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Le Président Obama devant un choix : libérer ou immobiliser l’opposition en Iran

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ImageThe Huffington Post: Par Allan Gerson*  – Nous sommes en 2010 et bienvenue à un nouvel Iran. Quelle différence peut faire une année ! Est-ce que ça en fait une ?

L’an dernier, à la veille de l’investiture du Président Obama, le mot d’ordre de la politique étrangère de M. Obama avait déjà été fixé. « L’engagement » arrivait. Les « propos belliqueux » de Bush étaient partis. Le régime iranien – qu’on le veuille ou non, avait été qualifié de nouvelle « super puissance de la région ». Il était temps de conclure une entente avec Téhéran.

Or, la nouvelle «superpuissance» régionale semble être chancelante. Pour certains, elle est sur une pente glissante. Pour d’autres observateurs de l’Iran, le régime semble trop impitoyable pour donner un espoir de révolution ou de réforme.

Le 27 décembre des centaines de milliers d’Iraniens à Téhéran et dans d’autres villes ont marqué l’Achoura, un jour saint de l’islam chiite, en exprimant leur indignation. Ils ont visé le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei, comme singulièrement inacceptable, de même que le principe du pouvoir absolu du régime du « Velayat-e Faqih ».

Les manifestants avaient moins peur, étaient plus organisés et politiquement plus astucieux que jamais. Lorsque les forces de sécurité ont brutalement attaqué, tuant et mutilant à volonté, les femmes étaient en première ligne.

Dans une vidéo largement diffusé, des manifestants ont poussé près de deux douzaines d’agents armés dans un coin et les ont fustigés pour avoir tué un manifestant. Ces scènes révèlent l’ampleur de la colère du peuple iranien.

Bien qu’au moins 11 manifestants aient été tués et des centaines d’autres blessés et arrêtés, les forces de sécurité du régime ont montré des signes de fatigue et un manque de moral manifeste. Le nombre de défections constatées et la dissidence dans leurs rangs ont été plus importants que jamais dans le passé. Mais est-ce suffisant pour renverser la tendance ?

Dans ces conditions, ce que Washington fait est crucial. Cherchera-t-il encore à serrer la main des représentants de l’ayatollah ? Est-ce que les « négociateurs » de l’administration, se rendant compte que les manifestations ne portent plus sur la fraude électorale, mais axées sur la démocratie et la souveraineté populaire, chercheront à faire avancer ce programme ?

Quand des milliers de manifestants iraniens ont bravé les balles et les matraques du gouvernement en novembre dernier, ils scandaient : « Obama, tu es ou avec eux [le régime] ou avec nous [le peuple] ». Il a fallu au président presque deux mois pour envoyer une réponse mitigée. Ses récents propos tardifs à Oslo et à Hawaï appelant le régime à la retenue sont trop minimes et viennent trop tard.

Une action urgente est maintenant nécessaire si le courant de l’histoire est appelé à se résoudre en faveur d’un nouvel Iran. Cela ne signifie pas une action militaire ou une implication directe dans le changement de régime. Cela signifie qu’il faut reconnaître que la mise en place de nouvelles sanctions multilatérales contre le régime iranien n’est pas suffisante, même si un retard dans leur imposition ne fera qu’encourager Khamenei à réprimer davantage la marche pour la liberté et l’état de droit.

Le peuple iranien a besoin d’organisation interne et de leadership pour parer à une répression brutale du régime. Mais, inexplicablement, l’Administration insiste pour lier les mains du plus important mouvement d’opposition iranien (les Moudjahidine du peuple, l’OMPI) en le gardant sur la liste des entités terroristes des États-Unis, stigmatisant ainsi l’organisation et criminalisant le soutien à ses opérations.

En 1997, en « geste de bonne volonté » vers le nouveau dirigeant ostensiblement plus démocratique de l’Iran, Mohammad Khatami, le Président Clinton a accepté d’agréer au désir de l’Iran de limiter l’OMPI en la taxant d’ «organisation terroriste». Les mollahs ont récolté les dividendes, en utilisant l’étiquette de terroriste pour réprimer l’opposition.

Après les protestations de l’Achoura, le régime a affirmé que les manifestations avaient été organisées par des « terroristes » membres de l’OMPI, reconnaissant le rôle que joue l’OMPI dans les événements qui se déroulent en Iran. Mais, paradoxalement, l’OMPI est aujourd’hui limitée parce que le Département d’Etat refuse de supprimer la désignation d’entité terroriste de l’OMPI.

Hier, la Cour d’appel du District de Columbia a entendu les plaidoiries contester l’affirmation du département d’Etat selon laquelle il peut désigner à sa guise qui est ou n’est pas une entité terroriste en se bornant d’affirmer que l’organisation en a «la capacité et l’intention». De toute évidence, l’OMPI est désarmée et a renoncé à toute allégeance au terrorisme. Cependant le Département d’Etat prétend que l’intention existe, même s’il soutient que les raisons de sa conviction sont confidentielles et non accessibles à l’OMPI ou à ses partisans. Seul le tribunal peut examiner le dossier. Les juges devront bientôt décider si s’accrocher de cette manière aux basques de la confidentialité correspond à l’équité judiciaire. En supposant que c’est le cas, la Cour devra décider si les raisons « confidentielles » étaient en fait raisonnables. La plus haute instance judiciaire britannique a récemment jugé que d’après son propre examen des documents confidentiels (probablement les mêmes que celles que le gouvernement américain a produit) il n’y avait pas l’ombre d’une preuve pour soutenir que l’OMPI a la capacité (quoi que cela puisse signifier), ou l’intention de recourir au terrorisme.

Hormis d’étroites considérations purement juridiques, dans la pratique, supprimer la désignation d’entité terroriste de l’OMPI ne fera que renforcer le résultat souhaité par Washington d’une résolution pacifique de la crise nucléaire iranienne. Cela va renforcer l’Amérique pour amener un régime chancelant à la table des négociations, en laissant savoir à Téhéran en termes sans équivoque que nous les traiterons sans ménagement.

Est-ce que le président Obama fera preuve de courage et de volonté politique ? Ou, peut-être les Iraniens se souviendront de lui pour son refus d’aller au-delà de vagues éloges des manifestants pour se délester des contraintes juridiquement douteuses imposées au principal groupe d’opposition de l’Iran? L’avenir de l’Iran pourrait bien être en jeu.

* Allan Gerson, un ancien responsable du département Etat et de la Justice, et président d’AG International Law à Washington. Il est avocat de l’OMPI dans ses efforts pour sortir de la liste noire. Il a représenté les 103 familles de la PanAm dans leur action contre la Libye et il est l’auteur de The Price of Terror : How the Families of the Victims of the PanAm 103 Bombing Brought Libya to Justice.
 
http://www.huffingtonpost.com/allan-gerson/president-obama-at-the-cr_b_422177.html

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