Des milliers d’Irano-Américains, de militants politiques et d’anciens responsables américains se sont rassemblés à Washington, D.C. le 16 mai pour l’une des plus grandes manifestations récentes en faveur d’un changement démocratique en Iran. Le « Washington Free Iran Rally » (Rassemblement pour un Iran libre à Washington) a mis l’accent sur l’intensification de la campagne d’exécutions menée par l’Iran, sur les troubles internes et sur les activités des réseaux d’opposition organisés à l’intérieur du pays.
Organisé dans un contexte de tensions croissantes en Iran, faisant suite à des manifestations nationales et à une recrudescence des exécutions politiques, l’événement a réuni des membres du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), des partisans de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK), ainsi que plusieurs personnalités politiques et militaires américaines.
Tout au long du rassemblement, les intervenants ont souligné à maintes reprises ce qu’ils ont qualifié d’instabilité grandissante au sein du système de pouvoir iranien. Beaucoup ont présenté la multiplication des exécutions et la répression sécuritaire comme la preuve d’une inquiétude croissante des autorités face à la reprise des manifestations antigouvernementales.
Dans une allocution télévisée diffusée devant l’assemblée, la présidente élue du CNRI, Maryam Radjavi, a déclaré que le régime iranien avait atteint ce qu’elle a décrit comme une « impasse terminale » à la suite des troubles nationaux de janvier 2026. Elle a soutenu que les autorités dépendaient de plus en plus de « coupures d’Internet, de fouilles arbitraires dans la rue et d’une purge sanglante des prisonniers politiques » pour contenir la dissidence.
Mme Radjavi a rendu hommage à huit membres de l’OMPI et à 17 manifestants qui auraient été exécutés ces dernières semaines, mettant en exergue les paroles attribuées au prisonnier politique Vahid Bani-Amerian avant son exécution : « Soyez-en sûrs : si vous m’exécutez, moi et ceux qui me ressemblent, nous ne ferons que nous multiplier. »
Message à la manifestation des Iraniens libres à Washington
Notre peuple en Iran aspire à un avenir façonné par les urnes, fondé sur le pluralisme, l'autonomie des minorités ethniques, la participation égale des femmes à la direction de la société et la séparation de la religion… pic.twitter.com/4cDM78kPhE— Maryam Radjavi (@Maryam_Rajavi_F) May 16, 2026
Elle a également affirmé que la poursuite des activités des « Unités de Résistance » démontrait que « le régime a échoué à entraver le soulèvement imminent ». Rejetant à la fois les politiques d’engagement envers Téhéran et les courants monarchistes à l’étranger, Mme Radjavi a qualifié les partisans d’un retour à la monarchie de « loups déguisés en brebis » tentant de faire revivre l’héritage de la SAVAK, l’ancienne organisation de renseignement du Shah.
Appelant à une pression internationale accrue sur Téhéran, elle a exhorté les gouvernements occidentaux à « bloquer toute concession diplomatique », à désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme une organisation terroriste et à reconnaître « la marche imminente du peuple iranien vers une société démocratique régie par les urnes, l’égalité des sexes et le pluralisme ». Mme Anahita Sami, avocate et militante associative irano-américaine, a ouvert le rassemblement en mettant l’accent sur le coût humain de la répression en Iran. Elle a déclaré qu’une « nouvelle génération, intrépide, a regardé la dictature droit dans les yeux et a refusé de s’agenouiller devant la tyrannie ».
Égrenant les noms de prisonniers politiques exécutés — parmi lesquels Pouya Ghabadi, Vahid Bani-Amerian et Babak Alipour —, Mme Sami a soutenu que le recours des autorités aux exécutions s’était retourné contre elles, affirmant que « chaque martyr » était devenu « un incendie incontrôlable ».
L’ancien membre du Congrès américain Patrick J. Kennedy a profité de son intervention pour attirer l’attention sur l’exécution de prisonniers politiques, y compris des dissidents âgés et des professionnels accusés d’activités d’opposition. « Un régime sûr de lui ne précipite pas des ingénieurs en architecture et en électricité vers la potence », a déclaré M. Kennedy, faisant référence aux récentes exécutions de partisans et de militants de l’OMPI.
Il a fait valoir que l’exécution de figures historiques de l’opposition — dont Abolhassan Montazer, un partisan de l’OMPI âgé de 67 ans — reflétait « une peur profonde et paralysante d’un nouveau soulèvement intérieur ».
M. Kennedy a également évoqué les opérations rapportées, menées par les « Unités de résistance » dans plusieurs villes iraniennes au cours des dernières semaines, affirmant que ces activités témoignaient d’un niveau d’organisation à l’intérieur de l’Iran que les décideurs politiques ne pouvaient plus ignorer. Il a qualifié le « Plan en dix points » du CNRI de « feuille de route précise pour des élections libres et un système judiciaire indépendant ».
