, pays où l’Iran s’est procuré la technologie) pour former une cascade. Ceci pourrait être réalisable avant la fin 2007, puis il faudrait un an de plus, en excluant tout problème, pour enrichir suffisamment d’uranium pour une bombe.

Cette estimation suppose qu’il n’y a aucun programme d’enrichissement secret sur lequel l’Iran serait plus avancé. Mais dans le cas contraire, il s’agit d’une « estimation dans le pire des cas ». Les centrifugeuses en aluminium telles que les P-1 tournent à grande vitesse à plus de 500 tours par seconde et il est probable que plusieurs d’entre-elles tombent en panne. De plus, la P-1, basée sur un modèle conçu à l’origine puis rejeté par Urenco, un consortium européen, « n’est pas une très bonne centrifugeuse », d’après M. Albright.

Pat Upson, responsable de la recherche, du développement et de la fabrication de centrifugeuses à Urenco, a déclaré qu’il pourrait falloir trois à cinq ans pour obtenir une grande cascade et pour que celle-ci fonctionne correctement. Mais il a indiqué qu’une fois que celle-ci marchera, elle pourra produire une quantité suffisante de matériel très rapidement. Il a ajouté : « Une machine qui tombe en panne peut faire tomber d’autres machines en panne. Si vous avez une cascade de 3000 centrifugeuses, leur qualité doit être excellente pour que cela fonctionne ».

Les experts ont récemment mis en question la qualité de l’hexafluoride d’uranium iranien, ce gaz fortement corrosif alimentant les centrifugeuses. M. Upson explique que celui-ci doit être de bonne qualité, sans polluants, pour produire de l’uranium hautement enrichi. L’Iran a admis en 2003 avoir antérieurement eu recours à de l’hexafluoride d’uranium chinois dans son programme.

A supposer que l’Iran a produit suffisamment d’uranium hautement enrichi pour développer une bombe, le pays devrait également fabriquer une tête nucléaire et, pour avoir une force de dissuasion nucléaire crédible, la placer dans un missile balistique. Alors que les recherches dans ce domaine peuvent être menées simultanément à l’enrichissement, ces étapes ne sont pas négligeables.

Certains experts affirment que plus les Etats-Unis durcissent leur discours, plus l’Iran est incité à avancer dans son programme. Déjà, a déclaré M. Albright, « la menace d’une frappe militaire américaine semble les avoir poussés à accélérer leur programme de P-1 ».

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