IranIran (actualité)Connaître l'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran

Connaître l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran

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Suite à la décision de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton de rayer le principale mouvement d’opposition de la liste des organisation terroriste, l’OMPI, nous vous proposons une étude de François Colcombet*, spécialiste du système politique de la République islamique d’Iran et de sa constitution. Magistrat et ancien député, il est parmi les fondateurs du Comité français pour un Iran Démocratique (CFID)**.

L’OMPI, une organisation représentative de l’opposition démocratique en Iran

Décembre 2011 – L’Iran est à nouveau au centre des préoccupations de la communauté internationale. Le régime théocratique fondé en 1979 par Khomeiny continue, plus de 30 ans après, d’exporter le terrorisme, de bafouer les droits de l’homme, de massacrer ses opposants politiques et de mettre au point l’arme nucléaire. Ce n’est pas faute d’avoir voulu dialoguer et d’avoir de temporisé que les USA, l’Europe et de nombreux pays de la région se retrouvent aujourd’hui dans l’obligation d’imposer de nouvelles sanctions. Certains pays ont même envisagé l’option militaire. Certes, pour la repousser. Mais jusqu’à quand ? Autant dire que l’Iran reste un État terroriste fauteur de troubles, aux conséquences imprévisibles. Pourtant, dans un premier temps, la communauté internationale avait su faire preuve de fermeté.

Les opposants au régime de Khomeiny obligés de quitter l’Iran, avaient été accueillis en Occident. Parmi eux, Massoud Radjavi, le chef des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI). Celui-ci, après avoir été l’un des principaux acteurs du renversement du chah, avait rompu avec Khomeiny parce qu’il refusait sa constitution théocratique créant, sous le nom de république, un régime totalitaire fondé sur la charia et donnant tous les droits à ce même Khomeiny, représentant autoproclamé de l’imam caché des chiites. Radjavi, menacé de mort, avait été accueilli en France ainsi que nombre de ses partisans auxquels fut reconnu le statut de réfugié politique. Il furent même autorisés dès juillet 1980 à installer, dans notre pays, à Auvers-sur-Oise le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) qui regroupe, outre l’OMPI, diverses autres formations politiques (l’Association de défense de l’indépendance et de la démocratie en Iran, les Fédayins du peuple, le Guilde Towhidi des commerçants du bazar, les professeurs engagés des universités et de l’enseignement supérieur) et des minorités et (des kurde, des sunnites, des chrétiens, des juifs). Le CNRI et il fut, dès l’origine, composé paritairement d’hommes et de femmes, ce qui n’était pas sans signification à un moment où, en Iran, on obligeait les femmes à se voiler où on leur interdisait certains métiers (juges, certaines professions médicales et… La présidence de la république).

Devant le danger que constituait, pour le régime de Khomeiny, cet résistance démocratique est organisée qui, au fil des ans, était appelée à devenir porte-parole de l’opposition laïque, les mollahs n’hésitèrent pas à envoyer en Europe des équipes de tueurs. Ceux exécutaient en Allemagne des leaders kurdes, en Turquie et en Italie les représentants du CNRI, et en Suisse un ancien ambassadeur, le propre frère de Massoud Radjavi.

Bien vite la réprobation internationale s’émoussa. Les occidentaux avaient en effet dû se rapprocher des mollahs iraniens qui, très habilement, se posaient en intermédiaire pour la libération d’otages capturés au Liban par leurs alliés, pour ne pas dire leurs agents. En échange de ses bons offices, l’Iran demandait l’élimination de ses opposants. Ces marchandages continuèrent de plus belle, pour d’autres raisons : désireuses d’obtenir pour leurs entreprises des contrats commerciaux intéressants les occidentaux acceptèrent peu à peu l’inacceptable : les assassins de Kazem Radjavi emprisonnés en France furent envoyés en Iran alors qu’ils étaient réclamés par la Suisse. Cependant que Massoud Radjavi chassé de notre pays trouva refuge en Irak seul pays à l’accepter. De nombreux membres de l’OMPI le rejoignirent. 30 ans plus tard, 3400 d’entre eux sont encore au combat près de Bagdad, à la merci d’un régime qui n’a rien à refuser aux mollahs iraniens, lesquels demandent leur élimination. À quoi la communauté internationale, et les Américains en particulier qui s’étaient pourtant engagés à les protéger, ont été long à réagir.

