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Iran : des arrestations d’Américains perturbent les perspectives de dialogue

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Le Monde, 26 mai – Par Corine Lesnes – C’est devenu presque rituel. A chaque fois qu’approche l’échéance fixée à l’Iran par l’ONU pour suspendre son programme nucléaire, le ton monte entre Washington et Téhéran. L’expiration, jeudi 24 mai, du délai fixé par la résolution 1747 n’a pas fait exception. A Téhéran, le président Mahmoud Ahmadinejad a affirmé, vendredi, que l’Iran allait développer son programme nucléaire « jusqu’à l’extrême possible ». A Washington, le président George Bush a appelé à un « renforcement du régime de sanctions ».

Chaque échéance s’accompagne généralement de fuites visant à accréditer l’idée que les Etats-Unis sont résolus à ne pas laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire. Mardi, ABC News a annoncé que M. Bush avait autorisé des actions clandestines de la CIA visant à déstabiliser le régime iranien. En janvier 2005, le journaliste du New Yorker Seymour Hersh affirmait que les services américains conduisaient secrètement des opérations de reconnaissance en Iran.

Par rapport à février, quelque chose a néanmoins changé : l’offre de négociations. Alors qu’ils n’ont plus de relations diplomatiques depuis vingt-sept ans, Américains et Iraniens devraient se retrouver, lundi 28 mai à Bagdad, pour leurs premières discussions directes depuis 2003. La rencontre reste entourée de flou. Il y a deux semaines, la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, avait cru pouvoir rencontrer son homologue iranien, Manouchehr Mottaki, en marge de la réunion de Charm el-Cheikh. Mais la délégation iranienne avait finalement fait savoir qu’elle n’était pas prête, ce que les Américains avaient pris comme un signe de la lutte de factions au sein du régime entre les partisans de l’ouverture et ceux qui sont hostiles à tout rapprochement avec Washington.

Autre complication, l’affaire des prisonniers. Selon le Washington Post, ils sont désormais cinq Américains retenus ou disparus en Iran. La plus connue est Haleh Esfandiari, du Woodrow Wilson International Center for Scholars à Washington. Agée de 67 ans, elle est incarcérée à la prison d’Evin depuis le 8 mai. Elle s’était rendue en Iran en décembre 2006 pour visiter sa mère malade. Son passeport a été confisqué. Les autorités l’ont accusée, mardi, de rechercher  » le renversement mou » du régime.

Seize sénatrices américaines ont publié un texte appelant à sa libération. Une résolution a été introduite à la Chambre des représentants.

Autres disparus ou interpellés, Parnaz Azima, une journaliste de Radio Farda, la station en persan financée par le gouvernement américain, Kian Tajbakhsh, consultant de la fondation pour l’Open Society de George Soros, et Ali Shakeri, homme d’affaires de Californie installé aux Etats-Unis depuis les années 1970. Il aurait dû rentrer début mai après avoir lui aussi rendu visite à sa mère, malade. Il fait partie du Center for Citizen Peace Building de l’université de Californie.

Pour les faucons, ces arrestations montrent les limites des discours entendus partout à Washington sur les bienfaits à retirer d’un dialogue avec Téhéran. Coïncidence ou non, Mme Esfandiari travaille dans un institut qui est dirigé par Lee Hamilton, coauteur du rapport du groupe d’étude sur l’Irak, un chaud partisan du dialogue avec l’Iran.

Pour Trita Parsi, président du Conseil national iranien-américain, « à chaque fois qu’une percée est en vue, les forces (du) statu quo essayent dans les deux pays de saboter le processus diplomatique ». Selon lui, ces arrestations sont le fait de membres du régime qui craignent toute ouverture vers l’Ouest.  » En empoisonnant l’atmosphère, ils essaient de maintenir le statut de ni paix ni guerre qui existe entre les Etats-Unis et l’Iran », dit-il.

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