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Avec l’Iran, on franchit un degré supplémentaire sur l’échelle de Richter de l’incertitude

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Le Point, Paris, 10 février – Pourquoi diable veulent-ils tous faire la bombe ? Se doter de ces engins d’apocalypse aux effets terrifiants mais à l’efficacité discutable dans les conflits modernes ? Après le « club des cinq » (Etats-Unis, URSS, Grande-Bretagne, France et Chine) puis le trio des francs-tireurs (Israël, Inde, Pakistan) et la tentative avortée de l’Irak, c’est autour de l’Iran de rêver à un arsenal nucléaire.
La démarche n’est pas seulement militaire. Elle est psychologique, politique et stratégique. Il ne s’agit pas uniquement de sanctuariser un territoire, de dissuader un adversaire potentiel, d’assurer sa sécurité dans l’environnement tourmenté du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Avoir la bombe atomique, c’est pour l’Iran faire irruption avec fracas dans la cour des grands, accéder à un standing international, affirmer une supériorité régionale. L’arme nucléaire, pour Téhéran comme pour d’autres, est devenue instrument de souveraineté, revanche des parias du tiers-monde, étendard d’un nationalisme vivace, une sorte de sceptre emblématique d’une ambition. Elle est aussi un atout dans le poker diplomatique planétaire. Car Téhéran cherche à négocier au prix le plus élevé son éventuelle renonciation.
L’intrusion perse dans le grand jeu atomique bouscule les règles et les concepts déjà sérieusement ébranlés par l’arrivée de l’Inde et du Pakistan. Jadis, aux temps de la guerre froide, les choses étaient simples : les armes atomiques avaient pour fonction de ne pas servir. Les stratèges avaient inventé une théorie à la sémantique imagée : MAD. Ce qui signifie en anglais « destruction mutuelle assurée » mais aussi « fou ». Personne ne souhaitant l’anéantissement général, la ligne de démarcation Est-Ouest demeura pétrifiée pendant quarante ans jusqu’à la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’URSS.
La fin de la guerre froide n’entraîna pas le démantèlement des arsenaux mais leur réduction. Ceux-ci demeurèrent entre les mains de chaînes de commandement fiables, que ce soit en Russie ou même en Inde ou au Pakistan. Avec l’Iran, on entre incontestablement dans une zone à risque et l’on franchit un degré supplémentaire sur l’échelle de Richter de l’incertitude. Ce pays est en effet sous l’autorité d’une double structure : l’une, étatique et traditionnelle, l’autre, islamique et révolutionnaire. La frontière entre les zones de compétences des fonctionnaires d’Etat et ceux issus de la révolution islamique est des plus floues. Les gardiens de la révolution sont une véritable armée aux côtés des militaires réguliers. Qui aurait la haute main sur la bombe du président de la République ou du Guide (Khatami et Khamenei) ?
La grande crainte est évidemment qu’avec la prolifération les choses ne deviennent incontrôlables. Que l’on glisse d’une traditionnelle doctrine dissuasive de non-emploi de l’arme nucléaire à une tentation offensive. Les cinq grands avaient cru pouvoir cadenasser la boîte de Pandore par une série de traités. Mais le système prend eau de toute part et les braves inspecteurs de l’AIEA auront de plus en plus de mal à colmater les brèches et à écoper la barque

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