Avec l’Occident en effet, après le départ de Massoud Radjavi, ces marchandages honteux avaient continué, facilités par l’élection, en 1997 de Mohammad Khatami comme président de la république. Ce personnage, qui avait du sang sur les mains et qui était, en réalité, un fidèle du guide suprême et, bien entendu, un partisan strict du régime théocratique, bénéficiait d’une sorte de miracle : il apparut comme un modéré aux yeux de nombreux dirigeants occidentaux et d’une partie des faiseurs d’opinion dans les médias et les milieux de la recherche. Trop heureux d’avoir enfin avec lui un prétexte à baisser la garde, ils feront, pendant quelques années, de Khatami la coqueluche des capitales occidentales (alors qu’en Iran ni le statut des femmes ni les libertés de la presse ne progressaient réellement et que, surtout, le programme atomique avait repris de plus belle). Néanmoins dans l’espoir d’aider une évolution les USA accédèrent à l’une des principales demandes de l’Iran : ils inscrivirent l’OMPI sur la liste des organisations terroristes. L’Angleterre fit de même en 2001 et s’employa avec succès à faire inscrire l’OMPI sur la liste européenne.

Par quelle aberration les dirigeants de notre pays la France, crurent utile d’en rajouter en ouvrant une procédure pénale contre les dirigeants du CNRI pour des faits prétendument liés au terrorisme ?

Cette affaire confiée au juge Bruguière allait prendre un tour spectaculaire et dramatique lorsque fut lancée en juin 2003 la plus formidable rafle contre des membres de l’OMPI : 164 arrestations 22 présentations au juge, 17 mandats de dépôt y compris à l’encontre de Maryam Radjavi, la présidente élue du CNRI. On ne peut éprouver de la rend en lisant le récit qu’à fait  lea journaliste témoin de l’entretien que notre ministre des affaires étrangères de l’époque M. de Villepin avait eu avec des officiels iraniens lors d’un voyage en Iran pour discuter et conclure des contrats. Au cours de ces discussions, notre ministre avait, en personne, pris la peine d’annoncer, à l’avance, comme un remerciement anticipé, l’arrestation des membres de l’OMPI.

Ces contrats commerciaux allaient d’ailleurs être payés cher en souffrance. Outre les arrestations, outre les mesures d’expulsion, cette rafle va provoquer un vent de panique bien compréhensible parmi les malheureux réfugiés de membres de l’OMPI, poussant aux suicides plusieurs d’entre eux qui, ainsi que l’a expliqué une survivante redoutaient des arrestations et des expulsions massives vers l’Iran, dont les menaçaient les policiers.

Cet épisode est d’autant plus déplorable que l’inscription de l’OMPI sur la liste des organisations terroristes de l’Europe a été a annulée suite à plusieurs décisions très fermes et très longuement motivées de la juridiction européenne. À la même époque, en Angleterre, la chambre des Lords en formation judiciaire ayant ordonné la radiation, le parlement unanime obtempéra. Enfin aux USA, la justice s’est prononcée dans le même sens. Là aussi le gouvernement devait se prononcer prochainement.

Quant à la procédure pénale française, elle s’est dégonflée comme la baudruche qu’elle était. La cour d’appel avait d’ailleurs très vite remis en liberté les personnes placées en détention par le juge Bruguière cependant que la juridiction administrative annulait tous les arrêtés d’expulsion ou d’assignation à résidence. Enfin un nouveau juge antiterroriste, Marc Trévidic, vient de rendre, le 11 mai 2011, une ordonnance de non-lieu des chefs de tous les faits de terrorisme. Dans cette décision, le juge considère l’OMPI comme une organisation de résistants et non de terroristes. Cette ordonnance étant devenue définitive en France et en Europe, l’OMPI est désormais lavée de toutes les accusations fantaisistes dont l’examen du dossier a montré qu’elles reposaient en réalité, pour l’essentiel, sur des faits faux ou déformés de la police politique iranienne qui les avait transmis aux services européens ; en parallèle sans doute, là encore, à quelques fructueuses négociations sur d’autres sujets…

Malheureusement ces décisions nombreuses, ces jugements répétés, cette ordonnance longuement motivée n’ont pas convaincu ceux qui, plus ou moins de bonne foi, avait jadis applaudi au « réformisme » de Kathami et, naguère à la rafle du 17 juin 2003… Il n’est certes pas agréable de perdre la face. Aussi ces incrédules reprennent-ils, sans même l’atténuer, l’éternel discours sur l’OMPI accusée d’être une secte, de violer les droits de l’homme, de ne pas être représentative etc.

