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Après Damas, Achraf (Irak): les mollahs iraniens exportent leurs crimes

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Blog.LeMonde: Par Dominique Hollard, historien des religions – L’actualité qui braque les yeux des médias internationaux sur la Syrie et le crime de guerre chimique commis par Assad et son clan, fait souvent oublier que ce conflit est de dimension régionale.  Damas, la dictature honnie ne tient qu’avec l’appui massif de milliers de combattants du Hezbollah libanais armés par Téhéran et, plus directement encore, par l’intervention des officiers et des troupes spéciales du régime des mollahs : les Pasdaran (« gardiens de la Révolution ») envoyés depuis de longs mois au côté d’Assad, dont la survie politique est un enjeu majeur pour la mollarchie.

La récente élection d’Hassan Rohani, dont nous avons souligné le caractère illusoire de la prétendue modération, a relancé chez certains amnésiques optimistes en Occident les spéculations sur une toujours espérée « évolution libérale » des religieux de Téhéran. Dans ce contexte, la nouvelle glaçante qui est parvenue d’Irak le 1er  septembre devrait, si cela est encore possible, les ramener à la cruelle réalité. Le gouvernement désormais illégitime d’Al-Maliki, vestige du désastre politique laissé par les Américains après leur départ, a commis un massacre odieux contre les réfugiés du camp d’Achraf, symbole majeur de la résistance du peuple iranien à la dictature religieuse.

Certes, nous savions tous qu’Al-Maliki, homme de la faction chiite au pouvoir en Irak, est une créature des mollahs et qu’il prend ses ordres à Téhéran. Dans le passé récent déjà, le camp d’Achraf – îlot de culture et de démocratie insupportable pour le régime iranien – a subi des assauts violents ainsi qu’un harcèlement constant mené par les éléments de la police politique (VEVAK) infiltrés en Irak, y rendant les conditions de vie fort difficiles. Plus encore, sous la menace du gouvernement fantoche de Bagdad annonçant un massacre, l’ONU, reniant ses engagements antérieurs de protéger les réfugiés, a accepté en 2012 un « transfert » – en réalité une déportation –, vers le camp Liberty, ancienne base américaine transformée en zone de rétention aux conditions indignes et dégradantes, dont les occupants ont été au passage dépouillés de leurs biens par les vols et les agressions des hommes d’Al-Maliki.

Pourquoi aujourd’hui ce regain de sauvagerie qui vient de faire 52 morts à Achraf, déserté par la plupart de ces résidents ? Cet acte barbare et planifié est sans nul doute lié à la récente, mais encore bien timide, reconnaissance par l’Occident de la résistance iranienne qu’incarne le CNRI et, en son sein, l’OMPI (Organisation des Moudjahidines du Peuples d’Iran). Cette évolution de gouvernements qui ont été trop longtemps complaisants avec les mollahs a été ressentie comme un péril extrême par les maîtres de Téhéran. À peine Rohani installé président, le ministre sortant du renseignement, Heydar Moslehi, patron du sinistre VEVAK, a présenté à la presse le 29 août un livre contre l’OMPI qu’il accuse, parmi bien des forfaits imaginaires, d’être à l’origine de la grande révolte populaire de 2009 contre la réélection truquée d’Ahmadinejad.

Et là se situe bien le cœur du problème. Malgré une répression féroce depuis des décennies (le sommet ayant été l’exécution en 1988, sur l’ordre de Khomeyni, de 30 000 prisonniers politiques), la résistance ne faiblit pas. Son organisation, à l’heure où la république islamique connaît une crise économique sans précédent, menace de porter un coup décisif à la dictature religieuse lorsqu’une nouvelle explosion de colère du peuple iranien se produira. Il fallait donc, pour les mollahs, montrer avec cynisme à la communauté internationale qu’ils ne lâcheront rien : ni sur le nucléaire, ni dans les conflits idéologiques et militaires qu’ils propagent du golfe persique à Gaza en passant par l’Irak, la Syrie et le Liban, ni naturellement sur la démocratisation rêvée par certains naïfs, leur crimes étant bien trop sanglants pour qu’ils puissent espérer survivre à une révolution.

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