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L’Occident change de tactique pour bloquer le programme de l’Iran

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The New York Times, 2 janvier – Par Helene Cooper et Steven R. Weisman – Les États-Unis et ses alliés en Europe, admettant tacitement que les sanctions du Conseil de Sécurité des Nations Unies imposées fin décembre ne sont pas suffisantes pour forcer l’Iran à abandonner ses ambitions nucléaires, et se sont donc engagés dans une nouvelle stratégie visant à intensifier la pression financière et psychologique sur l’Iran.

Ce plan consiste à se servir du texte de la résolution pour persuader les gouvernements occidentaux et les institutions financières de rompre leurs liens avec les sociétés et les personnes iraniennes ainsi qu’avec les programmes de missiles du pays et, par extension, avec le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, a expliqué Stuart Levey, sous-secrétaire américain au trésor pour le terrorisme et le renseignement financier.

Les Gardiens et leur aile militaire sont considérés comme la base du pouvoir du président Mahmoud Ahmadinejad.

Sous son gouvernement, selon les hauts responsables américains, les Gardiens se sont peu à peu introduits dans le domaine commercial, faisant des profits et gagnant de l’influence en Iran dans des domaines impliquant de gros contrats avec le gouvernement, comme par exemple la construction d’aéroports ou d’autres infrastructures, la production de pétrole et la téléphonie mobile.

Mais certains membres du gouvernement de Bush, qui ont demandé à ne pas être identifiés pour évoquer ces projets diplomatiques, ont affirmé que des émissaires allaient bientôt partir à l’étranger pour faire pression sur les gouvernements et les banques étrangères afin qu’ils interprètent la résolution du Conseil de Sécurité de façon tout aussi agressive.

Cette nouvelle stratégie se fonde sur les efforts du département au Trésor de ces derniers mois visant à persuader les banques occidentales de refuser de traiter avec l’Iran, faute de quoi elles risquent de s’attirer le mécontentement de la justice américaine. En 2006, les banques européennes Crédit Suisse et UBS ont annoncé qu’elles ne feraient plus d’affaires avec l’Iran.

Il est difficile d’évaluer la portée de ces mesures financières, puisque les parties les plus engagées dans cet effort (les USA et l’Europe) n’ont que très peu de liens commerciaux avec l’Iran. Il existe aux États-Unis des lois accordant au pays suffisamment de liberté pour imposer des restrictions financières sur les banques et les sociétés faisant affaires avec l’Iran, tandis que le droit européen ne le permet pas.

Ceci dit, la Grande-Bretagne soutient également cette nouvelle initiative, tout comme la France, bien que cette dernière le fasse à une moindre échelle. L’Allemagne, qui entretient plus de liens commerciaux avec l’Iran, n’est pas aussi enthousiaste. Le Japon n’est pas membre du Conseil de
Sécurité et dépend fortement du Golfe Persique pour le pétrole. Mais le gouvernement japonais a récemment fait part de sa volonté de limiter certaines de ses transactions commerciales avec l’Iran.

Le mois dernier, la Japan Bank for International Cooperation a annoncé qu’elle ne délivrerait plus aucun prêt pour des projets iraniens jusqu’à ce que l’Iran résolve le conflit nucléaire avec l’Occident. De plus, le Japon a réduit sa part initiale de 2 milliards de dollars dans le projet d’exploitation du plus grand champ de pétrole d’Iran, à Azadegan, la faisant passer de 75 pourcent conclus à l’origine à 10 pourcent, citant des inquiétudes à propos du programme nucléaire de l’Iran.

Bien que les dirigeants américains aient réfléchi sur ce qu’ils tentent de faire avec leurs homologues russes et chinois, on s’accorde à dire qu’ils n’iront pas plus loin que la résolution du Conseil de Sécurité adoptée le 23 décembre. La Russie s’est battue pour exclure certaines entités de la liste et pour conserver celle-ci aussi courte que possible.

M. Levey a fait remarquer que la résolution citait trois personnes avec lesquelles toute transaction commerciale est interdite et, dans une autre section, l’interdiction de transactions avec des agences «détenues ou contrôlées » par ces personnes. Ces trois individus sont le général Yahya Rahim Safavi, commandant du Corps des Gardiens de la Révolution iranienne, le general Hosein Salimi, responsable de la force aérienne du corps, et Ahmad Vahid Dastjerdi, qui dirige l’Organisation des industries
aérospatiales.