Ces griefs multiples et tous les documents disponibles ont, pourtant, récemment fait l’objet d’un examen minutieux et d’un rapport d’un ancien secrétaire d’État et ancien ambassadeur américain Lincoln P. Bloomfield ² qui a occupé des postes importants (au département d’État comme la défense), consultant auprès d’un cabinet américain qui a accepté de représenter un groupe de citoyens américains iraniens pour le retrait de l’OMPI de la liste américaine. Cet important document a été présenté et commenté par son auteur à l’assemblée nationale française le 9 novembre 2011 en présence de députés intéressés. M. Bloomfield fait litière de toutes les accusations à l’égard de l’OMPI, y compris celles auxquelles les Américains sont plus sensibles que nous comme d’avoir des « principes d’extrême gauche et antiaméricain ». Mais ce rapport répond aussi à la plupart des autres accusations, sauf peut-être à celle concernant la prétendue ‘’ non représentativité ‘’ de l’OMPI, que M. Bloomfield n’a pas examiné. À quoi les contempteurs de l’OMPI ajoutent que « pour avoir combattu depuis l’Irak contre son pays et elle est déconsidérer en Iran ». Que recouvrent ces griefs ?

La guerre Iran – Irak

il est exact que Massoud Radjavi, chassé de France « comme monnaie d’échange avec Téhéran contre la libération des otages français » (Bloomfield), n’a trouvé de refuge qu’en Irak. À cette époque, poussé et armé par les occidentaux, et la France en particulier, était en guerre avec l’Iran.

Mais au tout début de cette guerre en 1980, les membres de l’OMPI qui à l’époque étaient encore en Iran (mais qui était déjà tenus en suspicion par les mollahs) avait courageusement combattu contre l’Irak. Certains membres de l’OMPI furent même faits prisonniers par l’Irak.

On connaît la suite. Une des répressions les plus terribles s’abat sur l’ensemble de l’opposition en particulier sur l’OMPI. Radjavi obligé de quitter l’Iran se réfugie en France en juillet 81. Or depuis la France est en liaison avec le gouvernement de l’époque, Radjavi cherchait alors amorcer la paix entre l’Irak et son pays. Il rencontra cet effet – en France – Tareq Aziz, ministre irakien des affaires étrangères, qui accepte de rendre les territoires conquis et donne l’accord de l’Irak au plan de paix présenté par le CNRI qui pourtant privilégiait les intérêts nationaux Iraniens. Mais Khomeiny refuse la paix, comme il refusera obstinément toutes les autres occasions. C’est qu’en réalité, il trouvait son compte à l’état de guerre qui lui permettait de maintenir sous tension son pays et d’éliminer ses adversaires de l’intérieur.

Lorsqu’il sera expulsé vers l’Irak, Radjavi prendra soin de garder, autant que possible, ses distances avec le régime qui l’hébergeait. C’est ainsi qu’il n’a jamais accepté d’associer son combat à la guerre Irano- irakienne. Il amenait son propre combat pour essayer de libérer l’Iran en lançant des attaques en prenant soin d’éviter d’atteindre les populations civiles, en s’en prenant uniquement à des objectifs militaires.

L’ambassadeur Bloomfield révèle que les critiques contre Radjavi à ce sujet ont été largement orchestrées et répandues par le régime qui y a tout intérêt. Et il est certain que cette propagande a dû avoir des effets.

Quoi qu’il en soit on ne peut que remarquer que dans bien d’autres périodes historiques, des résistants ont eu comme l’OMPI, à affronter les dirigeants de leur propre pays et que le pouvoir en place le leur a reproché.

Ce qui est dès lors peu plutôt étonné, c’est que l’OMPI, contrairement à ce que raconteront ses adversaires, n’ait pas disparu. Elle a, au contraire, survécu et dispose, on va le voir, d’un capital important de sympathie en Iran et dans la diaspora.

