Agence France-Presse
15 juin 2024 à 17h48
La libération par Stockholm, dans le cadre d’un échange de prisonniers, d’un ex-haut responsable de l’administration pénitentiaire iranienne détenu en Suède, est « honteuse et injustifiable », a dénoncé le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), groupe d’opposition en exil.
L’Iran et la Suède ont annoncé samedi un échange de prisonniers.
La Suède a annoncé les libérations de Johan Floderus, un diplomate de l’UE détenu en Iran depuis avril 2022, accusé d’espionnage et risquant d’être condamné à mort, et de Saeed Azizi, arrêté en novembre 2023.
De son côté, l’Iran a annoncé qu’Hamid Noury, ancien haut responsable de l’administration pénitentiaire iranienne, serait de retour dans son pays en fin d’après-midi.
Cet Iranien de 63 ans avait été arrêté en 2019 à Stockholm puis condamné à la perpétuité pour son rôle dans les exécutions de masse d’opposants ordonnées par Téhéran en 1988.
Le dossier des prisonniers a fortement tendu ces dernières années les relations entre la Suède et l’Iran. Téhéran exigeait la libération de Hamid Noury et critiquait un procès partial.
« La libération d’Hamid Noury, l’un des auteurs du massacre de 30.000 prisonniers politiques, dont 90% étaient des membres ou des sympathisants de l’Organisation des moudjahidine du peuple d’Iran, est honteuse et injustifiable », a fustigé dans un communiqué le CNRI, groupe d’opposition en exil et vitrine politique de l’Organisation des moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI).
« Tous les prisonniers, victimes de tortures, plaignants, familles des martyrs des massacres, et l’ensemble de la nation iranienne condamnent avec véhémence cette libération honteuse d’Hamid Noury, qui avait été condamné à la prison à vie », ajoute le CNRI.
Cette libération « est aussi une insulte à la justice suédoise », estime le CNRI.
M. Noury avait été arrêté en 2019 à l’aéroport de Stockholm, où des opposants iraniens affirment l’avoir attiré pour permettre son arrestation, rendue possible par l’extraterritorialité des crimes les plus graves en droit suédois.
Il avait été condamné en juillet 2022 à la prison à perpétuité pour « crimes aggravés contre le droit international » et « meurtres », une première dans le monde pour de tels faits.
Des groupes de défense des droits humains estiment qu’au moins 5.000 prisonniers ont été exécutés en Iran à l’été 1988 lors de sentences prononcées à la chaîne par des « comités de la mort ».
Cette libération, qui « laisse en état de choc un nombre incalculable de victimes et l’ensemble de la société iranienne (…) devrait aussi inquiéter grandement les défenseurs des droits de l’Homme à travers le monde », a estimé auprès de l’AFP Shadi Sadr, cofondatrice de l’ONG Justice for Iran.
« Cela soulève des questions graves sur l’influence de la politique sur les affaires de juridictions universelles », a-t-elle estimé.
Pour Mahmood Amiry Moghaddam, directeur de l’ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, la libération de M. Noury « marque un chapitre honteux dans l’histoire du gouvernement suédois ».
« Cette décision va mettre encore plus en danger les ressortissants étrangers voyageant en Iran », a-t-il estimé. « C’est un message au régime iranien: « peu importe les crimes que vous commettez, nous sommes prêts à entrer en relation avec vous » », déplore-t-il.