La résolution autorise donc toute tentative d’interdiction d’intervention commerciale étrangère ou gouvernementale, comme des transactions bancaires, ayant un lien avec les programmes de missiles de l’Iran ou les Gardiens de la Révolution, a expliqué M. Levey.

« Cette résolution constitue une étape importante pour que les gouvernements et les institutions financières accordent plus d’attention aux pratiques financières trompeuses de l’Iran facilitant sa conduite dangereuse et pour qu’ils cessent de faire des affaires avec le CGRI », a déclaré M. Levey, en
référence au Gardiens de la Révolution.

La résolution dispose que « tous les Etats… prennent les mesures nécessaires » pour interdire toute « assistance financière » et « ressources et services financiers » liés aux programmes nucléaire et de missiles balistiques de l’Iran. L’annexe de la résolution cite plusieurs groupes gouvernementaux et privés ainsi que 12 personnes impliqués dans ces programmes ; interrompre toute coopération étrangère avec ces groupes et individus fait également partie de cette nouvelle campagne.

Mais les Américains ne détiennent aucune estimation de la valeur des transactions commerciales réalisées avec les entités citées dans la résolution.

Les USA et l’Europe ont affirmé qu’ils avaient commencé à mettre en place quelques manœuvres visant à saper l’assurance des dirigeants iraniens, en particulier de ceux qui voyagent à l’étranger.

L’arrestation récemment de quatre diplomates iraniens par les troupes américaines en Irak, selon les hauts responsables, fait partie de cette stratégie. Le Pentagone a annoncé que ces Iraniens étaient suspectés de transférer des engins explosifs improvisés iraniens en Irak. L’Iran a vigoureusement rétorqué que ces hommes étaient des diplomates et que leur arrestation violait les règles diplomatiques. Les diplomates, dont deux sont probablement membres des Gardiens de la Révolution selon les hauts responsables américains, ont été finalement libérés.

Mais leur arrestation est « précisément le genre de choses qui peut écailler leur confiance », a déclaré un haut responsable européen. La plupart des officiels occidentaux se sont exprimés sous couvert de l’anonymat parce qu’ils ne sont pas autorisés à parler publiquement de ce sujet.

Mais bien avant le commencement de cette nouvelle campagne, le ralentissement du commerce international posait déjà un problème pour l’Iran, qui détient de vastes champs de pétrole mais relativement peu de capacité de raffinage. Le pays importe 43 pourcent de son essence, selon l’Institute for the Analysis of Global Security, groupe à but non lucratif qui étudie les questions énergétiques.

Fait rarissime, le ministre du Pétrole iranien, Kazem Vaziri-Hamaneh, a reconnu les difficultés de son pays en déclarant à l’agence de presse du ministère, Shana, que l’Iran rencontrait ces derniers temps des difficultés dans le financement de ses projets pétroliers. «Actuellement, les banques et les financiers étrangers réduisent leur coopération », a expliqué M. Vaziri-Hamaneh à l’agence.

L’Iran tente déjà de garantir ses importations en essence auprès de ses alliés, comme le Venezuela, et échange sa dépendance à l’essence contre le gaz naturel.

« Il est évident que l’économie iranienne souffre énormément des sanctions économiques », a déclaré Gal Luft, directeur général de l’Institute for the Analysis of Global Security. Mais il a ajouté que M. Ahmadinejad « ne restait pas sans rien faire ».

Cette nouvelle stratégie est née de la conviction de certaines personnes que la résolution sur des sanctions adoptée le 23 décembre n’est pas suffisante pour persuader l’Iran d’abandonner ses ambitions nucléaires ; l’Iran insiste sur le fait que ses travaux se concentrent sur la production d’énergie et non sur le développement d’armes. Le processus aboutissant à ces sanctions était semé d’embûches, de disputes entre les États-Unis qui désiraient des mesures sévères, et la Russie qui réclamait des mesures modérées.

Les hauts responsables américains et européens ont déclaré qu’ils pourraient tenter d’introduire des sanctions plus strictes via les Nations Unies dans les mois à venir. Mais ils ont ajouté que l’occident devait tout de même en adopter d’autres.

En d’autres termes, les États-Unis vont faire pression sur la France, l’Allemagne, l’Italie et d’autres pays européens pour stopper les crédits qui encouragent le commerce en Iran. Le ministère de l’économie allemand, dans un programme de crédit baptisé Hermes, qualifie sur son site Internet l’Iran de « marché risqué, qui est aussi un marché de croissance », pour l’allocation de ces crédits.

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