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Conseil des droits de l’homme : la présence d’un procureur iranien sème le trouble

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Le Figaro, 23 juin – Saïd Mortazavi, à la tête de la délégation iranienne à l’occasion de la première session du nouvel organe des Nations unies, serait responsable de la mort en prison d’une journaliste irano-canadienne. Le Canada a demandé à l’Allemagne d’interpeller le magistrat avant son retour en Iran.

Le Conseil des droits de l’homme de l’Onu tient sa première session cette semaine à Genève et déjà les critiques fusent. Au centre de la polémique : la présence d’une délégation iranienne avec à sa tête, le procureur de Téhéran, une figure de la ligne dure du régime islamique.

A l’époque où il siégeait au tribunal de la presse, Saïd Mortazavi a fermé des dizaines de journaux réformateurs. Plusieurs associations ont dénoncé une « participation choquante ». «Sa présence au Conseil des droits de l’homme est vraiment choquante. C’est une insulte pour les victimes de la répression en Iran », a pour sa part déclaré Lynn Tehini, membre de Reporters sans frontières.

LE CANADA « OUTRE »

L’association de défense de la liberté de la presse rappelle que le magistrat a été mis en cause dans le décès de la photographe irano-canadienne, Zahra Kazemi. Agée de 54 ans, elle avait été arrêtée le 23 juin 2003 alors qu’elle prenait des photos devant une prison de Téhéran. Jetée en prison et rouée de coups, elle est morte d’une hémorragie cérébrale le 10 juillet. En novembre dernier, la justice iranienne a acquitté le seul suspect du meurtre de la journaliste et demandé la réouverture de l’enquête contre certains suspects mis hors de cause dans un premier temps.

La mort de la photojournaliste a provoqué une grave détérioration des relations entre l’Iran et le Canada. Mercredi, le chef de la diplomatie canadienne s’est dit « outré » de la présence de Mortazavi au sein de l’organe onusien. « La présence [de ce magistrat »> au sein de la délégation iranienne montre que le gouvernement de l’Iran méprise totalement les principes des droits de la personne reconnus à l’échelle internationale », a souligné Peter MacKay, appelant les autres pays à réagir.

OTTAWA DEMANDE SON INTERPELLATION

Jeudi, le Canada a demandé aux autorités allemandes d’arrêter le magistrat iranien. « A ma connaissance les services de Peter MacKay ont demandé aux Allemands d’arrêter cet officiel iranien avant qu’il ne quitte l’Allemagne, afin qu’il puisse être poursuivi pour crimes contre l’humanité », a déclaré le premier ministre, Stephan Harper. Le ministère des Affaires étrangères a précisé que la demande avait été faite à Berlin car Mortazavi doit prendre un avion de retour pour l’Iran à Francfort.

Selon Peter MacKay, en intégrant le procureur de Téhéran dans sa délégation, « l’Iran cherche à discréditer le Conseil et à le détourner de son objectif qui vise le respect accru des droits de la personne ». Ottawa rappelle que deux enquêtes officielles du gouvernement de l’Iran « ont établi que le procureur général Mortazavi avait ordonné l’arrestation et la détention illégales de la journaliste canadienne Zahra Kazemi, ce qui a mené à sa torture et à sa mort ».

Le procureur de Téhéran a « ensuite procédé à la falsification de documents pour camoufler son implication dans cette affaire. Qui plus est, Mortazavi a été impliqué dans les sévères restrictions imposées à la presse iranienne et dans l’arrestation de bon nombre de journalistes iraniens », a ajouté le chef de la diplomatie canadienne.

L’avocate Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix, a également accusé Mortazavi du meurtre de la photographe, affirmant qu’il était présent quand elle est morte après avoir été rouée de coups.

LE CONSEIL DES DROITS DE L’HOMME DEJA DISCREDITE ?

Cette polémique fait ressurgir les craintes suscitées par la Commission des droits de l’Homme, dissoute en mars après soixante ans d’existence.

La Commission avait été discréditée par la présence en son sein de plusieurs pays connus pour leur non-respect des droits de l’Homme et des marchandages politiques. Chaque année, sa session de six semaines donnait lieu à un affrontement stérile entre les Etats-Unis et la Chine. Pékin, auteur de nombreuses violations des droits de l’homme, parvenait systématiquement à échapper à une condamnation.

Craignant la création d’un organe trop faible pour dénoncer les violations de libertés, les Etats-Unis ont d’ailleurs décidé de ne pas participer au Conseil des droits de l’homme durant sa première année d’existence. A l’image de Reporters sans frontières, beaucoup d’associations dénoncent la présence de pays tels que « l’Algérie, l’Arabie saoudite, l’Azerbaïdjan, le Bangladesh, la Chine, Cuba, le Nigeria, le Pakistan, la Russie ou la Tunisie » parmi ses membres.

Reste désormais au nouvel organe d’être à la hauteur des objectifs fixés lundi par le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan : « Ne permettez jamais au Conseil des droits de l’Homme de s’embarquer dans des pugilats politiques ou de recourir à de basses manœuvres. »

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