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Iran : La descente aux enfers d’un étudiant de Téhéran

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Le Figaro, 22 février – Par Delphine Minoui – Porte-parole des étudiants de l’université Amir-Kabir, Babak Zamanian, 22 ans, a été arrêté le 21 avril 2007 pour avoir « porté atteinte à la sécurité de l’État ». Libéré après avoir passé quarante jours dans la sordide prison d’Evine ,il risque aujourd’hui deux ans d’emprisonnement.

Il ne parle pas. Il murmure. Comme si les murs avaient des oreilles. Depuis des mois, déjà, Babak Zamanian, 22 ans, a quitté la sordide prison d’Evin. Mais il marche sur un fil qui peut lâcher à tout moment. « Je suis apparemment libre, mais je suis toujours prisonnier. Mon téléphone est sûrement sur écoute. Et au moindre faux pas, ma libération sous caution peut se commuer en une nouvelle peine de prison », souffle-t-il. Et pourtant. Le jeune porte-parole des étudiants de l’université téhéranaise Amir-Kabir, accusé d’avoir « porté atteinte à la sécurité de l’État », refuse de se résigner au silence. Dans cet appartement de Téhéran où nous nous sommes donné rendez-vous, il veut raconter son histoire pour « témoigner que le mouvement étudiant iranien n’est pas mort ». Enfin, pas complètement. « S’il y a quatre ans, j’avais pu imaginer ce vers quoi mon combat pour la démocratie allait me mener, je ne me serais jamais lancé dans la politique », concède-t-il, hanté par les cauchemars des tortures subies pendant les 40 jours de sa détention. « Mais aujourd’hui, je suis à mi-chemin, et il m’est impossible de faire marche arrière. Je suis devenu un symbole de la cause estudiantine. Je me dois de ne pas abandonner mes camarades. »

« J’AI REFUSE DE MENTIR »

C’est le 21 avril 2007 que tout bascule pour le jeune homme fougueux épris de démocratie dans un pays dominé par la rigidité des lois religieuses. Ce jour-là, quelques manifestants se sont réunis, à dix mètres de son dortoir. Ils sont venus dénoncer des cas de corruption datant de l’époque où le président Ahmadinejad occupait le poste de maire de Téhéran. Par curiosité, Babak s’approche. Sans crier gare, les forces de l’ordre l’embarquent. Deux jours plus tard, il est transféré à Evin. La section 209, composée d’une enfilade de petites cellules privées de lumière naturelle, il s’y est, en quelque sorte, déjà psychologiquement préparé. C’est par là que sont passés la plupart des étudiants et des opposants récemment emprisonnés. Ils lui ont raconté. Mais la douleur n’en est pas moindre.

Dans son cachot miniature, éclairé vingt-quatre heures sur vingt-quatre par un néon aveuglant, impossible de distinguer le jour de la nuit. Ses siestes sont interrompues par la diffusion de sirènes insoutenables. Coupé du monde, privé d’avocat, il n’a pas le droit d’appeler ses parents.

Très vite s’instaure la routine des interrogatoires, tous les deux, trois jours, qu’il subit les yeux bandés. Ses bourreaux l’accusent d’être en contact avec Haleh Esfandiari, l’universitaire irano-américaine, emprisonnée à la même époque, et accusée de vouloir organiser une révolution de velours en Iran. Babak n’en a jamais entendu parler. On lui fait alors comprendre que s’il passe aux « aveux télévisés », il sera libéré dans 30 jours. Sous pression étrangère à cause de son dossier nucléaire, l’Iran est, alors, en pleine crise de paranoïa et cherche, ostensiblement, des boucs émissaires. « J’ai refusé de mentir et ai nié tout en bloc, pour sauver l’honneur du mouvement étudiant. » Il en payera le prix.

« Ils ont commencé à me tabasser, à me donner des coups dans l’abdomen. Mes mains étaient ligotées derrière mon dos. Je les ai insultés et je me suis retrouvé plaqué au sol. L’un d’entre eux s’est mis debout sur mon torse. Je ne pouvais plus respirer », se remémore-t-il. « Pour me taper, ils utilisaient des câbles, des fouets ». Un jour, ses bourreaux en viennent même à le forcer à rester debout, sur un seul pied, pendant 14 heures. « Dès que je perdais l’équilibre, ils me tabassaient de plus belle. » Un traitement « local » largement plus pénible que celui réservé aux binationaux, arrêtés au printemps dernier.

« LA DICTATURE EN SILENCE »

Sa grève de la faim, qui lui fera perdre 16 kg, ne parvient pas à amadouer ses interrogateurs. Au contraire. Face à son mutisme, ils finissent par l’enfermer, 24 heures durant, dans une chambre noire, aux allures de couloir de la mort. « Le sol était à la diagonale. Je devais m’agripper aux murs pour ne pas glisser. » Soudain, arrive le jour de la libération. Après lui avoir retiré son bandeau, ses bourreaux n’ont qu’une requête : qu’il les pardonne. « Hors de question. J’ai refusé. Je leur ai répondu qu’ils n’avaient rien compris à l’islam ! »

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