 

Une place dans l’histoire de l’Iran moderne

La première raison de cette vitalité et que même si elle a pu commettre des fautes ou que certains de ces actes ont pu être interprétés contre elle, l’OMPI a joué un rôle historique irremplaçable. Dans la filiation des réformistes de 1906, et dans celle plus récente de Mossadegh, l’OMPI a été créé par des membres de la ‘’ jeunesse Mossadeghiste’’. Elle a constamment cherché une voie originale entre la tradition et la modernité en intégrant la philosophie des droits de l’homme et de la démocratie dans une culture très marquée par la tradition musulmane – qui plus est, chiite.

La presse internationale et française (3) en particulier qui était venue nombreux à Téhéran, à la fin du régime du chah et au début de la révolution, décrivait alors l’OMPI, dont les membres survivants venaient d’être libérés des prisons de la Savak, comme l’une des organisations les plus populaires. M. Radjavi remplissait les amphithéâtres d’étudiants et les transformer en arène politique. De l’avis général, s’il n’avait pas été interdit par Khomeiny de se présenter aux élections présidentielles, il était un des candidats les plus sérieux non seulement Khomeiny a fait arrêter et exécuter les membres de l’OMPI qui n’avait pas pu lui échapper mais la terrible répression dont ils ont fait l’objet dure toujours.

Environ 120 000 de ses partisans furent assassinés par les sbires du régime, en particulier de très jeunes gens – des étudiants, mais aussi des ouvriers et des commerçants du bazar, des intellectuels et même des membres du clergé. Les massacres de plus 30 000 prisonniers politiques, en 1988, provoquèrent une crise sérieuse entre Khomeiny et l’ayatollah Montazeri qui était le plus haut dignitaire considéré comme le successeur légitime du guide suprême. Hossein Ali Montazeri, qui décéda en décembre 2009, n’avait pas hésité à reprocher ces massacres dans des lettres à Khomeiny (4). « Jusqu’à présent, avait-il dit, avec tant de violence de tueries qu’est-ce que nous avons pu obtenir ? La seule chose qu’on a obtenue, c’est qu’il y a de plus en plus de propagande contre nous alors que les gens sont de plus en plus attirés vers les Monafeghines (hypocrites). C’est le surnom donné par le régime à l’OMPI pour éviter de prononcer le mot Moudjahidine ce qui serait pour lui une reconnaissance de la foi musulmane des adhérents de ce mouvement, le mot moudjahidine dans le Coran, désignant des croyants qui militent).

 « Montazeri ajoutait même que les moudjahidines ne disparaîtraient pas par des massacres et que leur philosophie allait se répandre… « Les moudjahidines du peuple, disait-il, ne sont pas qu’un groupe d’individus, il représente un courant de pensée et une vision du monde – pourvu d’une logique. Il faudrait une bonne logique pour répondre à une logique erronée. Vous ne pouvez pas corriger l’erreur en tuant, vous ne faites que la répandent. » Cet ayatollah visionnaire et qui voyait si juste fut évincé, assigné à résidence et certaines personnes parmi son entourage dont son chef de cabinet et son gendre ont été, comme il est de pratique dans ce régime totalitaire, exécutés.

Pareil comportement provoqua évidemment des remous jusqu’au sommet de l’État. Remous qui ont laissé des traces. Notons d’ailleurs que les fractures de la classe dirigeante en Iran ont à plusieurs reprises été causées par l’OMPI.

Un hommage du vice à la vertu

Au demeurant, la plus belle preuve de l’importance de cette organisation, c’est la violence et la persistance des attaques du régime contre l’OMPI. On a évoqué plus haut les commandos de tueurs lancés aux trousses des réfugiés pour les assassinés. Ces tueurs utilisaient les services des ambassades d’Iran pour introduire des armes, se préparer à l’action et s’abriter.

Des services de police comme les gardiens de la révolution, furent peu à peu au fil des ans spécialisés dans la persécution de l’OMPI, en Iran et à l’étranger et dans la vaste campagne de désinformation lancée contre elle. Cette campagne de désinformation a bien entendu eu des résultats comme de gagner des occidentaux aux thèses du régime. Le plus grand succès de cette propagande aura été d’obtenir, en mai 2005 un rapport d’Human Rights Watch défavorable à l’OMPI. En ce document fait à partir de dénonciation de transfuges de l’OMPI « retourné » par la police politique a été rédigé sans vérification sérieuse sur la base de coups de téléphone à ses transfuges. Le rapport Bloomfield le ainsi qu’un rapport d’enquête des parlementaires européens (5) montre qu’en réalité ces affirmations sont fausses mais le mal est fait.

