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Iran – élection : Moïne, une figure effacée et ambiguë

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Iran Focus, 10 juin – Le principal candidat « réformateur » à la présidentielle iranienne, Mostapha Moïne est un de ces personnages qui ont toujours hanté les couloirs de la République islamique sans occuper de postes de premier plan. Au conseil de surveillance, il a été repêché par un décret du guide suprême Ali Khameneï. Pour Mostapha Moïne, ce fut un cas de conscience: refuser son repêchage et anéantir les chances déjà maigres des soi-disant réformateurs ou l’accepter et passer pour le jouet d’un pouvoir qui se servira de lui pour affirmer sa légitimité ou nuire à Hachemi Rafsandjani.

En disant oui contre l’avis de certains dans son entourage, il a accepté de boire la désormais célèbre coupe de poison, à l’instar de Khomeiny au lendemain du cessez-le-feu avec l’Irak qui regrettait devoir avaler « le poison de la paix ».

Pas seulement sur le contenant, mais aussi le contenu, Moïne est un fidèle du fondateur de la République islamique puisqu’il a toujours appartenu à la faction dite de « la ligne de l’Imam ».

Cet homme mince de 54 ans à la barbe taillée ras n’a jamais été une figure marquante, ni durant la période de Khatami lorsqu’il était son ministre de la culture et de l’enseignement supérieur, ni avant. Le choix d’une partie du clan des « réformateurs » qui l’on proposé comme candidat est surtout dicté par ses liens avec « la Maison du guide ». Cela aurait diminué, dit-on, les risques de sa suppression. C’est d’ailleurs l’intervention du guide lui même qui a permis de le remettre en lice, officiellement pour que le plus grand nombre puisse participer au scrutin.

En 1980 Moïne, médecin de formation, est devenu membre du « QG de la Révolution culturelle » créé par Khomeiny pour venir à bout des universités, alors bastion de la contestation politique au pouvoir religieux. A ce titre Moïne avait été chargé de l’épuration sans pitié du corps professoral de l’enseignement supérieur. A la suite de ces purges, seuls étaient restés les fidèles purs et durs de Khomeiny. Il a également été un certain temps recteur de l’université de Chiraz. Ce fût une période noire pour les étudiants dont bon nombre ont été exclus et se sont trouvés en prison avec des dossiers politiques chargés, constitués par l’administration de l’université. D’ailleurs Moïne est toujours nommé par le guide suprême membre du « QG de la Révolution culturelle ».

Durant son ministère sous Khatami, il a activé le conseil de discipline des universités qui a été particulièrement dur dans la répression des étudiants.

Il est fréquent en Iran d’entendre dire qu’un « réformiste » est un extrémiste qui a fini ses cartouches. Moïne illustre parfaitement cette expression. Ce partisan de Khomeiny, est aujourd’hui soutenu par le Front de la participation (anciennement Ligne de l’Imam) dirigé par Mohammad Reza Khatami, et l’Organisation des moudjahidine de la Révolution islamique, de Behzad Nabavi, (groupe religieux et fasciste à l’origine qui a été recyclé dans le courant « réformiste »). Ces courants avaient été écartés du pouvoir par une alliance entre Rafsandjani et Khameneï en 1992. En 1997, ils ont refait surface en créant le courant « réformiste ». Après la désillusion des années Khatamistes, ils ont une fois de plus été éliminés lors des législatives de 2004.

« C’est sur les universités que j’entends m’appuyer », déclarait Moïne dans une interview à l’AFP, « il y a 2,4 millions d’étudiants qui peuvent influencer leur famille ». Ce mouvement « va se réveiller », assure-t-il.

« C’est mal connaître les aspirations des étudiants » rétorque un groupe de jeunes à l’université de Téhéran, qui débattent sur l’élection. Rien n’indique que ceux qui ont donné la victoire au courant de Khatami, se mobiliseront en sa faveur. L’image ambiguë et controversée de Moïn est en train de le rattraper. Un étudiant affirme : « Lors de la répression sanglante des manifestations étudiantes de juillet 1999, quand il était ministre de l’enseignement supérieur, il a laissé faire et s’est contenté de simuler une démission sans partir réellement. »

Récemment deux formations tolérés mais marginales qui ne contestent pas les fondements du régime intégriste, le Mouvement de libération de l’Iran (MLI) de Ebrahim Yazdi et le « conseil des activistes nationaux et religieux » de Ezzatollah Sahabi ont apporté leur soutien à sa candidature tout en insistant vouloir « poursuivre sur la voie des réformes dans le cadre de la République islamique », c’est-à-dire sans remettre en question le système.

Cela encouragera certainement peu de gens à renoncer au boycott pour voter pour Moïne.

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