La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a averti que les conséquences des attaques américaines et israéliennes contre l’Iran pourraient mettre à rude épreuve le système de santé du pays pendant des mois, voire des années.
La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a déclaré qu’après des semaines de bombardements, l’Iran risque de connaître une grave crise dans la fourniture de services de santé, et que les pénuries d’équipements ainsi que les perturbations des chaînes d’approvisionnement pourraient persister. Parallèlement, le journal d’État Donya-ye-Eqtesad a rapporté que les pénuries de médicaments – en particulier de médicaments spécialisés et importés – se sont intensifiées dans les pharmacies de Téhéran, obligeant les patients à attendre des livraisons ou à utiliser des alternatives moins efficaces.
Avertissement de la Croix-Rouge : le cessez-le-feu ne signifie pas la fin de la crise
Cristian Cortez Cardoza, vice-président régional de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a déclaré à Genève, après une visite de quatre jours en Iran, qu’un cessez-le-feu ne signifiait pas la fin de la crise.
Il a averti que des centaines de cliniques, de centres de soins, d’établissements d’enseignement et de commerces avaient été endommagés ou détruits lors des attaques, ce qui compromet fortement l’accès aux soins médicaux.
Selon lui, l’inquiétude grandit face aux pénuries de matériel médical essentiel, notamment d’appareils de dialyse et de prothèses. Il a indiqué qu’une usine produisant 60 % des filtres et équipements de dialyse ne disposait de matières premières que pour les trois prochains mois et que sa chaîne d’approvisionnement était perturbée par le conflit.
Pénuries de médicaments généralisées dans les principales pharmacies
Parallèlement aux avertissements internationaux, le rapport Donya-ye-Eqtesad montre que la crise des médicaments s’est considérablement aggravée au niveau municipal. Le rapport indique que l’approvisionnement en médicaments, notamment en médicaments spécialisés, est devenu extrêmement difficile ces dernières semaines, et même les pharmacies réputées de Téhéran, qui prennent en charge des patients souffrant de pathologies particulières, sont confrontées à des pénuries.
Le rapport note que de longues files d’attente se forment devant la pharmacie centrale du Croissant-Rouge dès les premières heures du matin, de nombreuses personnes faisant la queue avant même l’ouverture. Certains visiteurs ne viennent pas pour acheter immédiatement, mais pour obtenir une facture préliminaire afin de déterminer la part prise en charge par l’assurance maladie et de vérifier s’ils peuvent se permettre le médicament.
Des patients atteints de maladies chroniques pris entre médicaments étrangers et alternatives locales
L’un des points les plus importants du rapport concerne le dilemme auquel sont confrontés les patients atteints de maladies chroniques, tiraillés entre des médicaments étrangers onéreux et des alternatives locales moins efficaces. Des médicaments tels que la venlafaxine, certaines marques d’insuline, certains traitements anticancéreux étrangers et des antibiotiques comme la rifampicine figurent parmi ceux qui sont jugés difficiles à trouver sur le marché.
Dans ces conditions, les patients et leurs familles sont contraints d’attendre longtemps pour obtenir leurs médicaments, d’utiliser des substituts ou de supporter le coût exorbitant des médicaments étrangers, alors même que les assurances complémentaires ne couvrent qu’une partie limitée des dépenses.
Des patients décrivent la réalité du marché des médicaments
Le rapport de Donya-ye-Eqtesad cite des exemples précis de cette pression. Une femme atteinte de leucémie a déclaré que les médicaments étrangers sont de meilleure qualité et plus efficaces, mais qu’elle n’a pas les moyens de se les procurer. Une autre personne a témoigné de l’extrême difficulté à trouver l’antibiotique rifampicine, expliquant que sa version européenne n’est plus disponible, que la version turque est également devenue rare et que le patient a finalement été contraint d’utiliser la version iranienne, qu’il juge moins efficace.
Dans ce même rapport, certains visiteurs ont indiqué que même des médicaments auparavant courants sont devenus difficiles à trouver ces dernières semaines, les pénuries étant plus marquées pour les médicaments étrangers – des médicaments qui, lorsqu’ils sont disponibles, sont vendus à des prix plus élevés.
Difficultés financières, pénuries de médicaments et réseaux de solidarité
Le rapport montre également qu’en plus des problèmes d’approvisionnement, la capacité financière des personnes à acheter des médicaments a diminué. Des visiteurs indiquent qu’avec la hausse des prix, les plafonds de remboursement des assurances sont rapidement atteints, laissant de nombreuses familles dans l’incapacité de payer les frais restants.
Parallèlement, autour de certaines pharmacies, des réseaux de solidarité et des associations caritatives se sont développés pour aider les patients à obtenir des médicaments et à s’orienter dans les démarches administratives et financières. Cette partie du rapport montre que le fardeau de la crise ne repose pas uniquement sur le système de santé et que des segments de la société tentent spontanément de pallier les lacunes.
Les avertissements conjoints de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et les rapports de terrain du marché pharmaceutique iranien indiquent que le problème ne se limite pas à une pénurie temporaire. La guerre a perturbé les chaînes d’approvisionnement, endommagé les infrastructures de santé et, simultanément, accru la pression financière sur les patients.

