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Augmentation du prix de l’essence en Iran : expérience sociale ou préparation à une hausse des prix ?

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Ces derniers jours, Mohsen Paknejad, ministre du Pétrole du régime iranien, a annoncé l’introduction d’une « super essence spéciale » importée par le secteur privé et vendue dans certaines stations à plus de 50 000 tomans (500 000 rials / 0,50 $) le litre. Il a également souligné que cette mesure n’avait aucun lien avec le rationnement de l’essence ni avec les prix actuels de 1 500 et 3 000 tomans (15 000 et 30 000 rials, soit environ 1,5 à 3 cents) et que le quota mensuel de 60 litres pour les véhicules resterait inchangé.

À première vue, le gouvernement semble cibler des consommateurs spécifiques, notamment les propriétaires de voitures de luxe et ceux qui exigent un carburant de qualité supérieure. En réalité, cette décision soulève de sérieuses questions quant à l’avenir des politiques de subventions iraniennes et à la probabilité d’une hausse plus importante des prix de l’essence.

La dévaluation continue du rial et le manque d’investissement dans les capacités de raffinage ont contraint le régime iranien, malgré ses prétentions d’autosuffisance, à dépendre des importations d’essence. Selon les responsables du régime, environ 8 milliards de dollars ont été dépensés en importations de carburant l’année dernière seulement.

Le modèle de l’expérimentation sociale
En économie politique, l’une des méthodes utilisées par les gouvernements pour évaluer la réaction du public aux réformes des prix consiste à mener des projets pilotes limités. La vente d’essence importée à 50 000 tomans s’inscrit dans ce cadre. Les responsables pétroliers insistent sur le fait que ce carburant est réservé à des consommateurs spécifiques et n’est pas lié à des quotas subventionnés. Cependant, cette mesure peut être interprétée comme une forme de « conditionnement social », incitant progressivement la population à accepter que le prix réel du carburant soit bien supérieur aux tarifs subventionnés actuels.

D’un point de vue comportemental, l’objectif de créer un système de « double tarification » entre l’essence subventionnée et l’essence du marché libre pourrait inciter la société à accepter des augmentations de prix progressives. Les manifestations de novembre 2019 ont montré au régime que toute hausse soudaine et généralisée des prix pouvait déclencher des réactions sociales graves et coûteuses. C’est pourquoi la stratégie du gouvernement consiste probablement à établir des tarifs progressifs, en commençant par des groupes spécifiques. Lors des manifestations nationales de 2019, le régime iranien a tué 1 500 personnes.

Pressions budgétaires et signaux politiques
Le président iranien Massoud Pezeshkian et les membres de son cabinet ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils n’avaient pas l’intention d’augmenter les prix du carburant pour les « défavorisés ». Cependant, Pezeshkian et d’autres responsables ont souvent critiqué la « consommation disproportionnée des groupes les plus aisés », s’interrogeant sur la pertinence de subventionner l’essence pour ces groupes. Cette contradiction montre que, si le gouvernement craint les conséquences sociales des hausses de prix, il reconnaît également pleinement que la politique actuelle est financièrement et économiquement intenable.

Compte tenu du déficit budgétaire chronique du régime, des crises énergétiques récurrentes, hiver comme été, et du coût élevé des importations de carburant, la pression à la hausse des prix de l’essence est plus forte que jamais. L’introduction de l’essence à 50 000 tomans par le secteur privé pourrait constituer la première étape de ce processus – une mesure présentée comme une « libéralisation pour les véhicules de luxe », mais dont les conséquences se propageront inévitablement à l’ensemble de la société.

Bien que les responsables du régime insistent actuellement sur le maintien des prix subventionnés de l’essence, les données économiques et les signaux politiques indiquent que, tôt ou tard, le débat sur la hausse des prix s’étendra au niveau général. Le gouvernement de Pezeshkian est confronté à un choix : continuer à supporter le fardeau financier des subventions sur les carburants et à combler les déficits en imprimant de la monnaie et en alimentant l’inflation, ou s’engager sur la voie difficile des réformes des prix.

Augmentation du prix de l'essence en Iran : expérience sociale ou préparation à une hausse des prix ?L’augmentation des prix de l’essence ne vise pas tant à fournir un carburant de luxe à certaines voitures qu’à annoncer un potentiel changement de politique énergétique du régime iranien dans un avenir proche – un changement qui pourrait avoir de vastes conséquences économiques et sociales.

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