IranNucléaireLes Etats-Unis prêts à renouer avec l'Iran

Les Etats-Unis prêts à renouer avec l’Iran

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Lefigaro.fr, 1er juin – De François Hauter – Condoleezza Rice annonce que le dialogue direct s’établira si Téhéran cesse d’enrichir de l’uranium. Le secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice, a annoncé hier un changement spectaculaire de la politique américaine à l’égard de l’Iran. Elle a indiqué que les Etats-Unis étaient prêts à ouvrir des discussions directes avec l’Iran si Téhéran suspendait ses activités d’enrichissement de l’uranium.

De tels pourparlers seraient les premiers depuis la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran, en 1979. «Dès que l’Iran suspend complètement et de façon vérifiable ses activités d’enrichissement et de retraitement, les Etats-Unis rejoindront leurs collègues (NDLR : France, Allemagne, Grande-Bretagne) à la table des négociations et rencontreront des représentants iraniens», a dit Mme Rice. Ce coup de théâtre a eu lieu à la veille d’une réunion, aujourd’hui à Vienne, des grandes puissances consacrée au dossier nucléaire iranien. Washington affirmait hier soir avoir obtenu l’accord de Moscou et Pékin pour réclamer des sanctions contre l’Iran, si ce dernier venait à rejeter l’offre qui lui est faite.

Il est minuit moins cinq pour une «solution diplomatique» concernant l’Iran. Après maintes tractations en coulisses, les cinq ministres des Affaires étrangères des pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Chine, Grande-Bretagne, Etats-Unis, France et Russie), rejoints par le chef de la diplomatie allemande, se réunissent aujourd’hui à Vienne. Et, pour la première fois, les Etats-Unis se déclarent prêts à négocier directement avec l’Iran si la Russie et la Chine acceptent l’idée d’éventuelles sanctions contre l’Iran, en cas de refus par Téhéran des propositions qui seront formalisées aujourd’hui par les six «grands» en Autriche.

La réunion devrait permettre de définir un «paquet positif» de propositions, et un «paquet négatif» de sanctions, qui seront soumis à l’Iran pour amener Téhéran à renoncer à son programme nucléaire militaire. «C’est un moment important, souligne un diplomate français, puisque cette réunion déterminera la ligne politique de la communauté internationale face à l’Iran, pour les mois à venir.»

Avant cette réunion, George W. Bush a reçu à Washington le premier ministre israélien, M. Olmert, les Chinois ont consulté les Russes et les ont gratifiés de la qualité de «partenaire stratégique le plus important», enfin les Américains et les Européens devaient se rencontrer hier soir, avant le début des discussions. Dean McCormack, le porte-parole du département d’Etat à Washington, a déclaré mardi : «Le sentiment, à l’heure actuelle, est que nous partons pour Vienne bien préparés.» L’Américain a fait état de «compromis» et «d’accords» avant la réunion des ministres. Optimisme également du côté chinois : «Il est de l’intérêt de toutes les parties concernées de résoudre le problème nucléaire iranien de façon pacifique et par des négociations diplomatiques», a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

De Tel-Aviv à Pékin, toutes les parties sont d’accord sur deux points. Premièrement, l’Iran ne doit pas pouvoir se doter de l’arme nucléaire (Israël évoque une «menace existentielle»). Deuxièmement, la question doit être réglée par des moyens pacifiques. «Les Israéliens, qui ont des relations plus suivies avec les Iraniens qu’il n’y paraît, connaissent bien la force des Iraniens et ne souhaitent pas plus que les autres aller jusqu’à un bras de fer qui ne serait pour personne une partie de plaisir», explique un diplomate européen.

PLUSIEURS ECUEILS

Ce consensus risque de se briser sur plusieurs écueils. D’abord, l’intransigeance de Téhéran. Mardi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, se montrait apparemment conciliant : «J’annonce que l’Iran est disposé à répondre positivement à la reprise des négociations sur son programme d’enrichissement nucléaire sans aucune condition préalable» avec la troïka européenne (Allemagne, France et Royaume-Uni), déclarait-il. Son porte-parole mettait un bémol : «Nous devons attendre et voir quelles propositions seront faites. Ils devront nous les soumettre pour que nous les étudiions et voyions quelle suite leur donner.» Puis, comme c’est souvent le cas après le chaud, Téhéran soufflait le froid. Hier, Mohammad Saïdi, vice-président de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, affirmait que les Européens devaient accepter «la réalité et l’irréversibilité» du programme nucléaire de son pays. «Si les Européens ne tiennent pas compte des progrès nucléaires de l’Iran, ils auront des problèmes par la suite», ajoutait-il.

Toute l’équation du problème est dans ces quelques contradictions. Les Américains et leurs alliés européens ont jusqu’à présent conditionné la reprise d’un dialogue avec Téhéran à l’arrêt net du processus d’enrichissement de l’uranium lancé par Téhéran, avec l’aide de la Chine, du Pakistan et de la Corée du Nord. La réunion de Vienne va devoir trancher trois difficultés entre «alliés» russes, chinois, américains et européens. La première est que les Etats-Unis acceptent ce que toutes les autres parties ont déjà avalisé : l’exportation de centrales nucléaires civiles vers l’Iran. La deuxième est que, sous l’impulsion du Congrès, les Etats-Unis mettent fin à l’état d’embargo total envers les Iraniens. L’annonce hier par Washington de la possibilité d’une négociation directe avec Téhéran est un grand pas en ce sens. Troisième difficulté : quelle garantie de sécurité régionale ou de non-agression imaginer et offrir, lors de ces tractations ? Une zone dénucléarisée, comme le propose l’Arabie saoudite ? Les Etats-Unis demeurent très réservés sur ce point.

Il reste enfin aux Six à s’entendre sur d’éventuelles sanctions si Téhéran rejette toute exigence de bloquer son programme nucléaire militaire. Hier, Washington tentait de circonvenir les réserves de Pékin et Moscou sur ces éventuelles sanctions en présentant sa première grande concession : reprendre le dialogue direct avec Téhéran, autour d’une table qui réunirait négociateurs allemands, américains, britanniques, chinois, français, iraniens et russes. De quoi calmer les susceptibilités. Russes et Chinois sauront-ils maintenant faire entendre raison aux Iraniens ?

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