IranNucléaireL’Iran intéressé par la pile à plutonium nord-coréenne

L’Iran intéressé par la pile à plutonium nord-coréenne

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The Sunday Times, 29 janvier – Les locaux tristes qui abritent l’ambassade iranienne à Pyongyang font l’objet d’une surveillance intense de la part des diplomates et des services de renseignements qui pensent que la Corée du Nord négocie actuellement une vente de plutonium aux Iraniens provenant de ses réserves récemment agrandies, vente qui mènerait Téhéran tout droit à la bombe atomique.

Celle-ci lui permettrait de déjouer la campagne internationale visant à maîtriser les ambitions nucléaires de l’Iran en l’empêchant de développer des bombes par une autre méthode, celle de l’enrichissement de l’uranium.

Ce risque est tellement sérieux aux yeux de Washington que les États-Unis ont lancé secrètement une campagne diplomatique concertée afin de l’en empêcher, selon des diplomates basés à Pyongyang ainsi qu’à Pékin.

L’information selon laquelle l’Iran et la Corée du Nord négocient sur la vente de plutonium provient d’une offre qui aurait été faite par Téhéran proposant d’échanger du pétrole et du gaz contre du savoir-faire nucléaire.

Le fait que l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) ait découvert en 2004 que la Corée du Nord a vendu environ 1,7 tonnes d’uranium à la Libye montre que le pays n’en est pas à sa première vente et combien il est difficile de l’en empêcher, selon les diplomates.

Les Américains étaient atterrés lorsqu’ils ont appris que l’année dernière, tout en étant engagée dans des négociations de désarmement, la Corée du Nord avait fabriqué suffisamment de plutonium pour se constituer une réserve de presque 43 kilogrammes, peut-être même pas moins de 53 kg. Pour la première fois depuis le début de la crise en 1994, le pays disposait de suffisamment de matière fissile pour en vendre à son allié tout en en conservant pour ses propres besoins.

Le plutonium était l’élément utilisé pour alimenter la bombe qui a détruit Nagasaki en 1945. 7 à 9 kg de plutonium sont nécessaires dans une arme. D’après Siegfried Hecker, un éminent scientifique nucléaire américain, les dirigeants de la Corée du Nord envisagent de faire repartir un réacteur qui en produit 60 kg par an.

L’Iran a d’ores et déjà un programme nucléaire dédié à la recherche sur le plutonium, selon John Bolton, ambassadeur américain aux Nations Unies. Dans un discours prononcé en 2004, Bolton a déclaré que les Iraniens construisaient un réacteur de recherche « optimal pour la production de plutonium utilisé dans les armes ».

La fabrication d’une bombe au plutonium peut être plus complexe que pour une bombe à l’uranium, mais l’Iran et la Corée du Nord travaillent ensemble sur le développement de la science militaire. Les Américains pensent que l’Iran partagent des données sur des tests de missiles avec la Corée du Nord en échange de savoir-faire nucléaire.

Le département d’État américain a révélé l’été dernier que 11 cargaisons de matériels nucléaires destinées à la Corée du Nord et à l’Iran ont été interceptées dans le cadre des mesures de sécurité de non-prolifération ; 60 nations dont la Grande-Bretagne participent à des recherches aériennes et maritimes. Aucun détail n’a été divulgué.

La sonnette d’alarme a retenti une fois de plus à Washington à la fin de l’automne dernier après que les pourparlers en Chine sur le désarmement aient débouché sur des résultats peu concluants et conflictuels. Christopher Hill, le négociateur américain, est sorti de la réunion en rapportant à ses collègues : « Ces c*** disent qu’ils vont foncer tout droit et fabriquer des armes nucléaires quoi que nous fassions », selon un haut responsable qui a entendu ce commentaire.

En novembre, des sources des services de renseignements occidentaux ont rapporté au Der Spiegel, magazine d’informations allemand, une visite secrète à Pyongyang d’un haut responsable iranien non identifié qui a offert à la Corée du Nord une énorme quantité de pétrole et de gaz naturel en échange d’une assistance dans la recherche nucléaire et le développement de missiles.

Des sources à Téhéran affirment que les Gardiens de la Révolution d’Iran ont récemment établi leurs propres liens institutionnels avec la Corée du Nord, passant ainsi outre les voies politiques traditionnelles. « Quoiqu’ils manigancent, cela se fait probablement par l’intermédiaire des Gardiens de la Révolution », a commenté un diplomate occidental.

La semaine dernière, les Américains intensifiaient leur campagne visant à faire cesser la collecte de fonds illégale menée par la Corée du Nord grâce à la fabrication de fausse monnaie, la contrefaçon de cigarettes, le trafic de drogue (une de leurs spécialités étant le faux Viagra) et la vente d’armes.

Condoleezza Rice, la secrétaire d’État américaine, doit rencontrer demain à Londres les ministres des affaires étrangères de Grande-Bretagne, de France, d’Allemagne, de Russie et de Chine afin de discuter de leurs désaccords sur la façon de stopper le programme nucléaire de l’Iran. Rice espère que la réunion de l’AIEA jeudi décidera de renvoyer l’Iran devant le Conseil de Sécurité pour d’éventuelles sanctions.

Les États-Unis préparent également une offensive diplomatique afin de faire passer le message à la Chine et à la Russie qu’un transfert de plutonium constituerait une transgression des limites politiques.

Reste la possibilité pour Kim Jong-il, le chef d’État nord-coréen, de prendre le risque, comme l’a fait le colonel Muammar Gadaffi de Libye, d’abandonner son programme nucléaire en échange d’une reconnaissance internationale.

De retour à Pyongyang, les diplomates en sont toujours à s’interroger devant le va-et-vient à l’ambassade iranienne. Une chose est sure cependant. Jalaleddin Namini Mianji, l’ambassadeur iranien qui a été nommé par le précédent gouvernement « réformiste », a été rappelé. Les références de son successeur vont très certainement rappeler celles du président radical Mahmoud Ahmadinejad, qui a menacé de rayer Israël de la carte.

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