Bijan Hadizadeh, plus connu dans la résistance sous le nom d’Alireza Maadanchi – né en 1950 à Hamedan en Iran – et décédé le 15 février 2025 en Albanie, fut un célèbre journaliste et résistant iranien éxilé en Albanie. Bijan Hadizadeh fut membre du Conseil national de la Résistance iranienne et l’un des responsables des médias de la Résistance. Ses commentaires sans complaisance sur le régime des mollahs, diffusés sur la chaîne IranNTV (Simayé Azadi) – chaîne d’opposition iranienne – étaient particulièrement appréciés par le public.
En 1971, alors qu’il était étudiant en médecine à l’Université de Chiraz, il fut arrêté pour ses activités politiques contre la dictature de Mohammad Reza Shah. Libéré de prison mais expulsé de l’université, il fut ensuite exilé à Ahwaz pour accomplir son service militaire obligatoire. C’est durant cette période, en 1973, qu’il fit la connaissance de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) et noua des liens étroits avec le mouvement d’opposition à la dictature du Shah.
Accusé d’appartenir à ce mouvement, il fut de nouveau arrêté en 1975, transféré au célèbre Comité mixte de la police et de la SAVAK (police politique du Shah), et subit torture et interrogatoires intenses. Ce Comité fut l’un des lieux les plus terrifiants du régime du Shah pour réduire au silence ses opposants. En 1978, après trois ans d’emprisonnement dans les tristement célèbres prisons d’Evin et de Qasr, à Téhéran, il fut libéré et rejoignit immédiatement l’organisation pour poursuivre la lutte contre le régime impérial.
À la suite de la victoire de la révolution anti-monarchique en février 1979, Bijan Hadizadeh entama une carrière de journaliste et de commentateur à la Radiotélévision nationale iranienne. Il devint le présentateur vedette de la radio d’Etat. Outre ses interventions radiophoniques et télévisées, il présentait quotidiennement, en direct, des commentaires politiques suivis par des millions d’auditeurs à travers le pays.
Cependant, en juillet 1979, alors qu’il était témoin du renforcement de la répression et, l’une après l’autre, de la suppression des libertés par le nouveau régime, de plus en plus dominé par l’omniprésence de Khomeiny, et des miliciens appelés hezbollahis, il prit une décision courageuse qui marqua les esprits en cette période d’incertitude et d’hésitation qui étreignait la société, alors que le nouveau pouvoir s’est mis à restreinte les libertés. Profitant de son programme de radio en direct, il osa dénoncer les actes de censure et les atteintes aux libertés imposées par les autorités, annonçant publiquement sa démission de la radio nationale et la fin de sa collaboration avec ce régime devenu liberticide.
Voici la traduction de cette déclaration publique et radiophonique historique, prononcée en direct ce jour-là par Bijan Hadizadeh :
« Chers compatriotes ! Le serment que je vous ai fait était de vous dire la vérité, et seulement la vérité, sans la déformer ni la censurer – et jusqu’à présent, j’ai tenu parole. Mais aujourd’hui, un groupe a pris le contrôle de la radio-télévision, dont le métier consiste à censurer les faits et à tromper le peuple. Ils n’ont absolument rien à voir avec la révolution : ce sont des ennemis de celle-ci. Leur seul atout, c’est leur abaya, leur turban, leur barbe, leur chapelet et leurs bagues en agate et en turquoise.
Chers compatriotes ! Leur objectif est d’anéantir les libertés et d’éradiquer tout l’héritage de la révolution. Ils ont censuré les manifestations et les cortèges des partisans de l’OMPI, protestant contre l’arrestation de Mohammad Reza Saadati (1). Ils n’ont pas permis – et ne permettent toujours pas – que la vérité sur cette affaire parvienne au peuple. Leur subterfuge repose sur le mensonge.
En vertu du serment que je vous ai fait, j’affirme ici que cette radio-télévision, qui se revendique « islamique », a perdu toute légitimité. Je ne suis plus disposé à poursuivre mon engagement au sein de ce média de mensonges et de tromperies, et je m’en retire, en attendant le jour où elle reflétera de nouveau la véritable voix et l’image du peuple iranien. Chers compatriotes, d’ici là, je vous dis au revoir. En espérant ce jour ! ».
Toujours en juillet 1979, après la parution du premier numéro de la revue Modjahed, il intégra le comité de rédaction de ce journal d’opposition, organe de l’OMPI.
