Cinq sources de renseignement ont informé Reuters des activités d’un réseau complexe de contrebande de pétrole en Irak qui opère depuis le mandat du Premier ministre Mohammed Shia al-Sudani. Selon ces sources, le réseau génère au moins 1 milliard de dollars par an pour l’Iran et ses intermédiaires.
Selon ces cinq sources et trois rapports relativement récents d’agences de renseignement occidentales, le réseau exploite une politique du gouvernement irakien consistant à fournir du fioul à bas prix aux entreprises d’asphalte. Il implique un large éventail d’entreprises, de groupes et d’individus en Irak, en Iran et dans les pays du Golfe.
Reuters indique que chaque mois, entre 500 000 et 750 000 tonnes de fioul lourd, y compris du fioul à haute teneur en soufre (HSFO), soit l’équivalent de 3,4 à 5 millions de barils de pétrole, sont détournées des entreprises d’asphalte et exportées vers les pays asiatiques.
L’une des méthodes consiste à mélanger du fioul irakien avec du fioul iranien et à l’exporter comme un produit purement irakien.
Selon les cinq sources qui ont parlé à Reuters, Téhéran utilise cette méthode pour contourner partiellement les sanctions américaines strictes sur ses exportations d’énergie.
En raison de la similitude frappante entre le fioul iranien et le fioul irakien, il est scientifiquement impossible de faire la distinction entre les matériaux exportés homogènes et mélangés.
La deuxième méthode consiste à exporter du fioul qui est légalement alloué à très bas prix aux entreprises d’asphalte en vertu des réglementations du gouvernement irakien.
Selon le rapport, Téhéran « bénéficie directement » de la première méthode. L’Iran est depuis longtemps contraint de vendre son pétrole à des prix très bas à un nombre limité de clients, comme la Chine, en raison des sanctions. En le faisant passer pour du pétrole irakien, il peut obtenir des revenus plus élevés.
La deuxième méthode sert principalement de source de revenus aux milices soutenues par Téhéran, qui contrôlent l’ensemble du réseau de contrebande en Irak.
Trois sources, basées sur un calcul approximatif du volume de pétrole transitant par ce réseau et de son prix moyen, estiment que les revenus annuels du réseau se situent entre 1 et 3 milliards de dollars.
L’Iran considère l’Irak comme une bouée de sauvetage économique essentielle, s’appuyant sur de puissants groupes de milices et sur les partis politiques qu’il soutient pour exercer une influence politique, militaire et économique significative dans le pays voisin.
Ces dernières années, Bagdad a essayé de maintenir des liens étroits avec Téhéran tout en étant un allié fiable pour Washington. Cependant, avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et sa possible répression des tentatives de l’Iran de contourner les sanctions, la coopération de l’Irak avec le gouvernement iranien sera scrutée de plus près.
La forte dépendance des dirigeants irakiens envers les milices chiites soutenues par l’Iran pour rester au pouvoir a rendu extrêmement difficile pour eux de lutter contre les activités illégales, notamment la contrebande de pétrole.

