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Une « prison » appelée Liberté

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Vincent Braun

La libre –  le 04/02/2012

Les résidents iraniens du camp d’Ashraf seront relogés dans un autre lieu en territoire irakien. Mais le gouvernement irakien y a fixé des conditions d’hébergement dignes d’un centre de détention.
Le report de la fermeture du camp irakien d’Achraf, prévue initialement à la fin de l’année dernière et désormais au mois d’avril, ne règle pas pour autant la situation des citoyens iraniens qui y ont trouvé refuge dans les années 80. Le mémorandum d’entente, signé in extremis fin décembre par les autorités irakiennes et les Nations unies, prévoit le transfert des résidents vers le camp Liberté, une ancienne base militaire américaine située dans la banlieue de Bagdad. Officiellement, l’Irak souhaite fermer le camp d’Ashraf, récemment rebaptisé camp Nouvel Irak, pour des raisons de souveraineté territoriale.

Le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Irak, l’Allemand Martin Kobler, a déclaré jeudi que le camp Liberté était prêt à recevoir la première vague des résidents d’Ashraf. Fin décembre, 400 d’entre eux avaient déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à s’y établir avec leurs véhicules et leurs mobiliers. « Il faut encourager les résidents du camp d’Ashraf à sauter le pas », a encore déclaré Martin Kobler à Bruxelles, tout en précisant que les autorités irakiennes auraient à assurer leur sécurité.

Des déclarations faites sur foi du rapport de la Mission d’assistance des Nations unies pour l’Irak (Manui), paru en début de semaine, et selon lequel le camp Liberté est prêt pour accueillir 5 500 personnes, conformément aux normes humanitaires internationales mentionnées dans l’accord de transfert signé fin décembre par l’Onu et l’Irak.

Cet état des lieux fait l’objet de vives critiques de la part de l’organisation des Moujahidin du peuple d’Iran (OMPI), la principale composante de la résistance au régime théocratique de Téhéran, dont 3 400 membres occupent encore le camp d’Ashraf. Pour cette organisation, le « déménagement » des Ashrafiens d’un endroit à un autre du territoire irakien, qui doit selon l’accord se faire sur base volontaire, apparaît comme un « déplacement forcé ». Et, surtout, il ne fait que déplacer le problème.

Selon le mémorandum de décembre, le Haut commissariat aux réfugiés de l’Onu (HCR) doit y mener des entretiens avec les résidents dans la perspective de leur accorder, le cas échant, le statut de réfugiés, « une première étape indispensable en direction d’une solution à long terme » , précise le texte de l’accord. Ainsi protégés par le droit international, les réfugiés pourraient ainsi se voir accorder l’asile dans un pays tiers. « Mais pourquoi cette procédure, que le HCR n’a pas pu mener à Ashraf, pourrait-elle l’être à Liberty » , se demande-t-on au Conseil national de la résistance de l’Iran (CNRI) ?

L’organisation proteste aussi contre cette « confirmation précipitée » de la préparation du camp Liberté dans la mesure où elle « met en danger la vie des Ashrafiens » . Pour le CNRI, les conditions d’hébergement fixées par les autorités irakiennes font de ce camp une véritable « prison ». « Il est entouré de murs hauts de près de quatre mètres, il n’y a pas d’eau potable, les résidents ne disposeront que d’une parcelle réduite du camp, ils n’auront pas le droit d’emporter leurs affaires personnelles, ni de celui de sortir du camp, il y aura une forte présence des forces de l’ordre irakiennes à l’intérieur… », énumère Shahin Gobadi, un des représentants du CNRI. Pour lui, depuis qu’il a pris la décision de reporter la fermeture d’Ashraf, le gouvernement irakien fait systématiquement obstruction à ce déménagement et se dérobe aux engagements qu’il a pris.

Pour les opposants iraniens, la situation est claire : c’est encore et toujours l’Iran qui « tire les ficelles » en coulisse. « L’Iran a besoin d’alliance car il est de plus en plus isolé au Moyen-Orient. Les sanctions internationales qui s’accumulent en raison de son programme nucléaire contesté pèsent de plus en plus sur son économie. La Syrie, son allié, connaît de graves problèmes. Donc, l’Iran et le gouvernement irakien disposent d’un plan commun visant à démanteler le principal groupe de l’opposition iranienne, résume M. Gobadi. Mais l’Iran oublie que les Ashrafiens ne représentent qu’une petite partie de la résistance ».

L’opposition iranienne exhorte donc la Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui soutiennent le mémorandum, d’intervenir dans le dossier de sorte que le camp Liberté, où les résidents d’Ashraf ont accepté le principe d’être relogés, ne se transforme pas en une véritable prison.

http://www.lalibre.be/actu/international/article/717657/une-prison-appelee-liberte.html
 

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