Au demeurant les discours officiels sont pleins d’attaques directes contre l’OMPI à laquelle le régime reprochera à peu près tous les troubles survenant dans les universités ou dans la rue.

Ainsi Kazem Djalali, un membre de la commission chargée de la sécurité et de la politique étrangère de l’assemblée nationale iranienne (le Majlis) a affirmé dans une interview accordée à l’agence de presse iranienne Fars (proche des gardiens de la révolution) que « la présence et le rôle joué par le groupuscule terroriste de l’OMPI » lors des émeutes de 2009, «ont montré qu’une force rationnelle et calculatrice avait orchestré les émeutes et tentait d’exploiter certains facteurs de mécontentement à son profit » Djalali poursuit : « des contre-révolutionnaires, des membres des familles des pendus et des proches de l’OMPI ont créé les incidents ». À l’instar de quelques-uns de ses collègues français de la commission des affaires étrangères, ce membre de la commission de politique étrangère du Majlis n’oublie pas de modérer la portée de ses propos en lançant : « bien entendu, l’OMPI est dépourvu de toute base en Iran et n’est plus une force attirante ». N’étant pas à une contradiction près il poursuit : « toutefois, parce qu’il (les moudjahidines du peuple) ont des compétences organisationnelles et de l’expérience, ils ont pu attirer les gens vers les scénarios sans être visible »(6).

Les déclarations de ce genre sont très nombreuses dans la presse officielle. L’agence Fars commentant le développement des activités hostiles au pouvoir écrivait dans une autre dépêche : « les slogans que l’on entend prononcer par Massoud Radjavi (leader des moudjahidines), on l’entend également dans les rues de Téhéran. Ne voyez-vous pas qu’ils (les opposants au régime) veulent faire admettre que ces gens-là avaient raison et qur c’est la république islamique qui les a réduits au silence ? Ne veulent-ils pas en faire en sorte que leur logique l’emporte à nouveau ?(7).

 L’ayatollah Sayed Youssef tabatabaï-Nejad, qui a la lourde charge de mener la prière de vendredi de la ville d’Ispahan, déclarait dans ses prêches rapportées par la presse : si vous avez dit ’’non’’ au Velayat-e-Faghih (une tutelle absolue du guide religieux) eh bien ! Vous acceptez, à sa place, le gouvernement de Maryam Radjavi. Quel désastre pour vous, instigateur du désordre, pour vous qui ne comprenez pas la différence entre le gouvernement de Dieu et celui de Satan. »(8)

Qu’enfin un ministre du poids de M. de Villepin se soit abaissé à annoncer à ses interlocuteurs officiels comme une bonne nouvelle l’arrestation massive des membres de l’OMPI, montre qu’on savait très bien en France quel était le principal souci des interlocuteurs iraniens et quelle était la représentativité de l’OMPI.

ACHRAF

Beaucoup des accusations contre l’OMPI de la part du régime se sont cristallisées autour d’ACHRAF – ce camp situé en Irak, où sont réfugiés 3400 membres de l’OMPI. Les uns sont arrivés dans les années 86 avec Massoud Radjavi. Beaucoup la suite,  venus d’Occident ou d’Iran. Ces militants ont, pour un grand nombre d’entre eux, un haut niveau de formation (ingénieurs, médecins, universitaires, artistes, architecte etc.) et sont évidemment susceptibles d’aider au redémarrage du pays après une transition démocratique. D’où la hargne des mollahs, la volonté de les éliminer. Mais d’où aussi pour nous la preuve que ce mouvement est solide, susceptible d’exercer le pouvoir et d’être porteur de renouveau.

Rappelons que les résidents du camp d’Achraf ont été désarmés par les Américains lors de la deuxième guerre du golfe et qu’il leur a été reconnu le statut de personne protégée par la 4ème convention de Genève ce qui oblige les USA à les protéger. Mais ceux-ci ont annoncé leur prochain départ de l’Irak et ils ont d’ores et déjà transféré leurs obligations aux irakiens, autrement dit à des alliés de l’Iran des mollahs dont ils ont annoncé qu’ils allaient satisfaire les demandes.