Le 20 juin 1981, il fut témoin du massacre de la grande manifestation pacifique de l’OMPI à Téhéran par les gardiens de la révolution. Cette date marqua la fin de toute possibilité d’activité politique d’opposition sous le régime. Ce massacre, ainsi que les exécutions qui s’ensuivent, annonça le déclenchement d’une résistance à l’échelle nationale. Une répression terrible s’abat sur les opposants dans tout le pays. Comme d’autres membres de l’OMPI, il passa à la clandestinité. Une nouvelle vie commençait, pleine de dangers.
Les proches de Bijan ne sont pas épargnés. Le frère cadet de Bijan, Massoud, tomba en martyr, le 2 novembre 1982, lors d’un affrontement à Téhéran avec des agents des Gardiens de la Révolution et du parquet du régime iranien. Massoud détenait une quantité considérable d’informations qui, si divulguées, auraient conduit à l’arrestation et l’exécution par fusillade de nombreux camarades de lutte. Ne souhaitant pas que ces informations tombent entre les mains d’Assadollah Ladjevardi (chef de la prison d’Evin, surnommé le « boucher d’Evin »), il affronta les agents du régime et se jeta du quatrième étage du bâtiment du parquet pour échapper à ses tortionnaires.
Le cousin de Bijan, Mohammad Reza, fut lui aussi assassiné à la prison d’Evin durant l’été 1981, sous le joug de la torture.
Bijan Hadizadeh ne baissa pas les bras. Il se consacra pleinement à la création de la Radio « la voix du Modjahed », qui joua par la suite un rôle similaire à celui de Radio Londres pour la Résistance française durant l’occupation nazie. Pour contourner la censure, cette Radio de la Résistance iranienne pris en charge la production et la diffusion de ses programmes dans la région frontalière du Kurdistan iranien. Dès ses débuts, Bijan fut l’un des piliers rédactionnels de cette radio nommée en persan « Seda-yé Modjahed », qui faisait résonner l’écho de la résistance auprès des Iraniens.
Les conditions se durcissent de plus en plus. Bijan Hadizadeh fut alors contraint à l’exil en France, rejoint par sa famille un an plus tard. En 1986, le gouvernement Chirac négocie avec l’Iran des mollahs à propos de l’affaire des otages au Liban. Cédant au chantage du régime, il mit la pression sur les opposants iraniens. Suite à cela, de nombreux militants de l’OMPI décidèrent de quitter la France pour se rendre dans la région frontalière de l’Iran en Irak afin de poursuivre la Résistance. Bijan Hadizadeh choisi de partir, refusant d’abandonner le combat, mais sa famille ne le suivit pas. Il quitta sa femme et ses enfants et se consacra entièrement au renversement du régime, plutôt que de mener une vie paisible en France.
Durant les années 2000, plus précisément depuis 2003, en Irak, comme les autres militants, il subit des pressions insoutenables imposées par les milices irakiennes et les gardiens de la révolution aux membres de l’OMPI, d’abord dans la cité d’Achraf, puis le camp de concentration de Liberty dans ce pays. Sous la bienveillance d’un gouvernement irakien fantoche de Maliki, la force Qods des gardiens de la révolution inflige, l’embargo médical, les bombardements et les massacres, jusqu’à ce que sous la supervision de l’ONU, les membres de l’OMPI soient transférés depuis l’Irak vers l’Albanie, s’installant plus tard dans la nouvelle cité d’Achraf 3 près du port de Durres.
Bijan Hadizadeh a laissé dans son sillage des milliers d’articles, de commentaires et d’allocutions dénonçant les crimes du régime de la République islamique, et insufflait une flamme vivifiante à la résistance, éveillant en chacun l’espoir et l’engagement à lutter pour la liberté.
Après cinquante années de lutte infatigable, d’abord contre la dictature monarchique puis contre le régime des mollahs, Bijan Hadizadeh s’est éteint le samedi matin du 15 février 2025 en Albanie, des suites d’un anévrisme cérébral à l’âge de 75 ans, devenant à jamais un exemple de dévouement à la cause de la liberté de son peuple. Le jour viendra où l’ensemble du peuple lui rendra hommage pour une vie de sacrifice entièrement consacrée à l’amour d’un peuple opprimé.
(1) Mohammad Reza Saadati était un opposant déterminé au régime iranien, membre de l’OMPI, emprisonné sous le Shah et libéré lors de la révolution. Engagé dans la lutte pour la liberté et la justice en Iran, il fut arrêté trois mois après la révolution pas des milices des nouvelles autorités, provoquant ainsi l’indignation et la mobilisation dans la société. Son arrestation fut un symbolisa le début de la répression exercée sur toute forme d’opposition au pouvoir en place. Saadati a été exécuté en prison 1980.

