IranNucléaireRoland Dumas en mission discrète à Téhéran

Roland Dumas en mission discrète à Téhéran

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Le Figaro, 27 février – par Thierry Oberlé – L’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand s’est rendu ce week-end à Téhéran, pour s’entretenir avec des dignitaires du régime sur le dossier du nucléaire iranien.

Pour qui roule Roland Dumas ? Présenté par la presse iranienne comme un « envoyé spécial français », l’ancien ministre des Affaires étrangères vient d’effectuer une curieuse visite à Téhéran. L’ex-homme de confiance de François Mitterrand n’était pas mandaté par Paris. Le Quai d’Orsay évoque un « déplacement privé ». Il ne serait pas non plus un émissaire du Parti socialiste. « Je n’ai prévenu personne de mon déplacement », indique au Figaro Roland Dumas, pour signifier qu’il n’a pas joué un rôle d’émissaire.

L’ancien chef de la diplomatie française entend pourtant communiquer le fruit de ses entretiens avec les responsables iraniens au président Jacques Chirac et aux autorités françaises. « Mon voyage a été particulièrement utile, d’autant plus qu’il est intervenu dans une période brûlante », juge-t-il quelques heures après son retour à Paris.

Parti vendredi, Roland Dumas répondait à une invitation d’Ali Akbar Velayati, le conseiller diplomatique d’Ali Khamenei, guide suprême de la république islamique. « Velayati est très proche de Khamenei. Nous nous sommes connus lorsque j’ai réglé avec lui le contentieux Eurodif et l’affaire des otages au Liban », rappelle Roland Dumas. « Il m’a reçu peu avant l’annonce de la libération du skipper français Stephane Lherbier. Il m’avait dit qu’Ali Khamenei allait ratifier la grâce », raconte-t-il, « pour l’anecdote ».

Depuis quelques jours, Ali Akbar Velayati s’active sur la scène internationale alors que le délai fixé par le Conseil de sécurité de l’ONU pour que l’Iran cesse ses activités d’enrichissement expire. Le diplomate iranien défend, selon Roland Dumas, un « paquet de propositions ». Parmi elles, figure en bonne place l’idée de confier à un consortium international géré par les Européens le traitement de l’uranium sur le sol iranien. Il s’agirait de relancer, via Eurodif, la coopération franco-iranienne qui avait abouti à la construction du réacteur nucléaire à usage civil de Darakhoin, près d’Ahwaz.

« ÉLEMENT D’EQUILIBRE »

L’Iran, qui conserve un siège vacant au conseil d’administration d’Eurodif, ne dispose plus de parts dans la société. Bloqué après la chute du chah, le différend financier entre la France et l’Iran avait été réglé en 1989 par Roland Dumas et Ali Akbar Velayati, les ministres des Affaires étrangères de l’époque. Le chef de la diplomatie française avait officialisé la fin de la brouille avec l’Iran de Khomeyni et ses preneurs d’otages à l’occasion d’une visite en février de cette année-là, mais l’assassinat, deux ans plus tard à Paris, de l’ancien premier ministre Chapour Bakhtiar par des tueurs du régime iranien avait mis fin au rapprochement.

Roland Dumas est, cette fois, entré dans le dossier nucléaire iranien avec des déclarations tonitruantes sur la bombe atomique chiite. Il considère en effet la détention par Téhéran de l’arme nucléaire comme un « élément d’équilibre dans la région ». « Avoir la bombe atomique n’est pas forcément un facteur aggravant », avait-il affirmé au début du mois, en marge de la polémique sur les propos tenus par Jacques Chirac dans un entretien avec le New York Times et Le Nouvel Observateur. « C’est un facteur de rétablissement de l’équilibre et qui dit équilibre dit maintien de la paix », avait-il assuré. « À l’inverse, si dans une région du monde, un pays puissant, surarmé, dispose de la bombe atomique, c’est lui qui fait sa loi », avait-il ajouté. Soit des propos diamétralement opposés aux positions de Ségolène Royal, adversaire déclarée du nucléaire iranien sous ses formes militaires mais aussi civiles.

« Mes interlocuteurs iraniens suivent avec attention et parfois incompréhension l’attitude de la France. Ils m’ont interrogé sur les déclarations de Ségolène Royal », affirme Roland Dumas, qui n’a plus de responsabilités au Parti socialiste. « Il est possible qu’elle s’assouplisse si elle devient présidente. »

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