À ce jour Achraf a fait l’objet de plusieurs attaques violentes de la part des policiers ou militaires irakiens. En juillet 2009 et en avril 2011 en tout 47 réfugiés désarmés ont été tués par balles ou écrasées par des engins antiémeutes (fournis par les Américains, évidemment à d’autres usages !) Quelques uns des centaines de blessés qui ont été laissés au camp, sont morts de leurs blessures, faute de soins. La participation active d’éléments iraniens à ces massacres ne fait aucun doute. C’est d’ailleurs en farsi que son proféré des slogans et les appels à la reddition par les centaines de haut-parleurs disposés autour du camp qui diffuse nuit et jour à plein régime.

Certes l’ONU s’est émue. Les fonctionnaires de l’ONU de Bagdad où ils résident pourront, faute de mieux, assister au prochain massacre annoncé. Comme à  Srebrenica l’opinion publique américaine commence à se réveiller comme le laisse deviner le rapport Bloomfield et plusieurs initiatives parlementaires récentes tous parties confondues. De son côté l’Irak a imaginé une stratégie destinée à rendre difficile la surveillance internationale : il propose de disperser les réfugiés dans plusieurs camps en zone chiite dans des régions désertiques éloignées du contrôle international. L’Irak a fixé la date butoir pour ce transfert au 31 décembre, faisant obstacle à l’identification et à l’audition des habitants qui sont considérés par le HCR comme des demandeurs d’asile. Un tel transfert sera un désastre qu’il faudrait éviter à tout prix sauf si l’ONU se charge la protection de ces réfugiés jusqu’à leur transfert volontaire vers des pays tiers.

Bref, la persécution du régime contre l’OMPI a, comme on va le voir plus loin, continué toujours aussi violente. Mais dans sa persistance et sa violence, n’est-il pas à la fois un hommage du vice à la vertu et la reconnaissance par le régime des mollahs de l’OMPI comme sa principale et plus dangereuse opposition ?

Comment d’ailleurs l’OMPI aurait-elle pu résister à 30 ans de persécution si elle ne disposait pas d’un dynamisme et d’un soutien sans faille ?

Le soutien des Iraniens

Or ce soutien se manifeste, chaque année, à visage découvert, en France même, à l’occasion des grands meetings organisés par l’OMPI. Arrivé de toute l’Europe par des centaines d’autocar, des Iraniens de tout âge et de toutes conditions se rassemblent autour des dirigeants du CNRI. Dans cette foule qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers de personnes, ont remarque de très nombreux jeunes qui n’ont pas connu la révolution. Certains sont en France. D’autres sont arrivés plus récemment ! Beaucoup disposent d’un haut niveau de formation. C’est la relève du pays.

Ceux qui ont suivi ces meetings, ces dernières années, ont toujours remarqué que la président du CNRI réclamait un référendum sur la forme du régime ouvert à toutes les formation politique sous contrôle international, consultation démocratique dont le CNRI s’engageait à accepter le résultat. Comment un parti qui se serait senti « . Ces meetings sont aussi l’occasion de constater la présence de personnalités politiques venues d’Amérique, d’Asie et de toute l’Europe qui, tous parties rassemblées, apportent leur soutien car, au fil des années, la justice a donné raison à l’OMPI. Dans le pays de vieille démocratie, comme l’Angleterre ou les pays du nord de l’Europe, les politiques ont reconnu la prééminence du droit sur la realpolitik. En France où l’exécutif n’a jamais accepté facilement que les pouvoirs législatifs et judiciaires aient leur mot à dire, les gouvernements ont toujours traîné les pieds. Heureusement les élus de terrain, députés sénateurs maires etc, ont mieux réagi : une majorité des députés français vient de signer une pétition en faveur de l’OMPI.

Autre aspect qui n’est pas négligeable : l’argent. L’OMPI n’a apparemment jamais disposé d’un  « trésor de guerre ». Elle vit des aides venues d’Iran ou d’Occident versées par les Iraniens qui la soutiennent. Ainsi des sortes de téléthons organisés par la télévision du CNRI en 2011 ont produit plus de 3 millions d’euros en quelques jours. L’OMPI dispose, malgré les persécutions, de réseaux actifs dans le pays. C’est ainsi qu’elle a pu transmettre à l’AIEA est en partie rende  public lors de conférence de presse donnée en 2002 à Washington et à Paris, des renseignements sur l’avancement de la filière atomique alors inconnue du grand public et sans doute de beaucoup d’officiel.

