IranIran (actualité)La guerre d'Iran aura-t-elle lieu ?

La guerre d’Iran aura-t-elle lieu ?

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Le Point, 1 mars – Editorial de Claude Imbert – Un Irak en guerre civile, un Liban écharpé, un Israël angoissé, des Palestiniens divisés, un Afghanistan rattrapé par les talibans, partout, au Moyen-Orient, sang, crainte et tremblements ! Mais le pire, c’est qu’aujourd’hui ces conflits s’attisent entre eux. Et que l’Iran tient la mèche incendiaire qui court de l’un à l’autre. D’où cette question qui plane sur le pandémonium : Israël et les Etats-Unis vont-ils frapper l’Iran ? Pour y répondre, les meilleurs experts – américains, israéliens, perses et arabes – réunis, ces jours-ci, par le Club de Monaco étaient divisés : les uns voient la guerre envahir l’horizon ; les autres la jugent impensable.

Délivré du contrepoids d’un Irak désarticulé, la nation perse, première puissance régionale, combine désormais la capacité nucléaire avec une agressivité proclamée contre Israël et son soutien américain. L’accès de l’Iran au nucléaire civil n’est guère contesté, mais le Coran est entré dans les centrifugeuses. Le président Ahmadinejad, se rassure-t-on, est un frénétique au destin précaire et les mollahs de son bord parlent plus haut que leur turban. Hélas, l’Histoire enseigne que les frénétiques font souvent ce qu’ils disent. Alors, une telle arme dans de telles mains, ni le voisin Israël, ni son protecteur américain, ni l’Europe, ni même le gros des nations arabes ne veulent l’admettre !

Ajoutez que Téhéran ne se contente pas de braver les règles et contrôles qui séparent le nucléaire civil du militaire et de balader la négociation dans un labyrinthe de chaud et froid. Car le pouvoir politico-religieux chiite manipule en même temps le Hezbollah des chiites libanais, tripatouille le chaudron irakien, excite le radicalisme islamiste palestinien du Hamas. Son alliance avec Damas scelle, sur toute la région, un impressionnant étau. Mais voyons aussi que l’arc chiite raidit la résistance arabe et sunnite contre le Perse : les pouvoirs arabes redoutent que le prêche effréné des mollahs n’enflamme, chez eux, des opinions combustibles. Leurs propres peuples les inquiètent plus que les satans d’Occident…

Qu’Israël et les Etats-Unis se préparent à l’option militaire, c’est certain. Qu’ils s’y résolvent, ce l’est moins. Ce second porte-avions américain expédié sur zone sert à la fois de préparation et de gesticulation dissuasive. On objecte qu’une frappe aérienne, même massive, serait inefficace pour des sites nucléaires très enterrés. Réponse : le but avéré serait moins de détruire tout l’arsenal que de punir l’Iran, comme en son temps la Libye, et de dissuader ainsi un régime, supposé fragile, de quitter le nucléaire civil pour le militaire. Les mêmes cassandres font valoir que Bush, loin de se ranger aux recommandations négociatrices de Baker, peut vouloir se sauver du désastre irakien en bouleversant, par la chute du régime des mollahs, toute la configuration pour lui calamiteuse du Proche-Orient. Il peut en outre plaider que les régimes arabes, dressés contre le déploiement perse, s’indigneraient pour la galerie, et avec mollesse. Et que, le remue-ménage une fois oublié, Bush s’en irait en beauté…

Evidemment, cette vision mirobolante fait bon marché d’objections grosses comme des montagnes. La première est que l’enlisement en Irak ne présage rien de bon quant au savoir-faire américain. La deuxième est qu’une intervention, loin de fragiliser le régime des ayatollahs, réveillerait au contraire, en sa faveur, le nationalisme perse. La troisième est que le choc inouï d’un tel défi, survenant après le traumatisme irakien, plongerait tout l’univers musulman dans un enragement terroriste contre l’Occident. La quatrième est que la Chine et la Russie interdiraient l’aval onusiaque du Conseil de sécurité. Poutine, persuadé, dit-on, que l’Amérique va frapper, aurait déjà pris les devants en affichant une soudaine et nouvelle raideur contre l’Amérique. Quant à l’Europe, elle ferait de son mieux à sa faible mesure. Le monde, enfin, devrait affronter une crise pétrolière majeure et la fermeture par Téhéran du détroit d’Ormuz. Bref, une conflagration d’une telle ampleur apporterait un terrible tribut au conflit de civilisations.

Gagner du temps, c’est, pour l’heure, l’objectif des « démineurs ». Ils font confiance à l’efficacité des sanctions aggravées contre l’Iran, à celles surtout du blocus financier. Ils remarquent que, si Téhéran se plaît à naviguer au bord des gouffres, on y voit de plus en plus les frénétiques sinon désavoués, du moins écartés de la mèche incendiaire. Sera-ce suffisant ? Pas sûr ! Car il existe toujours, dans l’emballement d’un conflit si passionnel, l’accident qui échappe à toute maîtrise. Il relève, lui, de la fatalité. Ou, si vous préférez, du Dieu chrétien et musulman, qui n’aurait pas renoncé à souffler sur les braises.

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