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Bush veut contrer la menace iranienne en Europe

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Le Figaro, 24 mai – Arnaud de La Grange – Le Pentagone étudie un nouveau site antimissile destiné à contrer les attaques provenant d’Iran.

La menace perse barrée au coeur de l’Europe. C’est un scénario que les stratèges de George Bush étudient sérieusement, avec le déploiement d’un bouclier antimissile sur le Vieux Continent. Le Pentagone a confirmé hier que les Etats-Unis «discutaient actuellement» avec leurs alliés européens pour déployer un tel système sur leur sol. Avec l’Iran en tête, et 2011 comme horizon.

Selon le New York Times, la décision concernant le pays d’accueil du nouveau site antimissile pourrait être connue cet été. Il pourrait s’agir de la Pologne (voir entretien ci-dessous) ou de la République tchèque. Ces projets en Europe de l’Est suscitent l’ire de la Russie. Le Pentagone a tenu à préciser hier qu’il ne s’agissait que «d’un petit nombre d’intercepteurs qui ne seraient pas capables de contrer les capacités russes».

De quoi s’agit-il concrètement ? Les Américains souhaiteraient installer en Europe une dizaine d’intercepteurs et les radars de détection qui les accompagnent. Ils auraient vocation à protéger l’Europe comme les Etats-Unis d’attaques de missiles pouvant provenir, entre autres, mais essentiellement, de l’Iran. Ce site européen pourrait ressembler à celui déjà implanté en Alaska, où entre 3 et 6 lanceurs ont été installés pour contrer une attaque de missiles à longue portée nord-coréens.

Ces discussions ne sont qu’un nouvel épisode de la grande saga des armes antimissiles entamée sous l’ère Reagan. A l’époque, avec le déploiement d’armes jusque dans l’espace, le président américain voulait rendre les armes nucléaires «obsolètes». Depuis, les ambitions ont été revues à la baisse, mais George Bush a remis le programme antimissile au centre des priorités. Un volontarisme qui l’a conduit à sortir du traité ABM (Antiballistic Missile Treaty) signé avec les Russes, pour pouvoir déployer les intercepteurs de Fort Greely en Alaska.

Ces engins, encore en phase de test sur la base de Vandenberg en Californie, pourraient d’ores et déjà être utilisés en cas de crise. Les essais malheureux seraient pourtant plus nombreux que ceux couronnés de succès. «C’est très compliqué à réaliser, rappelle Bruno Gruselle, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), intercepter un missile avec un autre missile, c’est arrêter une balle avec une autre balle…» Ces difficultés techniques suscitent une forte polémique aux Etats-Unis. Le Congrès se montre réticent devant les sommes à engager, notamment pour la mise sur pied d’un site européen.

Le Congrès réticent devant les sommes à engager

Dans la vision de l’Administration Bush, la NMD est devenue la MD. En clair, la National Missile Defense a perdu son étiquette nationale pour laisser la place à un système global. Côté asiatique, la route est déjà tracée avec le ralliement du Japon – avec des nuances – aux menées antimissiles américaines. L’Australie pourrait suivre la même voie.

Reste l’Europe. Là, les choses sont plus compliquées. Se posent d’abord de sensibles questions de souveraineté. Il n’existe pas d’espace aérien commun et certains pays veulent rester maîtres de leur défense aérienne, y compris son éventuelle extension antimissile. «La France s’est opposée fortement aux projets américains à la fin des années 90, rappelle un expert, mais le dernier discours de Jacques Chirac à l’île Longue a montré une ouverture inédite, avec l’évocation d’une complémentarité entre la défense antimissile et la dissuasion».

La porte est peut-être ouverte à la participation aux projets antimissiles menés dans le cadre de l’Otan depuis 2002, qui seront discutés au prochain sommet de Riga. Une «étude de faisabilité» confidentielle est depuis le début du mois entre les mains des pays de l’Alliance. Le problème politique se double d’une question technologique et financière. Dans ce domaine, les Européens ont un retard considérable. Depuis les années 50, les Etats-Unis ont dépensé plus de 170 milliards de dollars pour leurs projets antimissiles.

En attendant, les Américains modernisent les radars de la base britannique de Flyingdales. Et envisagent de faire de même sur la base dont ils disposent à Thule, au Groenland. A l’évidence, Washington n’entend pas avancer plus lentement que l’Iran d’Ahmadinejad.

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