IranIran (actualité)Iran : double test électoral pour Ahmadinejad

Iran : double test électoral pour Ahmadinejad

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Le Figaro, 15 décembre – Partout, des affichettes colorées ont recouvert les murs froids de la capitale iranienne. Elles représentent, pêle-mêle, des visages de femmes en foulard, d’hommes en costume, à barbe, ou en turban. Ce sont les dizaines de candidats parmi lesquels les Iraniens choisiront leurs représentants à l’occasion du double scrutin qui se tient aujourd’hui en Iran : celui des conseils municipaux et celui de l’Assemblée des experts, une institution qui a pour rôle de superviser, et éventuellement de révoquer, le guide suprême de la République islamique.

L’enjeu de ces élections reste limité. Elles n’influeront ni sur le cours de la politique internationale et du dossier nucléaire, ni sur l’orientation de la politique intérieure, puisque tous ces candidats ont été scrupuleusement présélectionnés par le Conseil des gardiens, une instance conservatrice. Mais ce premier scrutin depuis l’élection, en juin 2005, de Mahmoud Ahmadinejad, se présente néanmoins comme un test de popularité pour ce président islamo-populiste, vivement critiqué par ses adversaires réformateurs.

Son élection, il y a plus d’un an et demi, avait marqué l’aboutissement d’un retour en force des conservateurs, amorcé aux précédentes élections municipales de 2003. Déçus de l’avancée des réformes, les Iraniens boudèrent, à l’époque, les urnes, et favorisèrent la victoire des durs du régime qui raflèrent également, un an plus tard, la plupart des sièges du Parlement iranien. Depuis son arrivée à la présidence, Ahmadinejad a misé sur ses multiples tournées provinciales pour distribuer une multitude de promesses : règlement des problèmes économiques locaux, aides sociales, construction de routes. De quoi satisfaire une partie de son électorat.

Mais certaines de ses mesures populistes – comme l’augmentation des salaires ouvriers dans les usines – ont provoqué, au cours de ces derniers mois, des licenciements en masse, qui sont à l’origine d’un mécontentement croissant. De l’autre côté, la vague de répression qui sévit dans les milieux universitaires a entraîné une explosion de colère inédite depuis son élection, et qui a trouvé son illustration dans les manifestations étudiantes de ces derniers jours.

LUTTE AU SOMMET

Les candidats réformateurs et indépendants qui se présentent aux municipales (113 000 postes de conseillers municipaux à pourvoir à travers le pays) misent sur ce ras-le-bol pour essayer de récupérer des postes au niveau local. Ils sont pourtant conscients que la mobilisation des étudiants, fer de lance du mouvement démocratique de la fin des années 1990, a perdu de sa flamme.

Si l’enjeu du scrutin de l’Assemblée des experts, dont l’élection a lieu tous les huit ans, est plus difficilement décryptable, il symbolise pourtant une lutte, et cette fois-ci au sommet de la hiérarchie iranienne, entre différentes factions politiques. Les ultraconservateurs, qui se rangent autour de l’ayatollah Mesbah Yazdi – qu’on dit être le mentor d’Ahmadinejad -, les modérés menés par Mehdi Karoubi, un religieux réformiste, et les conservateurs traditionnels qui soutiennent l’actuel guide religieux, l’ayatollah Ali Khamenei.

D’après les analystes, c’est néanmoins la troisième liste qui devrait, sans surprise, l’emporter, étant donné le processus antidémocratique de sélection des candidats. Ce tri relève, en effet, du Conseil des gardiens, dont la moitié des douze membres est directement nommée par le guide. Seuls 164 candidats (sur 495) ont ainsi été retenus. « Créée après la révolution pour contrebalancer le pouvoir du guide, l’Assemblée des experts aurait pu être le meilleur garant de la démocratie. Mais à cause du filtre imposé par le Conseil des gardiens, c’est un organe qui favorise la dictature », regrette l’écrivain iranien Emadeddin Baghi, proche des milieux réformateurs.

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