Les tapis persans tissés à la main, longtemps considérés comme l’un des symboles culturels et artistiques les plus importants d’Iran et autrefois en position dominante sur les marchés internationaux, connaissent aujourd’hui une crise sans précédent.
Les exportations qui rapportaient à l’Iran plus de 2 milliards de dollars dans les années 1990 sont aujourd’hui tombées à environ 40 millions de dollars, un chiffre qui, selon l’Agence France-Presse (AFP), représente une baisse de plus de 95 %. De nombreux experts estiment que ce déclin est non seulement une conséquence directe des sanctions internationales, mais aussi le résultat d’une combinaison de problèmes économiques et de gestion internes à l’Iran.
Effondrement du marché après les sanctions
Le retour des sanctions américaines en 2018 a marqué un tournant dans le déclin de l’industrie du tapis iranien. Ces sanctions ont coupé l’accès au plus important marché de tapis pour l’Iran : les États-Unis, qui, selon les responsables gouvernementaux, représentaient plus de 70 % des exportations de tapis tissés à la main.
Les statistiques officielles des douanes iraniennes indiquent que les exportations de tapis n’ont atteint que 41,7 millions de dollars lors de la dernière année civile iranienne. Ces exportations ont été destinées à 55 pays, l’Allemagne, les Émirats arabes unis, le Japon et la Chine étant les principaux acheteurs. Cependant, ces chiffres sont loin des jours fastes des exportations de tapis, lorsque cette industrie, avec le pétrole, était considérée comme l’un des principaux piliers des revenus d’exportation de l’Iran.
Les concurrents ont comblé le vide laissé par l’Iran
Le déclin de l’industrie du tapis iranien a offert une opportunité à des concurrents comme l’Inde, la Chine, le Népal et le Pakistan de développer leurs parts de marché. En produisant des tapis moins chers, ces pays ont conquis une grande part des marchés traditionnels de l’Iran. Certains de ces produits ont même pénétré le marché intérieur iranien, ce qui incite les vendeurs de tapis iraniens à se plaindre de la baisse de leurs ventes.
Tourisme et évolution des goûts
Selon l’AFP, la baisse du tourisme international a également porté un coup dur à l’industrie. Pendant des décennies, les touristes occidentaux en visite en Iran achetaient des tapis tissés à la main comme souvenirs ou cadeaux. Mais avec les recommandations de voyage et les relations tendues persistantes entre le régime iranien et le reste du monde, le nombre de touristes a fortement diminué.
Problèmes structurels et économiques
Les experts estiment que les raisons de ce déclin vont au-delà des sanctions. Des politiques monétaires erratiques, les restrictions sur le rapatriement des devises issues des exportations, des coûts de production élevés et le manque de soutien effectif de l’État ont poussé ce secteur historique au bord de la ruine. La dévaluation du rial par rapport au dollar a également menacé le marché intérieur des tapis tissés à la main. Les familles iraniennes, qui considéraient autrefois les tapis comme un élément essentiel de leur patrimoine culturel, se tournent désormais vers les tapis fabriqués mécaniquement.
Un espoir de relance ou la fin d’une ère ?
Les responsables gouvernementaux évoquent encore la possibilité de relancer ce secteur. Cet été, Mohammad Atabak, le ministre du Commerce du régime iranien, a déclaré : « Nous avons perdu d’importants marchés internationaux, mais nous espérons redynamiser ce secteur en réformant les réglementations commerciales et monétaires. » Il a également évoqué de nouveaux accords visant à faciliter les exportations de tapis.
Cependant, de nombreux professionnels du secteur estiment que la seule voie de survie est l’adaptation aux besoins et aux goûts des marchés actuels.
Un patrimoine en danger d’être oublié
Le tapis persan, dont l’origine remonte à l’Antiquité, est aujourd’hui plus menacé que jamais. Face à la baisse de la demande, tant nationale qu’internationale, et à la domination du marché mondial par des concurrents à bas coûts, il existe un réel danger que le tapis tissé à la main devienne un simple objet historique, un patrimoine précieux, autrefois source de fierté nationale, mais aujourd’hui au bord de l’extinction.

