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Selon la commission, la politique de Bush en Irak « ne fonctionne pas »

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Associated Press, Washington, 6 décembre – Par Anne Plummer Flaherty et David Espo – La politique du président Bush en Irak « ne fonctionne pas », c’est ce qu’a déclaré littéralement une haute commission mercredi, dans une analyse pessimiste appelant à des efforts diplomatiques urgents pour stabiliser le pays et permettre le retrait de la plupart des troupes américaines avant début 2008.

Après presque quatre ans de guerre et la mort de plus de 2900 soldats américains, la situation est «grave et ne va pas en s’améliorant », a affirmé ce panel bipartite. Ce dernier a également mis le gouvernement en garde : « La capacité des États-Unis à influencer les événements en Irak est en train de s’affaiblir ».Il recommande aux USA de réduire son soutien politique, militaire et économique en Irak même si le gouvernement de Bagdad ne parvient pas à faire de progrès significatifs vers une autonomie en matière de sécurité.

Le rapport indique que Bush doit mettre de côté ses hésitations et s’engager avec la Syrie, l’Iran et les chefs des forces insurgées dans des négociations sur l’avenir de l’Irak avant la fin de cette année. Il lui recommande également de redoubler ses efforts pour la paix dans le grand Moyen Orient. Il avertit qu’à moins d’un changement significatif, le pays va tout droit vers le chaos. Donnant un avis contraire à celui du Pentagone, la commission affirme que les violences actuelles dans le pays sont fortement sous-estimées. Il remet également en question le travail du renseignement américain, affirmant que le gouvernement « a toujours des difficultés à appréhender l’insurrection en Irak, ainsi que le rôle des milices ».

Concernant la question très sensible du retour des troupes, la commission met en garde contre un retrait trop précipité ou un engagement sans limite de durée dans un grand déploiement. « Les priorités militaires doivent changer », selon le rapport, et se concentrer sur l’entraînement, l’équipement et la formation des forces irakiennes. « Nous devons essayer d’achever notre mission d’entraînement et d’équipement avant la fin du premier trimestre 2008. »

La commission recommande une augmentation importante du nombre de soldats américains chargés d’entraîner les Irakiens, passant de 3000-4000 à 10 000-20 000. William Perry, membre de la commission et secrétaire à la défense dans le gouvernement Clinton, affirme que ceux-ci peuvent d’ores et déjà quitter les brigades de combat en Irak.

Les membres de la commission ont remis leur rapport à Bush lors d’une réunion très matinale à la Maison Blanche. Celui-ci a assuré qu’il étudierait sérieusement chaque proposition et qu’il agirait « de manière appropriée ».

Le rapport fait pression sur le président pour qu’il change sa politique, mais ce dernier n’a aucunement l’obligation de suivre ses recommandations. D’autres groupes d’étude du Pentagone, du département d’Etat et du Conseil de la sécurité nationale doivent prochainement proposer leurs propres recommandations. La Maison Blanche affirme qu’elle prendra sa décision dans les semaines à venir.

« Si le président est d’accord pour un changement de politique en Irak, les démocrates seront prêts à travailler à ses côtés dans le but de trouver un moyen de mettre un terme à la guerre le plus rapidement possible », a déclaré Nancy Pelosi, Représentante démocrate de Californie, qui est sur le point de devenir présidente du nouveau Congrès en janvier.

« La balle est dans le camp du président désormais… et nous allons l’observer très attentivement », a déclaré Harry Reid, démocrate du Nevada, qui prendra la tête de la majorité au Sénat en janvier prochain. John Boehner, Représentant de l’Ohio, futur leader des républicains à la Chambre dès l’année prochaine, s’est dit heureux que personne n’ait appelé au retrait des troupes selon un délai déterminé. « Nous n’obtiendrons pas la victoire en fixant des délais arbitraires ou en négociant avec des gouvernements hostiles », a-t-il dit.

Lors du meeting à la Maison Blanche, Bush était entouré des deux coprésidents du panel, l’ancien secrétaire d’Etat James A. Baker III, et l’ancien Représentant Lee Hamilton, dans une mise en scène remarquable : le président faisant l’éloge du travail d’un groupe étant parvenu à la conclusion que sa politique avait apporté le chaos et qu’elle risquait de faire encore de plus amples dégâts.

