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Les risques d’une guerre par malentendu entre les États-Unis et l’Iran s’accroissent

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Le Figaro, 22 octobre – Par Renaud Girard – Force est de constater que, sur le dossier du nucléaire iranien, se dessine actuellement une seule ligne, qui est celle de la confrontation. Tout se passe comme si deux trains fous étaient lancés l’un contre l’autre sur la même voie de chemin de fer, sans que personne ne parvienne à les arrêter ou à les aiguiller sur une autre voie. Le conducteur du train Amérique s’appelle Dick Cheney (le vice-président néoconservateur qui orchestra la désastreuse attaque contre l’Irak de 2003) ; et celui du train Iran, Mahmoud Ahmadinejad (le très nationaliste et très religieux président de la République islamique). Les Anglo-Saxons ont un mot pour cela : collision course.

Pourquoi le train Amérique continue-t-il à filer droit vers la catastrophe (un bombardement de l’Iran, qui entraînerait immédiatement un embrasement de l’ensemble du golfe Persique, comme vient de le déclarer un général des pasdarans) ? Trois facteurs peuvent l’expliquer à Washington. Le premier est que George W. Bush, convaincu par Cheney, ne veut pas rester dans l’Histoire comme le président américain ayant laissé l’Iran devenir une puissance militaire nucléaire. Le deuxième est que la politique de fermeté à l’égard de Téhéran jouit d’un fort soutien bipartisan au Congrès. Le troisième est que les deux lobbies étrangers les plus influents auprès de Bush (les lobbies israélien et saoudien) sont d’accord sur le principe de frappes américaines sur les installations nucléaires iraniennes. Les Israéliens parce qu’ils ne croient pas que la logique de dissuasion fonctionnerait avec un leader aussi « illuminé » qu’Ahmadinejad. Les Saoudiens parce qu’ils ne supportent pas l’idée d’une hégémonie iranienne sur le Golfe.

Le train Iran avance lui aussi irrémédiablement vers la collision. La démission, annoncée samedi matin, d’Ali Larijani, de son poste de secrétaire général du Conseil de sécurité iranien, signale une radicalisation du régime et la concentration du pouvoir aux mains d’Ahmadinejad. Jusqu’ici principal négociateur nucléaire iranien, Larijani, homme fin, cultivé et réfléchi, était partisan de trouver une solution de compromis avec les Occidentaux. Ni les Américains, ni les radicaux de son pays ne lui auront laissé le temps de l’imaginer et de la mettre en place. En maintenant une précondition à l’ouverture de négociations directes (la suspension par l’Iran de son programme d’enrichissement de l’uranium), les Américains ont enterré la négociation. Les Iraniens estimaient en effet que s’ils suspendaient leurs activités d’enrichissement (déclarées comme ayant un but exclusivement civil), ils n’auraient plus rien à négocier.

À l’automne 2001, l’Iran a fait trois gestes à l’égard de l’Amérique. Téhéran a tout de suite condamné, et avec la plus grande fermeté, les attentats du 11 Septembre. L’Iran a ensuite aidé l’Alliance du Nord à chasser les talibans de Kaboul au début du mois de novembre. Enfin, en décembre, l’Iran a soutenu toutes les initiatives américaines à la Conférence de Bonn, consacrée à la reconstruction politique et économique de l’Afghanistan. Les Iraniens ont donc été extrêmement surpris de figurer sur l’« axe du mal » (aux côtés de l’Irak et de la Corée du Nord) dans le discours du président Bush devant le Congrès en janvier 2002. À l’égard de l’Iran, l’Administration Bush a constamment agité le bâton, sans jamais présenter de carotte. Elle n’a jamais su imaginer une politique de la considération, elle n’a jamais voulu rétablir les relations diplomatiques.

Lors de son récent discours à la tribune des Nations unies, Ahmadinejad a déclaré « clos » le dossier nucléaire, signifiant le peu d’importance qu’il accordait aux efforts de Larijani pour trouver un compromis qui rassure les Occidentaux quant aux visées non militaires du programme d’enrichissement iranien. À tort, Ahmadinejad ne croit pas à la possibilité de frappes américaines. Il pense que la puissance militaire américaine est paralysée par son embourbement en Irak, alors que l’échec de la pacification n’a en rien entamé les capacités de l’US Air Force et de la Navy. Le président iranien est aveuglé par la popularité que lui donne, dans le monde islamique, sa posture d’insoumis aux « diktats occidentaux ». Il interprète mal le soutien politique que semble lui avoir apporté la Russie de Poutine, de plus en plus exaspérée par l’unilatéralisme américain. En fait, Moscou aurait tout à gagner d’un bombardement de l’Iran, qui ferait s’envoler les prix du pétrole et du gaz.

Véhiculée par Internet, la culture occidentale est la référence pour la classe moyenne iranienne, qui a compris à quel point la Révolution islamique avait fait régresser le pays. Cette population risque de se retrouver en guerre contre l’Amérique sans l’avoir voulu le moins du monde. La guerre, fille du malentendu. La guerre, fille de la surenchère entre dirigeants ignorants et autistes

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