Une évaluation classifiée des services de renseignement américains, préparée une semaine seulement avant le début du conflit, indique que même en cas d’opération militaire d’envergure contre l’Iran, la probabilité d’un effondrement des structures gouvernementales du pays serait faible et les principales institutions du pouvoir iranien pourraient rester intactes.
Des doutes au sein des agences de renseignement américaines quant à la capacité des opposants au régime iranien à prendre le pouvoir avaient également été soulevés dans des articles du New York Times, de Reuters et du Wall Street Journal. Cependant, l’évaluation du Conseil national du renseignement américain et son analyse des conséquences possibles d’attaques, qu’elles soient de faible ou de grande ampleur, contre l’Iran n’avaient pas été rendues publiques auparavant.
Le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), dirigé par Maryam Radjavi, a affirmé à plusieurs reprises que le renversement du régime des mollahs en Iran ne serait pas obtenu par une guerre à l’étranger. Selon cette position, le régime ne peut être renversé que par un soulèvement populaire et l’organisation de groupes armés par le peuple iranien lui-même. Le Conseil national de la résistance iranienne et l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK), principal groupe d’opposition organisé, luttent contre le régime iranien depuis 1981 et ont perdu de nombreux membres et sympathisants dans ce conflit.
La semaine dernière, Maryam Radjavi a annoncé la formation d’un gouvernement provisoire visant à transférer la souveraineté au peuple iranien. Ce gouvernement devrait démissionner dans les six mois suivant la mise en place d’une Assemblée constituante.
Dans ce processus, les tentatives de manipulation de l’opposition en Iran – comme le remplacement du système actuel par le fils de l’ancien dictateur, Reza Pahlavi – ne contribueront pas à libérer le peuple iranien, mais deviendront au contraire un obstacle à la démocratie, à la paix et à la stabilité dans la région.
L’expérience de l’Irak et de l’Afghanistan démontre que seules des élections libres et populaires peuvent instaurer un gouvernement stable en Iran, et que seul un tel processus peut garantir la stabilité régionale.
Selon le Washington Post, citant de hautes sources du renseignement américain, un rapport du Conseil national du renseignement (NIC) conclut que la structure du pouvoir en Iran – composée d’institutions cléricales et militaires – est si profondément enracinée qu’une attaque militaire américaine de grande envergure serait probablement incapable de la renverser.
D’après ce rapport classifié, les analystes du renseignement américain estiment que même si Washington lançait une campagne militaire, qu’elle soit de courte ou de longue durée, il serait improbable que les forces d’opposition au régime iranien parviennent à prendre le pouvoir.
Cette évaluation contredit les positions publiques du président américain Donald Trump. Ce dernier avait déclaré que Washington pourrait purger la structure dirigeante iranienne et la remplacer par une nouvelle autorité.
Quels scénarios ont été envisagés ?
Le rapport a été rédigé environ une semaine avant le début de l’opération militaire conjointe américano-israélienne, le 28 février.
Le document examinait plusieurs scénarios, dont une attaque ciblée contre les dirigeants iraniens ou une attaque plus large contre la structure dirigeante et les institutions gouvernementales.
Le Conseil national du renseignement des États-Unis est composé d’analystes du renseignement chevronnés et expérimentés, chargés de produire des évaluations classifiées. Leurs évaluations reflètent les conclusions collectives et les points de vue partagés des 18 agences de renseignement basées à Washington.
La Maison Blanche n’a pas précisé si le président américain avait connaissance de cette évaluation avant d’autoriser l’opération militaire.
Cependant, le rapport de renseignement ne semble pas avoir examiné d’autres scénarios possibles, notamment le déploiement de troupes terrestres américaines en Iran ou l’armement des forces d’opposition pour déclencher un soulèvement.
On ignore également si la campagne militaire de grande envergure décrite dans le document classifié est la même que les opérations actuellement en cours.
Trump a également laissé entendre qu’il devrait avoir un rôle à jouer dans la désignation du prochain dirigeant iranien. Il a insisté sur le fait qu’il ne souhaite pas que des dirigeants arrivent au pouvoir en Iran pour se contenter de reconstruire l’infrastructure nucléaire et le programme de missiles balistiques du pays.
En réponse, Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Majlis (Parlement iranien), a rejeté l’idée que Trump puisse jouer un rôle quelconque dans la désignation du prochain dirigeant iranien.
« Maintien de la domination sur le pays »
Des responsables américains, actuels et anciens, affirment qu’à ce jour, ils ne constatent que peu de signes d’un soulèvement populaire d’envergure en Iran, ni d’une scission sérieuse au sein du régime ou des forces de sécurité, susceptible d’aboutir à la formation d’un nouveau système.
Les forces de sécurité du régime iranien ont tué des milliers de manifestants lors des manifestations de janvier, déclenchées par la grave crise économique que traverse le pays. Parallèlement, Trump a conseillé aux Iraniens de rester confinés chez eux jusqu’à la fin des bombardements américano-israéliens.

