Alors que les perturbations et les coupures généralisées d’Internet se poursuivent à travers l’Iran, des rapports font état de la création d’un nouvel organisme baptisé « Quartier général pour l’organisation et l’orientation du cyberespace ». Cette évolution intervient alors que les coupures et les restrictions d’Internet entrent dans leur 83e jour, des millions de citoyens étant toujours confrontés à de sévères limitations dans leur accès au réseau mondial.
Le mardi 19 mai, le quotidien d’État *Shargh* a révélé la création de ce nouveau quartier général dans un article. Selon ce rapport, il a été interdit aux responsables gouvernementaux et aux membres du cabinet de s’exprimer auprès des médias sur les détails de cette structure. Ce silence officiel a accru l’incertitude quant aux objectifs et aux pouvoirs de ce nouvel organisme.
📢 Metrics show the internet blackout in #Iran has now entered its 83rd day with international networks largely barred for over 1968 hours. A free and open internet is central to the protection of life, liberty and public accountability. pic.twitter.com/XZoRnRiXoF
— NetBlocks (@netblocks) May 21, 2026
Les rapports indiquent que ce quartier général regroupe un large éventail d’institutions relevant du régime, des services de sécurité et de l’armée. Parmi ses membres figurent le procureur général, des députés du *Majlis* (le Parlement), les ministères des Communications, du Renseignement, de la Culture et de l’Orientation islamique, ainsi que de la Science ; on y trouve également la vice-présidence de la République chargée de la science et de la technologie, les secrétaires du Conseil suprême du cyberespace et du Conseil suprême de la sécurité nationale, l’Organisation du renseignement des Gardiens de la révolution (IRGC), ainsi que plusieurs représentants du secteur privé.
Coupure d’Internet et expansion des structures de sécurité parallèles
La création de ce quartier général intervient en dépit du fait que diverses institutions étaient déjà chargées, ces dernières années, de l’élaboration des politiques relatives à Internet et au cyberespace. La mise en place d’une structure supplémentaire a, une fois de plus, suscité des inquiétudes quant au chevauchement des compétences et au manque de transparence dans la gouvernance d’Internet.
Certains médias nationaux ont souligné que le choix du moment pour la création de ce quartier général — concomitante aux perturbations et coupures persistantes d’Internet — a intensifié les inquiétudes concernant le rôle croissant des institutions de sécurité dans le contrôle de l’espace en ligne. Des militants du secteur technologique ont également mis en garde contre une concentration accrue du pouvoir dans la gestion d’Internet.
Ces dernières semaines, des utilisateurs de diverses villes ont signalé des coupures constantes d’Internet, de sévères ralentissements de débit ainsi que des perturbations dans l’accès aux plateformes de réseaux sociaux et aux applications de messagerie. De nombreuses entreprises en ligne ont également fait état de lourdes pertes causées par cette situation.
Parallèlement, l’organisation de surveillance d’Internet NetBlocks a annoncé que la coupure d’Internet en Iran entrait dans son 83e jour, totalisant désormais 1 968 heures. L’organisation a souligné que l’accès du public au réseau mondial demeure à son niveau le plus bas.
Un Internet à plusieurs vitesses et des restrictions croissantes
Parallèlement aux restrictions généralisées et aux coupures d’Internet, des informations ont fait état de l’octroi d’un accès privilégié au réseau à certaines institutions et à des individus triés sur le volet. Selon ces rapports, un système d’accès à Internet à plusieurs vitesses a été mis en place pour certaines entreprises, organisations et personnalités proches du régime ; une situation qui a suscité de vives réactions parmi les utilisateurs des réseaux sociaux.
Les critiques affirment que le régime iranien a restreint l’accès public à Internet tout en garantissant des voies d’accès stables et sans entraves à des secteurs privilégiés. Cette situation a creusé un nouveau fossé entre les citoyens ordinaires et les institutions du régime.
Au cours des derniers mois, sur fond de manifestations généralisées et d’un climat de sécurité de plus en plus pesant, la pression exercée sur les militants des médias et les utilisateurs des réseaux sociaux s’est également intensifiée. Des rapports indiquent que des dizaines de citoyens, dans diverses villes, ont été arrêtés en raison de leurs activités en ligne, de l’utilisation d’outils de contournement de la censure ou de la publication de contenus sur les plateformes de réseaux sociaux.
Les organisations de défense des droits de l’homme ont maintes fois averti que les coupures d’Internet en Iran ne constituent pas de simples mesures techniques, mais des outils visant à contrôler les manifestations, à entraver la libre circulation de l’information et à intensifier la répression médiatique.
Bien que les responsables du régime iranien n’aient pas encore fourni d’explication claire quant aux attributions de ce nouveau quartier général, de nombreux observateurs perçoivent cette initiative comme s’inscrivant dans la politique globale du régime des mollahs : instaurer un contrôle total sur Internet et restreindre davantage l’espace numérique — une politique qui a pris une ampleur considérable ces dernières années, parallèlement à la montée des contestations populaires.

