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Iran: « Le souffle du changement »

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JDD.fr, 28 Janvier 2009  –  Propos recueillis par Marianne ENAULT : L’Union européenne a décidé lundi de retirer de sa liste des groupes terroristes l’Organisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI), conformément à une décision de la Cour de justice européenne. La France a déposé un recours. Pour leJDD.fr, Afchine Alavi*, porte-parole du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), dont l’OMPI est membre, revient sur cette décision européenne.

L’UE a retiré lundi l’Organisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI) de sa liste des groupes terroristes. Quelle a été votre première réaction?

Un grand soulagement et un sentiment de victoire. C’est l’accomplissement d’un très long combat que nous menons depuis sept ans et l’inscription de l’OMPI sur la liste européenne des organisations terroristes. Ce combat, à la fois juridique et politique, n’a pas été facile car nous avons dû le mener face au puissant régime des mollahs [en Iran, ndlr]. Mais nous avons également dû lutter contre la complicité de nombreux Etats qui privilégient leurs intérêts économiques et politiques. Ceux-ci ont mené une politique complaisante envers le régime iranien.

Pourquoi?
Ces Etats ont inscrit l’OMPI sur la liste des organisations terroristes à la demande du régime iranien. Ils ont cru qu’en donnant ce gage au régime de Téhéran celui-ci changerait d’attitude, notamment sur la question de son programme nucléaire. C’est la politique de la carotte et du bâton. Mais cette stratégie a échoué.

La France envisage de déposer un recours contre le retrait de l’OMPI de cette fameuse liste…
Il s’agit de déclarations destinées à calmer le régime iranien [afin de poursuivre les négociations sur le nucléaire, ndlr]. Mais ce recours n’a aucune chance d’aboutir. Il s’agit d’un recours sur la forme et non sur le fond. Et au niveau de la procédure, il n’y a eu aucune faille. Nous n’avons rien à craindre.

"Le renversement du régime des mollahs"

Quels sont les objectifs aujourd’hui du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI)?
Il s’agit d’une coalition composée de cinq partis politiques d’obédience diverses, dont les Moudjahidine du peuple iranien, fondée en 1981. Ce qui nous unit, c’est l’instauration d’une république pluraliste, démocratique et laïque en Iran. Le CNRI fonctionne comme une sorte de Parlement de la résistance, qui comprend 530 membres dont 52% de femmes, éparpillés à travers le monde. Ce Conseil a élu Maryam Radjavi** comme future présidente de la République iranienne, pendant la période de transition. Nous prônons la séparation entre l’Etat et la religion, l’égalité des hommes et des femmes, le respect des droits de l’Homme et l’abolition de la peine de mort. Le CNRI s’est par ailleurs engagé à préparer, après le renversement du régime des mollahs, une élection libre au suffrage universel.

Quelle est la place de l’OMPI dans cette structure?
C’est donc l’une des composantes les plus importantes du CNRI. Elle a été fondée en 1965, contre le régime du Shah. Mais ses membres fondateurs ont été exécutés par le Shah. Avec l’arrivée au pouvoir de Khomeini en 1979, l’OMPI est devenue la principale force d’opposition. Elle participe aux élections mais la candidature à la présidentielle de son leader, Massoud Radjavi [le mari de Maryam et actuel président du CNRI, ndlr], est annulée par Khomeini lui-même. Et l’OMPI est interdite en 1981. S’en suit une vague d’exécutions dans ses rangs. L’organisation entre alors dans un mouvement de résistance au régime des mollahs. Nous prônons aujourd’hui un islam démocratique et tolérant, débarrassé des poussières de l’intégrisme.

Certains pays, dont la France, vous soupçonnent d’activités terroristes. Pourquoi?
Ces accusations ne reposent sur rien. On nous accuse de terrorisme comme les nazis accusaient les résistants français. Nous n’avons jamais porté atteinte à la vie d’innocents. Ceux qui nous ont inscrits sur la liste des organisations terroristes ne l’ont fait que sur la demande du régime iranien, en l’absence de toute preuve ou document. La motivation est purement politique. C’est une politique très lâche de la part de certains pays qui ont voulu donner des gages au principal parrain du terrorisme dans le monde.

"Cesser de mettre des bâtons dans les roues à la résistance iranienne"

Pensez-vous que le terme "moudjahidine" (littéralement "combattant"), utilisé pas des combattants terroristes à travers le monde, dessert votre organisation?
Certainement. Même si l’OMPI est suffisamment connue pour que la confusion soit évitée. Mais il est évident que certains en profitent pour tromper ceux qui ne savent pas. Rappelons que l’OMPI a été créée en 1965 et qu’à cette époque, ces organisations extrémistes n’existaient pas. Ce nom a été choisi en hommage au mouvement de résistance iranien du début du siècle dernier qui a, en 1906, établi une Constitution en Iran. Notre devoir est de défendre la valeur des mots.

Vous parlez de "renversement du régime des mollahs". Cela est-il vraiment possible?
Le projet de changement démocratique en Iran passe par l’éviction du régime des mollahs et la fin de la dictature religieuse. La résistance iranienne bénéficie d’un large appui en Iran. Rien que l’an dernier, il y a eu pas moins de 5000 manifestations en Iran. La société est hostile au régime. L’OMPI compte sur ces mouvements pour faire changer les choses. Mais jusqu’à présent, son inscription sur la liste des organisations terroristes a été un obstacle. Nous avons consacré du temps et de l’argent à cette cause, au détriment du reste.

Pensez-vous que l’arrivée de Barack Obama au pouvoir puisse provoquer ce changement?
Cela va créer un déblocage de la politique américaine dans la région. Obama a parlé de changement. Pour nous, cela doit passer par un changement d’attitude du reste du monde par rapport au régime des mollahs. Il faut aussi arrêter de criminaliser l’OMPI. Si l’UE l’a retirée de sa liste des organisations terroristes, elle est toujours sur la liste américaine. Il faut cesser de mettre des bâtons dans les roues à la résistance iranienne.

Qu’attendez-vous de la prochaine élection présidentielle en Iran, le 12 juin
Nous n’avons aucune attente. Nous n’attendons aucun bouleversement de l’intérieur de ce régime. Il n’y aura aucune surprise de la part des mollahs. Au fur et à mesure qu’il prend conscience de son isolement au sein de la société iranienne, le régime devient de plus en plus extrémiste. Il ne survit que par la répression et l’exportation du terrorisme.

Les sanctions internationales, notamment en représailles au programme nucléaire iranien, peuvent-elles changer la donne?
Les sanctions toutes seules ne changent rien. Mais si elles deviennent sérieuses, ce qui n’est pas encore le cas, elles peuvent aider à provoquer le changement. Mais pour cela, il ne faut pas placer la principale force capable de provoquer le changement sur une liste terroriste. La décision européenne marque toutefois la fin d’une époque et le début du souffle du changement en Iran. C’est inévitable.

* Afchine Alavi est porte-parole du Conseil national de la résistance iranienne, et membre de la Commission des affaires étrangères de son Parlement.

** En 2003, une vaste opération de police au siège de l’OMPI à Auvers-sur-Oise, en région parisienne, avait débouché sur la mise en examen de plusieurs dirigeants, dont Maryam Radjavi, pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

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