Dans un premier temps, dans un esprit de conciliation avec l’Iran que les occidentaux et l’ancien directeur de l’AIEA voulaient encore ménager, ces informations furent minimisées, mais tous les experts concordent sur la pertinence de ces renseignements. Dans le récent rapport de l’AIEA publié le 8 novembre 2011, même si l’OMPI n’est pas cité, les experts relèvent qu’au moins 15 points qui étaient des informations déterminantes que l’OMPI avait elle-même fait connaître précédemment.

Bien entendu avoir accès à ce genre d’information et pouvoir les recouper comme l’OMPI a fait, n’est pas à la portée d’une organisation qui ne serait plus présente sur place et qui n’aurait plus la confiance de nombreux Iraniens jusque dans l’appareil d’État où les citoyens sont nombreux à désapprouver le régime et à soutenir son opposition.

L’OMPI dans la révolte verte

Car, comme on l’a vu récemment, ce régime est miné de l’intérieur. Soit noté en passant aucun des « spécialistes » de l’Iran, ces chercheurs se rendant régulièrement dans le pays, voir même ses anciens ambassadeurs qui devraient être bien informés, n’avaient vu ce qui se préparait lorsqu’a éclaté la révolte « verte » de juin 2009 à la suite de l’élection, sans aucun doute truqué, de Mahmoud Ahmadinejad. Mais il ne leur a pas échappé que ce mouvement était à l’origine menée par des « réformistes » de l’intérieur, d’anciens dirigeants (Moussavi huit ans premier ministre de Khomeiny et Karroubi, l’ancien président de l’assemblée nationale). Ils en ont, à nouveau, conclut que l’avenir était aux mains des réformistes – à l’évolution progressive de l’intérieur du régime théocratique – et non à la contestation radicale des laïques, représentée par l’OMPI. Pour eux, on se trouvait reporté au temps de Khatami. Cette fois la répression fut plus ferme et sévère. Les réformistes sont prudemment rentrés dans le rang. Mais la contestation a continué. Bien mieux, les slogans ont évolué. Des demandes de réforme du régime on est très vite passé à la contestation du régime théocratique lui-même.

Comme on l’a vu plus haut, les tenants du régime, eux, ne s’y sont pas trompés. Les nouveaux slogans sont en réalité ceux de l’OMPI qui avaient été présentes dans le mouvement dès le début. Ces militants de l’intérieur furent d’ailleurs nombreux à faire sortir des images  de l’information vers l’extérieur, vers notamment la chaîne de télévision du CNRI. Beaucoup ont été arrêtés et exécutés. À ce sujet donnons encore une fois la parole à un des personnages au pouvoir. Il s’agit de l’ayatollah Alamolhoda membres de l’Assemblée des Experts, qui lors d’un rassemblement officiel à Téhéran fait des déclarations bien étonnantes à propos de la manifestation de contestations qui a frappé l’ensemble du pays le 27 décembre 2009, le jour même du deuil chiite de l’Achoura (martyr du petit-fils du prophète vénéré par les chiites)(9) :

 «  Ce qui s’est produit le jour de l’Achoura, déclare cet influent ayatollah, était une guerre contre Dieu, vous direz peut-être que la guerre se fait par des armes, mais vous savez que le mouvement de dimanche était dirigé par les Monafeghines (l’OMPI) et les insurgés scandaient des slogans transmis par les six de l’OMPI. Notre cher imam (Khomeiny) avait affirmé que les membres de l’OMPI étaient en guerre contre Dieu, et que tout ce qui est à l’intérieur du pays les suivait au coopéreraient avec eux étaie également en guerre contre Dieu. » Alamolhoda a conclu : « ces gens-là (les manifestants) n’ont pas seulement coopéré avec l’OMPI, ils se sont mis aussi à ses ordres en tant que simple pion, et sont donc tous, selon la fatwa de l’imam, en guerre contre Dieu » ainsi les tribuns officiels n’hésitent pas à désigner l’OMPI comme principal meneur des manifestations contre le pouvoir.

Pour en terminer évoquons simplement pour que leurs morts ne soient pas oubliés, ces modestes militants qu’étaient M. Ali Saremi, Jaafar Kazemi, Mohammad-Ali Haj-Aghaï qui ont été pendu en décembre et janvier dernier pour avoir appartenu à l’OMPI, avoir été a ACHRAF et, pour deux d’entre eux, « avoir organisé des manifestations »

Pour conclure

L’OMPI est une organisation qui se veut démocratique et laïque, qui milite pour l’égalité des sexes et l’abolition de la peine de mort.

