Ces dernières semaines, les autorités iraniennes ont intensifié la pression sur les familles des prisonniers politiques et des dissidents exécutés. De nombreux rapports font état d’arrestations, de disparitions forcées et de restrictions visant les proches des membres et sympathisants de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK).
Ces mesures s’inscrivent dans un contexte plus large d’exécutions et de répression sécuritaire qui, selon les défenseurs des droits humains, touchent de plus en plus non seulement les prisonniers eux-mêmes, mais aussi les familles endeuillées cherchant des informations sur leurs proches.
Arrestations suite aux tentatives de récupération des corps de prisonniers exécutés
Le 18 avril, les autorités iraniennes ont arrêté Akram et Azam Daneshvarkar, sœurs d’Akbar Daneshvarkar, membre de l’OMPI exécuté. Selon les informations disponibles, Akbar Daneshvarkar, ingénieur civil, était détenu dans le quartier 209 de la prison d’Evin avant d’être exécuté le 30 mars.
Dans les jours qui ont suivi l’exécution, ses sœurs auraient passé près de trois semaines à faire la navette entre la prison de Ghezel Hesar, les services médico-légaux et les institutions judiciaires pour tenter de récupérer son corps et de déterminer le lieu de sa sépulture.
Les autorités ont ensuite inculpé les sœurs de « rassemblement et collusion contre la sécurité nationale » et de « trouble à l’ordre public », avant de les transférer à la prison de Qarchak.
Akram Daneshvarkar, âgé de 54 ans, avait également participé à la campagne « Non aux exécutions le mardi », une initiative s’opposant aux exécutions en Iran et défendant les prisonniers condamnés à mort.
Ces arrestations s’inscrivent dans un schéma récurrent décrit par des militants et d’anciens détenus : les familles qui tentent d’organiser des cérémonies commémoratives, d’obtenir des informations sur les funérailles ou de discuter publiquement des exécutions s’exposent à des menaces juridiques ou à une détention.
Les familles des victimes du massacre de 1988 restent sous pression
La pression s’étend également aux familles des victimes du massacre de la prison de 1988.
Le 4 avril, les autorités ont arrêté Masoumeh Azhini, 63 ans, sœur de Mahmoud Azhini, membre de l’OMPI assassiné par le régime lors des exécutions massives de prisonniers politiques en 1988.
Masoumeh Azhini aurait déjà été détenue en 2019 après avoir demandé des comptes sur la mort de son frère. Ces dernières années, elle avait quitté Téhéran pour s’installer dans la périphérie de Gorgan, suite à ce que des sources décrivent comme un harcèlement constant de la part des services de sécurité.
Son lieu de résidence actuel n’a pas été divulgué publiquement.
Depuis des décennies, les proches des personnes exécutées en 1988 sont confrontés à des restrictions concernant les commémorations, à une surveillance accrue et à des arrestations périodiques, notamment à l’occasion des anniversaires ou des appels publics à l’ouverture d’enquêtes sur ces massacres.
Exécutions suivies d’arrestations de proches
Le cas de Babak Alipour illustre la manière dont les autorités s’en prennent de plus en plus aux familles entières des prisonniers politiques.
Alipour a été exécuté le 31 mars 2026. Selon des informations, les forces de sécurité avaient arrêté plusieurs membres de sa famille plus de deux mois auparavant.
Parmi les personnes arrêtées figuraient sa mère, Omolbanin Dehghan, âgée de 63 ans, sa sœur Maryam, 31 ans, et son frère Roozbeh, 40 ans.
Avant son arrestation, Mme Dehghan aurait été active au sein de la campagne « Non aux exécutions le mardi ».
Les membres de la famille auraient été empêchés de rencontrer Babak Alipour une dernière fois avant son exécution, et les autorités auraient également refusé de lui restituer son corps après la cérémonie.
Les observateurs des droits humains documentent depuis longtemps des pratiques similaires en Iran : notifications tardives des exécutions, restrictions des funérailles et refus de divulguer les lieux de sépulture, notamment dans les cas de prisonniers politiques.
Ces mesures plongent souvent les familles dans un véritable labyrinthe de prisons, de tribunaux et de services de sécurité, à la recherche d’informations.
Les personnes âgées également visées
Des témoignages indiquent également que les membres âgés des familles ne sont pas épargnés.
Le 29 mars, les forces de sécurité auraient arrêté Vali Zoghi-Tabar, le père de Shahin Zoghi-Tabar, un partisan emprisonné de l’OMPI. Selon des sources proches du dossier, il avait récemment subi deux interventions chirurgicales et nécessitait des soins médicaux continus au moment de son arrestation.
La détention de parents et de proches âgés est devenue une caractéristique de plus en plus visible de la réponse sécuritaire globale du gouvernement à la dissidence. Les analystes affirment que ces arrestations exercent une pression psychologique supplémentaire sur les détenus, tout en décourageant les rassemblements publics de deuil ou les manifestations.
Dans de nombreux cas, les funérailles et les cérémonies commémoratives pour les dissidents exécutés se sont transformées en événements à forte connotation politique, attirant l’attention des forces de sécurité et conduisant parfois à de nouvelles arrestations.
Renforcement du climat sécuritaire après les troubles nationaux
Ces dernières arrestations interviennent plusieurs mois après les vastes mouvements de contestation antigouvernementale qui ont secoué l’Iran entre décembre 2025 et janvier 2026.
Lors de ces manifestations, les protestations se sont propagées à plusieurs villes, entraînant un important déploiement de forces de sécurité. Des militants et des organisations de défense des droits humains ont rapporté des arrestations massives et des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre.
La répression s’est poursuivie dans un climat politique tendu suite au décès du Guide suprême Ali Khamenei le 28 février 2026.
Dans ce contexte, les autorités semblent avoir intensifié leurs efforts contre les individus et les réseaux perçus comme liés aux groupes d’opposition organisés, notamment l’OMPI.
Cette campagne a notamment donné lieu à des exécutions, des arrestations de militants, un renforcement de la surveillance et une pression croissante sur les familles des prisonniers.
Des observateurs notent que, dans de nombreux cas, les familles elles-mêmes ne sont pas accusées d’activités violentes, mais font l’objet de poursuites liées à des cérémonies de deuil, à des actions de sensibilisation ou à des tentatives d’obtenir des informations sur des proches détenus ou exécutés.
Appels à l’attention internationale
Les défenseurs des droits humains et les groupes d’opposition ont exhorté les organisations internationales à réagir plus fermement face aux violations signalées.
Des appels ont été lancés au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, au Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Iran et aux organisations internationales de défense des droits humains afin qu’ils enquêtent sur les arrestations et le traitement des familles de prisonniers.
Les détentions, les disparitions et les restrictions imposées aux cérémonies de deuil viennent alimenter les inquiétudes persistantes concernant les pratiques de châtiment collectif au sein du système sécuritaire iranien.
Pour de nombreuses familles, le calvaire commence après une exécution : appels restés sans réponse, visites en prison sans information préalable, recherches du lieu de sépulture et, de plus en plus, risque d’arrestation pour avoir posé des questions publiquement.
Alors que les exécutions se poursuivent et que les tensions politiques demeurent vives, la pression exercée sur les proches des dissidents semble s’accroître parallèlement à la répression sécuritaire généralisée menée par l’État.