L’ancienne ambassadrice des États-Unis au Danemark, Carla Sands, a critiqué des décennies de politiques d’engagement occidentales à l’égard de Téhéran, soutenant que cette ouverture diplomatique avait marginalisé les mouvements d’opposition organisés.
« L’existence d’une alternative démocratique hautement organisée et disciplinée, telle que le CNRI, réduit à néant le faux discours selon lequel le monde devrait choisir entre la théocratie actuelle et le chaos absolu », a déclaré Mme Sands.
Elle a également abordé le débat entourant les groupes monarchistes à l’étranger, accusant certaines organisations alignées sur l’ancien prince héritier Reza Pahlavi de faire l’apologie de la SAVAK. Mme Sands a affirmé que certains groupes monarchistes en Europe avaient défilé ouvertement arborant des « insignes représentant une époque définie par les chambres de torture et la répression politique ».
Un magazine français lève le voile sur les activités du fils du Chah #IranHumanrights #IranRevolution #FreeIran2026 #No2ShahNo2Mullahshttps://t.co/mJn95I48OY
— Iran Focus (@Iran_Focus) May 17, 2026
Le général à la retraite Wesley Clark, ancien Commandant suprême des forces alliées en Europe de l’OTAN, a abordé la question sous l’angle de la stratégie et de la sécurité. M. Clark a soutenu que la seule pression militaire ne suffirait pas à résoudre les tensions liées aux activités régionales de l’Iran ou à ses ambitions nucléaires.
« Les avions volant à 35 000 pieds, les porte-avions et les bombes anti-bunkers ne sont que des éléments périphériques », a déclaré M. Clark. « La cause profonde de l’instabilité régionale réside au sein même du régime. »
Faisant référence aux manifestations de janvier 2026, M. Clark a fait valoir que les vagues de protestation précédentes avaient démontré les limites de la dissidence pacifique dans les conditions actuelles. Il a affirmé qu’une « résistance armée interne et organisée » déterminerait, en fin de compte, la trajectoire future du pays.
Le rassemblement a également accueilli des représentants des communautés ethniques minoritaires d’Iran. Hejar Berenji, représentant le Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI/KDPI) aux États-Unis, a plaidé en faveur d’un système politique reconnaissant les droits des Kurdes, des Baloutches, des Arabes et des Azéris.
« Une véritable unité nationale ne peut se bâtir sur le silence forcé ou sur une nouvelle dictature centralisée », a déclaré M. Berenji. Il a résumé sa position par ce slogan : « Pas de dictature avec un turban, pas de dictature avec une couronne. »
M. Berenji a par ailleurs critiqué les négociations en cours avec Téhéran, appelant à « la fin immédiate des négociations menées par-dessus la tête du peuple iranien ».
De jeunes intervenants irano-américains ont mis l’accent sur le rôle des femmes et de la jeunesse dans les récents mouvements de protestation. Kimia Arya, étudiante en biologie à l’Université de Houston, a évoqué la participation des femmes aux manifestations de janvier 2026 ainsi que l’impact de la répression qui s’en est suivie.
« La vague actuelle d’exécutions ne projette pas une image de force de l’État », a affirmé Mlle Arya. « Elle révèle une faiblesse paralysante de la part d’un régime profondément terrifié par ses étudiants et sa jeunesse. »
Elle a ajouté que les jeunes générations en Iran n’accepteraient « rien de moins qu’une république tournée vers l’avenir, totalement affranchie tant du turban que de la couronne ».
Ali Ziaie, ancien champion canadien de wushu et diplômé en sciences politiques, a livré un témoignage personnel sur son enfance au sein d’une famille touchée par l’emprisonnement politique en Iran. Il a raconté avoir appris dès son plus jeune âge que « le simple fait de prononcer le nom du MEK était passible de la peine de mort ». Ziaie a soutenu que chaque exécution perpétrée par les autorités constituait désormais « un aveu officiel de la part des mollahs qu’ils ont perdu le contrôle de l’âme de la nation ».
L’événement s’est conclu par un message de l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, qui a qualifié le système politique actuel en Iran de système « s’effondrant rapidement, tant de l’intérieur que de l’extérieur ». Il a qualifié le plan en dix points du CNRI de « repère constitutionnel essentiel pour une transition post-régime ».
Tout au long du rassemblement, les intervenants sont revenus à maintes reprises sur trois thèmes : l’opposition aux exécutions et à la répression en Iran, le rejet tant du pouvoir clérical que d’une restauration monarchique, et le soutien aux réseaux organisés œuvrant pour un changement politique depuis l’intérieur même du pays.