Elle existe depuis plus de 40 ans et, depuis plus de 40 ans, elle a résisté d’abord au shah puis au régime théocratique et totalitaire qui l’a remplacé en Iran. Malgré les attaques violentes de ce régime qui a toujours voulu détruire l’OMPI et malgré les persécutions de ceux qui en Occident ont essayé de s’attirer les bonnes grâces des mollahs, l’OMPI a survécu. Bien mieux : en Occident elle a, à ce jour, triomphé de toutes les procédures lancées contre elle.

Sa vitalité, elle l’a doit à l’énergie et à l’intelligence de ses membres, mais aussi et surtout au soutien des Iraniens. Ils sont nombreux en Iran, y compris dans les classes dirigeantes, et nombreux parmi les exilés, à voir en elle l’une des composantes centrales de la relève après la disparition du régime théocratique.

En Occident, déjà, nombre d’élus des pays démocratiques la soutiennent et, progressivement, les gouvernements et les organismes internationaux lui font la place qui lui revient.

Mais il y a urgence : les membres de l’OMPI réfugiés à Achraf en Irak sont sur le point d’être dispersé et d’être éliminé. Les gouvernements, l’ONU, l’Europe ne peuvent laisser s’accomplir ce massacre annoncé. À chacun d’entre vous de faire tout ce qu’il peut pour éviter ce drame qui serait une honte pour nos pays.

Les USA tout d’abord, mais nous aussi les Français qui avons accueilli les dirigeants de l’OMPI et le CNRI et qui les avons injustement persécutés nous avons à ce moment de notre histoire commune une responsabilité plus grande. Assumant-la.

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* François COLCOMBET est un magistrat, il a été conseiller à la Cour de Cassation, cofondateur du syndicat de la magistrature dont il a été président de 1973 à 1974. Premier délégué interministériel chargé de la lutte contre la toxicomanie (1982 – 1983), il est ensuite directeur de l’éducation surveillée au ministère de la justice (1983 – 1986).

Maire et conseiller général de Dompierre sur Besbre pendant plus de 20 ans, il a représenté la première circonscription de l’Allier à l’assemblée nationale à deux reprises de 1988 à 1993 puis de 1997 à 2002 il a alors représenté les députés membres de la ligue des droits de l’homme.

Coauteur avec Arnaud de Montebourg d’un rapport parlementaire sur les tribunaux de commerce, il a présidé la convention pour la VIe république. Il a également fait une étude sur la constitution de la république islamique d’Iran et le principe dit du guide suprême comme pilier de la dictature religieuse.

** Le Comité français pour un Iran démocratique (CFID) a été fondé en février 2007 par Alain Vivien, ancien ministre et ancien président de la commission interministérielle de lutte contre les sectes, Jean-Pierre Michel, sénateur PS de haute Saône, et François Colcombet sont également cofondateurs du syndicat de la magistrature.

Le CFID est composé de plusieurs personnalités, d’élus et d’anciens élus de droite comme de gauche qui rejette la complaisance avec la dictature religieuse en Iran : c’est le cas de Jean Philippe MORER, député et UMP du Bas-Rhin, de Jean-Pierre BEQUET, maire d’Auvers-sur-Oise Yves BONNET, préfet honoraire ou de l’ancien résistant Raymond AUBRAC ainsi que de nombreuses autres personnalités.

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Notes :

1 – les révélations de Jean-Claude Maurice ancien rédacteur en chef du JDD, « si vous le répétez, je démentirai », éditions Plon 297 pages mars 2009

2- « l’organisation des moudjahidines du peuple d’Iran, recherche de la vérité sur ses activités et sa nature » un rapport d’évaluation indépendant établie par l’ambassadeur Lincoln Bloomfield Jr. Publié par l’Akin Grup Strauss Hauer & Feld LLP.

3- Éric Rouleau, le monde, 14 juin 1980, « la violence des affrontements de Téhéran entre les moudjahidines et extrémistes religieux accroit la menace de guerre civile »

4 – le livre des mémoires de Montazeri a été publié en persan.

5 – les moudjahidines du peuple d’Iran – rapport de mission d’enquête, André Brie et Paulo Casaca. Éditions l’harmattan.

6 – agence de presse Fars, 1er janvier 2010

7 – agence de presse Fars,  29 décembre 2009.

8- la manifestation du 30 décembre 2009 à Téhéran, médias officiels iraniens.

 

 

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