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Iran-Affaire Kazemi: Ebadi accuse la justice de continuer à ignorer ses demandes

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AFP, Téhéran, 25 juillet – par Laurent LOZANO – Le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi a accusé lundi le tribunal de Téhéran chargé de rejuger le meurtrier présumé de la journaliste Zahra Kazemi d’ignorer les demandes des avocats et a menacé de se tourner vers la communauté internationale pour obtenir justice.

« Jusqu’à présent, ils n’ont pris en compte aucun des éléments que nous avons versés au dossier, ils n’ont convoqué aucun de nos témoins », a déclaré l’avocate de la famille de la victime après la deuxième audience de la cour d’appel qui rejuge un agent des Renseignements accusé d’avoir tué la journaliste irano-canadienne en détention.

« Le tribunal s’est contenté d’écouter ce que nous avions à dire, il n’a enquêté sur aucun, mais aucun des éléments que nous avons apportés », a-t-elle insisté devant quelques journalistes après quatre heures et demie d’audience.

« Pour que justice soit faite, l’enquête devrait être menée loin de toutes les convenances personnelles, cela n’a pas été le cas jusqu’alors », a-t-elle dit.

Selon l’agence estudiantine Isna, le juge a demandé aux avocats de déposer leurs derniers arguments dans les prochains jours. « Nous prononcerons notre jugement dans les délais légaux », a-t-il dit sans plus de précision.

« J’espère que cette affaire sera résolue de manière équitable en Iran, par la justice iranienne », a dit Mme Ebadi. « Si tel n’est pas le cas, mon devoir d’avocate est de défendre ce dossier jusqu’à la dernière minute de ma vie, et j’utiliserai tous les moyens, domestiques et internationaux », a-t-elle dit au risque de braquer une justice foncièrement hostile à toute intervention étrangère dans le domaine des droits de l’Homme.

Le procès en appel s’est rouvert dans une salle d’à peine 20 mètres carrés sans la presse ni les diplomates étrangers.
« Il n’y a plus de place », ont déclaré les fonctionnaires de la cour aux journalistes étrangers.

Mme Ebadi a accusé la justice d’avoir « rempli » le prétoire pour restreindre l’assistance.

Deux diplomates, du Canada et de Grande-Bretagne, ont été empêchés de suivre l’audience. On leur a expliqué qu’ils n’avaient pas « les autorisations nécessaires », a-t-on appris de source diplomatique.

La défense de l’agent des Renseignements Reza Aghdam Ahmadi a de nouveau protesté de son innocence, selon Isna.

L’accusé a été acquitté en première instance le 24 juillet 2004. Pour les avocats de la famille de la victime, il n’est qu’un bouc émissaire.
A l’audience, Mme Ebadi a de nouveau mis en cause le procureur de Téhéran, le redouté Saïd Mortazavi, en affirmant qu’il était présent quand le coup fatal a été porté, a indiqué Isna.

Zahra Kazemi, photojournaliste arrêtée le 23 juin 2003 alors qu’elle prenait des photos devant une prison de Téhéran, est morte le 10 juillet suivant d’une hémorragie cérébrale consécutive à des coups.
Entre-temps, elle est passée entre les mains des agents du procureur, de la police, puis de nouveau du procureur et enfin des Renseignements. Les circonstances de sa mort n’ont jamais été élucidées.

La justice ultra-conservatrice et le ministère réformateur des Renseignements n’ont cessé de s’accuser mutuellement.
Le rapport de la médecine légale a été trafiqué et le corps a été enterré précipitamment pour « faire disparaître les traces », a accusé Mme Ebadi.

Son assistant Mohammad Seifzadeh a réclamé la désignation d’un juge d’enquête spécial, faute de quoi « nous serons contraints de rendre publics nous-mêmes les noms des meurtriers ».
L’affaire Kazemi a jeté une lumière crue sur certains agissements contre les prisonniers en Iran. Elle a aussi gravement détérioré les relations entre Téhéran et Ottawa, le Canada accusant l’Iran de cacher la vérité.

Le Canada a décidé de « restreindre » ses relations avec l’Iran après la première audience du procès en appel le 16 mai, qualifiée de « déni de justice » par Ottawa.

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