Iran and its NeighboursIrakM. Bush veut contrer la formation d'un axe Syrie-Irak-Iran

M. Bush veut contrer la formation d’un axe Syrie-Irak-Iran

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Le Monde, Washington, 23 novembre – Par Corine Lesnes, Correspondante – L’administration américaine multiplie les efforts pour tenter de contrecarrer l’influence de l’Iran au Proche-Orient. Le président George Bush va se rendre à Amman, en Jordanie, le 29 novembre, pour une rencontre au sommet avec le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, accusé par les Américains de ne pas agir assez énergiquement contre les milices chiites à Bagdad. Le vice-président Dick Cheney a, de son côté, prévu de se rendre dès vendredi en Arabie saoudite, alliée des sunnites irakiens, pour s’entretenir « de la situation dans la région » avec le roi Abdallah.

M. Bush quittera Washington lundi 27 novembre pour l’Estonie et la Lettonie, où il participera au sommet de l’OTAN. De là, il se rendra à Amman. Selon son conseiller à la sécurité nationale, Steve Hadley, M. Bush a l’intention de faire le point avec le premier ministre irakien des progrès accomplis par le « comité conjoint sur le transfert de la responsabilité de la sécurité ». Cet organisme avait été créé le 28 octobre, alors que M. Bush était pressé par son parti d’annoncer un changement de stratégie avant les élections du 7 novembre. Depuis la victoire électorale des démocrates, un vaste débat est engagé sur l’Irak, tant dans l’administration que dans l’opposition.

Selon la Maison Blanche, la rencontre entre M. Bush et M. Maliki doit être aussi l’occasion d’évaluer « le rôle de la région dans le soutien à l’Irak ». Elle interviendra après deux visites historiques : celle que vient d’effectuer le ministre syrien des affaires étrangères à Bagdad, renouant des relations diplomatiques après vingt-six ans de rupture, et celle que doit effectuer, en fin de semaine, le président irakien, Jalal Talabani, à Téhéran. La plupart des observateurs estiment que les Etats-Unis sont désormais confrontés à la formation d’un axe Damas-Bagdad-Téhéran, consacrant la montée des chiites et l’affaiblissement de la puissance américaine dans la région. Le président syrien a aussi été invité à la réunion de Téhéran.

M. Bush a décidé de ne pas attendre les recommandations de la commission Baker-Hamilton sur l’Irak pour tenter de reprendre l’initiative. Il ne s’est d’ailleurs jamais engagé à les adopter. En parallèle, une floraison d’évaluations comparables ont été lancées, l’une au Conseil national de sécurité, l’autre au Pentagone. Selon le correspondant militaire du Washington Post, Tom Ricks, l’armée aurait identifié trois options : augmenter massivement (de 20 000 à 30 000 hommes) le nombre de troupes pour rétablir l’ordre (« go big ») ; retirer les troupes (« go home ») ; ou réduire le nombre des soldats tout en allongeant la durée de la présence américaine (« go long »).

L’une des principales idées prêtées à la commission Baker est l’ouverture de pourparlers directs avec Damas et Téhéran sur la stabilisation de l’Irak. L’un de ses membres, l’ancien secrétaire d’Etat de George Bush père, Lawrence Eagleburger, donnait encore ce conseil, mercredi, à l’actuel président : organiser une conférence internationale, et faire clairement savoir aux responsables irakiens que les Etats-Unis « ne peuvent pas rester là encore cinq ans à gérer leur pays ». L’ancien secrétaire d’Etat Henry Kissinger, qui conseille le président Bush, souhaite lui aussi, désormais, une conférence internationale où seraient associés non seulement les voisins de l’Irak mais les membres permanents du Conseil de sécurité ainsi que l’Inde et le Pakistan.

L’assassinat du ministre libanais Pierre Gemayel est venu compliquer la tâche des partisans de cette formule. Sans mettre l’attentat directement sur le compte de Damas, la Maison Blanche a clairement indiqué où se portaient ses soupçons. Les critiques font remarquer qu’une fois de plus, la démocratisation prônée par M. Bush est entrée en conflit avec la réalité d’une région multiconfessionnelle. En plaidant pour la démocratisation, Washington a fait le jeu des chiites, plus nombreux que les chrétiens au Liban.

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