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Est-ce que les modérés sont vraiment en train de gagner en Iran ?

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Iran Focus, Londres, 9 septembre – Analyse – La montée de l’ayatollah machiavélique Ali-Akbar Hachemi Rafsandjani à la présidence de l’Assemblée des Experts – un corps constitutionnel composé de 86 religieux troglodytes chargés de choisir le Guide suprême de la République islamique si et quand Ali Khamenei mourra ou sera frappé d’incapacité – a de nouveau incité les spin -doctors sans scrupules des affaires iraniennes à saluer l’événement comme une victoire des modérés sur les radicaux.

Certains sont allés jusqu’à suggérer que l’affaire pourrait changer le cours de la future direction politique de l’Iran tandis que d’autres ont prétendu que l’élection a signalé le retour en importance « des conservateurs modérés » dans la hiérarchie politique.

Cependant de tels espoirs en un changement à travers un des gardiens les plus loyaux de la théocratie en place sont aussi déplacés qu’ils l’étaient en 1989, quand Rafsandjani était devenu président. À ce moment, aussi, les partisans de Téhéran avaient couronné Rafsandjani comme le futur champion des réformes et de la modération de l’élite intégriste.

Non seulement la tant promise libéralisation ne s’est jamais réalisée, mais davantage d’opposants politiques ont été assassinés à l’étranger sous le mandat de Rafsandjani que sous l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en personne. Et c’est Rafsandjani qui a mis en place le programme d’armes nucléaires clandestin de Téhéran.

Si on veut parler d’effets, les déclarations du Guide suprême Khamenei ont fait l’effet d’une douche froide sur les espoirs de changement positif à l’intérieur de la théocratie en Iran. « De par ses lourdes responsabilités vis-à-vis du leadership, l’Assemblée des Experts ne peut en principe être un forum pour les querelles et la lutte pour le pouvoir. J’avertis ceux qui ont travaillé main dans la main avec la propagande ennemie étrangère de ne pas violer le caractère sacré de l’Assemblée des Experts », a-t-il dit dans les médias officiels le 6 septembre.

De même que la répression intérieure face au mécontentement constant dans le pays est absolument essentiel pour un régime qui ne peut répondre aux besoins croissants de la société et de ses défis, son refus d’obéir aux normes et aux règlements internationaux, son indifférence aux appels mondiaux de suspendre ses activités nucléaires et son soutien ininterrompu au terrorisme, aussi bien que son ingérence en Irak et le chaos qu’il sème ailleurs au Moyen-Orient, ne sont pas de simples choix capables de modification substantielle, mais des nécessités plutôt rigoureuses.

Les impératifs géopolitiques ne dépendent pas tellement du type de personnes au pouvoir. Ils imposent plutôt des contraintes à un système politique pour inventer des stratégies capables de satisfaire les conditions à sa survie. Donc, ceux qui aspirent depuis longtemps à un changement réel de la politique de l’Iran, ne doivent pas tendre une main accueillante à ceux qui veulent préserver le statu quo.

Durant des années, on a parlé d’un printemps de Téhéran quand Mohammad Khatami est arrivé à la présidence devant trois autres qui avaient été investis au milieu d’une marée de 2000 candidats en 1997. Après 8 années de Khatami, la victoire sismique de Mahmoud Ahmadinejad sur Hachemi Rafsandjani en 2005 a démontré combien ces pontifes connaissent peu l’incapacité du régime clérical à se reformer. Mais même alors, beaucoup d’entre eux ont accueilli Ahmadinejad comme un populiste qui allait rectifier l’économie rongée par des années de négligence et de corruption qui avait pris corps paradoxalement sous la présidence de Rafsandjani.

Cependant la réalité indiscutable des crises que le régime traverse actuellement, ne donne pas à l’Assemblée des Experts, contrairement au poids qu’on lui a donné, de mandat politique et la laisse sur la touche au sein de l’appareil du pouvoir pour ce genre de questions. Qui plus est, Rafsandjani n’a obtenu que 41 voix, soit 24 de moins que ce qu’il avait obtenu comme Vice-président de cette Assemblée, ce qui signifie que sa position est au mieux fragile.

Son choix signale en effet un événement, mais pas celui que les apologistes de Téhéran essayent désespérément de dépeindre. Il en dit long sur la rapidité avec laquelle se réduit le pouvoir de Khamenei qui a échoué à dissuader des membres de voter pour Rafsandjani. Et, un Guide suprême affaibli traduit nécessairement un régime affaibli dans son ensemble et vice versa. C’est un résultat qui n’est certainement pas dans l’intérêt de Rafsandjani, car il mènera à l’implosion du système.

Pas étonnant qu’immédiatement après son élection, Rafsandjani ait donné des assurances comme quoi il ne fera pas chavirer le navire. « À cause des dangers qui nous menacent, nous devrions prêter attention au décret du Guide suprême pour l’unité et la cohésion nationales », rapporte l’Agence France Presse qui le citait le 4 septembre.

L’erreur politique fondamentale de l’Occident vis-à-vis de l’Iran depuis 28 ans ce sont ses efforts continus mais inutiles pour trouver « un modéré » dans une élite dirigeante corrompue dans l’espoir de changer son comportement dans certains domaines controversés. L’incapacité fondamentale du régime à se reformer, cependant, a annulé ces efforts dès le début.

Le changement véritable en Iran ne viendra donc pas de l’intérieur d’une dictature religieuse rigide. Il semble plutôt que les Iraniens et leur résistance démocratique seraient les acteurs réels d’un changement.

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