« Un grand nombre d’Américains ne sont pas satisfaits, à juste titre », a affirmé plus tard Hamilton lors d’une conférence de presse à l’occasion de la publication officielle des résultats des huit mois de travail de la commission. « Il n’y a pas de solution miracle », a affirmé Baker.

Le rapport dépeint un tableau sombre de la situation en Irak presque quatre ans après que les forces américaines aient renversé Saddam Hussein. Il recommande à Bush d’adopter les mesures qu’il a rejetées jusque-là, telles qu’entamer des pourparlers avec la Syrie et l’Iran sur le futur de l’Irak.

Il avertit de plus que si la situation continue de se détériorer, il y a un risque de « glissement vers un chaos (qui) pourrait entraîner la chute du gouvernement d’Irak et une catastrophe humanitaire ». « Les pays voisins pourraient intervenir… Le standing des Etats-Unis dans le monde pourrait être endommagé. Les Américains pourraient devenir le centre de l’attention », affirment les membres de la commission.

Baker, Hamilton et les autres membres du groupe ont quitté la Maison Blanche pour le Capitole afin de présenter leur rapport aux hauts législateurs. Le rapport formule 79 recommandations distinctes pour la politique en Irak. Celles-ci surviennent à un moment clé, Bush étant sous pression pour changer de politique et avec la formation d’un nouveau Congrès dont la majorité est désormais détenue par les démocrates qui portent sur la politique du gouvernement un œil sceptique.

De plus, le secrétaire à la défense, Donald H. Rumsfeld, architecte de la politique de l’administration dans la guerre en Irak, a présenté sa démission. Son remplaçant, Robert Gates, attend cette semaine la confirmation du Sénat pour sa nomination suite à une remarquable analyse personnelle concluant que les Etats-Unis n’étaient pas en train de gagner la guerre.

Bush a refusé de fixer une date pour le retrait des 140 000 soldats américains et a affirmé qu’il cherchait « un moyen de sortir la tête haute d’Irak ». Il n’y a eu aucun fléchissement de la violence mercredi en Irak, une attaque au mortier ayant fait au moins huit morts et blessé des dizaines de personnes sur un marché aux puces. La police a annoncé que cette attaque avait été suivie peu après par un attentat-suicide dans le quartier chiite de Sadr City de la capitale.

Ce sont ces violences qui poussent un grand nombre de personnes à penser que l’Irak est en proie à une guerre civile, ce que Bush refuse d’admettre. Toutefois, Baker, Hamilton et les huit autres membres de la commission affirment que le statu quo est inacceptable.

« La violence s’amplifie et devient plus meurtrière. Elle est alimentée par l’insurrection arabe sunnite, les milices chiites, les escadrons de la mort, Al Qaïda et la criminalité généralisée. Le conflit sectaire est le principal défi à la stabilité », affirme le rapport.

La recommandation de la commission concernant la coopération entre les forces américaines et les unités irakiennes fait référence à une approche que l’armée met déjà en application depuis plusieurs mois. Mais les hauts responsables du gouvernement affirment que les Irakiens ne sont pas encore
en mesure de se débrouiller seuls face à l’insurrection.

Les alliés des USA dans la région, dont le puissant gouvernement sunnite d’Arabie Saoudite, pensent que le conflit israélo-arabe est à la base des autres problèmes au Moyen Orient et que la rancœur suscitée par cette impasse rendait les autres difficultés plus pénibles à résoudre. La commission recommande la mise en œuvre d’une « offensive diplomatique » avant le 31 décembre visant à construire un consensus international en faveur de la stabilité en Irak, et que celui-ci englobe tous les pays de la région.

Les Etats-Unis accusent la Syrie et l’Iran de financer le terrorisme et d’attiser les troubles dans la région. L’Amérique n’a plus aucun lien diplomatique avec l’Iran depuis presque trente ans et a rappelé son ambassadeur en Syrie l’année dernière. Cependant, la commission affirme : « Etant donné la capacité de l’Iran et de la Syrie à influencer les événements en Irak et leur intérêt à éviter le chaos dans ce pays, les Etats-Unis doivent tenter de s’engager avec ces deux gouvernements de manière constructive ».

Antérieurement à la publication du rapport, la Maison Blanche avait annoncé qu’elle envisagerait de dialoguer avec l’Iran et la Syrie si cela faisait partie des recommandations de la commission.

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