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Bush attaquera-t-il l’Iran ?

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Le Monde, 26 septembre – Par Corine Lesnes – George Bush attaquera-t-il l’Iran ? Une nouvelle fois, le président américain est décrit le doigt sur la détente ou, sinon lui, son vice-président Dick Cheney. L’enlisement de l’armée américaine en Irak ne les dissuaderait pas : l’attaque serait effectuée par l’aviation et porterait sur les « 2 000 cibles » qui auraient été repérées par le Pentagone. La théorie des néoconservateurs selon laquelle l’Irak ne retrouvera la stabilité que lorsque la crise avec Téhéran sera réglée triompherait.

Cinq ans après le discours où M. Bush mit en demeure les Nations unies d’agir pour « désarmer Saddam Hussein », les comparaisons avec l’Irak sont inévitables. M. Bush devait intervenir, le 25 septembre, devant l’assemblée générale de l’ONU. Mohamed ElBaradei, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), semble se placer en travers du chemin, comme hier Hans Blix et ses inspecteurs en armements chimiques et bactériologiques. Comme sur l’Irak, le dénouement semble inexorable. Deux porte-avions sont prépositionnés dans la région ; l’Iran est rendu responsable de l’échec en Irak : « La politique iranienne de l’administration porte certaines des marques de la campagne destinée à « vendre » la guerre en Irak », relève William Hartung de la New America Foundation.

Depuis deux ans, la liste est longue des révélations sur les préparatifs de guerre. Les bruits de bottes coïncident avec chaque échéance importante : que ce soit le renouvellement des sanctions à l’ONU ou le débat américain sur l’Irak. En janvier, alors qu’il annonçait le « surge » (nouveau plan), M. Bush a fait monter la tension en dénonçant les ingérences de l’Iran en Irak et en promettant de s’y opposer. Le 13 septembre, il a justifié le maintien de 130 000 hommes en Irak par la menace stratégique posée par l’Iran, qui « profiterait du chaos » qui suivrait un retrait et serait « encouragé à se doter de l’arme nucléaire et dominer la région ».

Le tout-Washington bruisse de nouveau de rumeurs. Dans son blog, Barnett Rubin, un spécialiste reconnu de l’Afghanistan, ne veut pas « alarmer » ses lecteurs mais juge qu’il y a « trop de signes » qu’une autre « aventure militaire » est en préparation. Steve Clemons, de la New America Foundation, raconte un dîner où les convives ont voté à main levée sur la probabilité de bombardements contre l’Iran. Seize, dont le démocrate Zbigniew Brzezinski, ont prédit que George Bush allait passer à l’attaque. Deux, dont le républicain Brent Scowcroft, ont parié le contraire.

Le principal argument de ceux qui croient aux frappes est que M. Bush a dit qu’il n’accepterait pas un Iran doté de l’arme nucléaire sous sa présidence. Connaissant son obstination, ses amis, comme ses ennemis, pensent qu’il tiendra parole. Mais plus le temps passe, plus il apparaît que M. Bush n’aura pas forcément besoin de passer à l’action pour remplir son engagement. Il lui reste 14 mois avant les élections qui doivent désigner son successeur. D’ici là, il y a peu de chances que l’Iran ait été déclaré doté de l’arme nucléaire.

« Nous affronterons ce danger avant qu’il ne soit trop tard », a dit M. Bush le 28 août, en évoquant le spectre d’un « holocauste nucléaire ». Reste à définir « trop tard ». Il fut un temps où la conversion de l’hexafluoride d’uranium était vue comme un seuil catastrophique par les diplomates engagés dans la négociation. Aujourd’hui, Téhéran enrichit tranquillement l’uranium. Selon les experts, il faudrait que les Iraniens réussissent à faire tourner 3 000 centrifugeuses pendant presque un an pour obtenir le combustible nécessaire à une bombe. Le dernier rapport de l’AIEA a fait état de 2 000 centrifugeuses en opération.

Dans un article du magazine en ligne Salon.com, « Pourquoi Bush n’attaquera pas l’Iran », M. Clemons estime que le président est conscient que la Chine ou la Russie n’attendent qu’un nouveau faux pas de Washington, qui leur donnerait un contrôle renforcé des flux énergétiques. Et, ajoute-t-il, « si les bombes étaient prêtes, Bush ferait beaucoup plus pour préparer la nation et l’armée ». L’absence de surenchère sur l’urgence de la menace iranienne est en effet étonnante. A l’été 2005, le rapport de synthèse des agences du renseignement, le National Intelligence Estimates, donnait cinq à dix ans avant que l’Iran ne soit doté d’une capacité nucléaire militaire. Un an plus tard, John Negroponte, alors directeur national du renseignement, portait l’échéance à 2015. « C’est clairement erroné, affirme Gary Milhollin, le directeur du Wisconsin Project on Nuclear Arms Control. Le gouvernement essaye de nous faire croire que « si on ne peut pas le réparer, c’est que ce n’est pas cassé ». » Les experts européens ont fini par s’étonner de se voir plus alarmistes que leurs homologues américains.

Ceux qui ne croient pas que M. Bush a pris sa décision craignent néanmoins le scénario d’une guerre « accidentelle » (pour l’éviter, les commandants américains dans le Golfe voudraient passer un accord avec les Iraniens pour éviter les « incidents en mer », a rapporté le Washington Post). Le cercle du vice-président Dick Cheney, quoique amoindri, reste paré de pouvoirs imprécis mais néfastes que la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, et le secrétaire à la défense, Bob Gates, s’efforceraient de juguler. Un conseiller de Dick Cheney, David Wurmser, aurait évoqué, avant de quitter la Maison Blanche en juillet, la possibilité de « leurrer » le président : Israël, par exemple, procéderait à une frappe contre le réacteur de Natanz sans avertir Washington… Dans ce contexte, la mystérieuse frappe israélienne le 6 septembre contre une installation syrienne, présumée suspecte, a éveillé l’inquiétude de ceux qui croient au scénario d’une frappe préventive israélienne visant à entraîner l’Amérique dans un conflit.
Autre idée répandue : M. Bush serait obligé de frapper avant que les Etats-Unis n’entrent dans le vif de la campagne électorale. Là aussi, l’argument peut être retourné. Ni le président ni le vice-président ne sont candidats. Le tandem Bush-Cheney a les mains libres, sans avoir à s’embarrasser de considérations électorales. L’Iran est un sujet largement consensuel. Les démocrates n’ont pas réussi à adopter un projet d’amendement qui exigeait que le président demande l’autorisation du Congrès avant de lancer une action contre l’Iran.
Pour le professeur Norman Birnbaum, le scénario le plus probable est qu’il « préparera une attaque et remettra les plans à son successeur » comme Dwight Eisenhower le fit en 1961 avec John Kennedy à propos de Cuba et l’invasion de la baie des Cochons. George Bush se sert de la menace iranienne pour éviter un retrait d’Irak qui l’humilierait. Cela ne signifie pas qu’il ait l’intention d’attaquer.

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