Le régime clérical iranien est en faillite politique, économique et morale. Il ne jouit d’aucun capital social. Sa légitimité, pour autant qu’il en ait jamais eu, a été anéantie depuis longtemps — dans les salles de torture d’Evin, dans les fosses communes du massacre de 1988, dans le sang des adolescents manifestants abattus depuis les toits lors du soulèvement de 2019. Au lieu d’un mandat, il propose une galerie mouvante de mirages destinés à faire courir les Iraniens après des ombres.
Pendant deux décennies, l’illusion la plus rentable du régime a été celle de la « réforme ». Khatami, Rohani, la promesse que la théocratie pourrait s’assouplir de l’intérieur : on a dit à des millions d’Iraniens d’attendre, de voter, de faire confiance au processus. Le soulèvement de 2017 à Machhad, Chiraz et dans une centaine d’autres villes a réduit ce mythe en cendres. « Réformateurs ou durs du régime, la partie est finie », scandaient les foules. Vient ensuite le fantasme de la monarchie : l’idée qu’un fils du Shah déchu, vivant confortablement dans une banlieue du Maryland grâce à une fortune volée sous le règne de son père, pourrait constituer une alternative crédible. Pour le régime, Reza Pahlavi a été une aubaine politique : une figure qui absorbe l’énergie de l’opposition, la fragmente et ne produit rien en retour. Son parcours ne témoigne pas d’un leadership, mais d’une succession de contradictions.
Concernant le CGRI (Corps des gardiens de la révolution islamique) : en 2017, il a publiquement rejeté l’idée de désigner les Gardiens comme une organisation terroriste. En novembre 2018, il s’est vanté à la télévision d’entretenir des « contacts bilatéraux avec l’armée, le CGRI et les Bassidji ». En décembre 2018, au Washington Institute for Near East Policy, il a affirmé avoir une « communication directe » avec les forces militaires et paramilitaires. En 2020 : « Mon soutien viendra de ces mêmes membres du CGRI. » Puis, le 14 juillet 2026 — au lendemain de la décision britannique de désigner le CGRI comme organisation terroriste — il a tout renié lors d’une interview à Reuters, niant avoir jamais communiqué avec des hauts commandants des Gardiens et requalifiant ses années de vantardise en simples messages anonymes sur les réseaux sociaux. Le *Washington Examiner* a souligné l’impossibilité technique de cette version : son compte X limite les messages directs à 66 contacts approuvés. Concernant l’intervention étrangère : pendant des années, il a soutenu que le régime s’effondrerait de l’intérieur, affirmant à POLITICO tout au long de l’année 2025 qu’il « ne voulait pas que les États-Unis ou Israël interviennent directement ». En février 2026, il déclarait à ABC News que des frappes militaires américaines étaient « cruciales ». En juillet, il qualifiait la guerre menée par les États-Unis d’« étape nécessaire ».
Concernant les organisations : l’Iran Future Association (2007, au point mort). Le Conseil national de l’Iran pour des élections libres (Paris, 2013 ; dès 2017, le Service de recherche du Congrès signalait des « défections » et une activité « minimale »). Le projet Phoenix (2019, disparu). L’Alliance pour la démocratie et la liberté en Iran (Georgetown, 2023) — torpillée par son propre tweet du 4 avril 2023 exigeant l’ajout de membres choisis par lui, ce qui a conduit les partenaires de la coalition à se retirer en dénonçant ses « méthodes antidémocratiques ». L’Atlantic Council a documenté la manière dont ses partisans en ligne ont poussé l’actrice Nazanin Boniadi à quitter totalement Twitter.
Rien de tout cela n’est anodin. Chaque manifestation pacifique en Iran — chaque ouvrier en grève, chaque étudiant ayant défilé — s’est heurté à la répression du régime : balles, torture et arrestations massives. Dans ce contexte, les quatre décennies de rhétorique pacifiste de Pahlavi n’ont protégé aucun manifestant. Cette approche a suscité la désillusion au sein de la contestation en promettant une transition qui ne s’est jamais concrétisée, et a divisé le mouvement en fracturant l’opposition. Son revirement soudain du 10 janvier 2026 — appelant brusquement les Iraniens à « s’emparer des centres-villes et à les tenir » — n’a fait que confirmer ce que ses potentiels soutiens savaient déjà. Rudy Giuliani l’a qualifié d’« imposteur » n’ayant « jamais risqué sa vie ».
Voici donc la vérité crue. L’intervention militaire étrangère n’a pas modifié le comportement du régime. Les sanctions non plus. La politique d’apaisement — accords sur le nucléaire, échanges d’avoirs gelés, poignées de main diplomatiques — n’y a rien fait. Le mirage de la réforme a échoué. Tout comme l’illusion d’une restauration monarchique. Chacune de ces voies a été tentée, et chacune a abouti au
même résultat : le régime est toujours en place et les Iraniens continuent de mourir. La seule voie vers la liberté en Iran, vers la paix au Moyen-Orient et vers la stabilité au-delà de cette région est le changement de régime — non pas sous l’impulsion de sauveurs étrangers ou de prétendants en exil, mais par la reconnaissance du droit souverain du peuple iranien à renverser ce régime par tous les moyens qu’il juge nécessaires. Ce droit n’est octroyé ni par Washington, ni par Londres, ni par Bruxelles. Il existe parce que quarante-sept années de tyrannie n’ont laissé aucune autre option.

