Chaque année, le 17 juin, la Journée mondiale de lutte contre la désertification constitue une occasion d’attirer l’attention sur l’une des plus grandes menaces environnementales de la planète. Pour l’Iran, cependant, cette journée n’est pas seulement une commémoration internationale ; elle rappelle une crise dont les effets sont visibles chaque jour dans la vie de millions de personnes, des tempêtes de poussière et de l’assèchement des terres agricoles à l’exode rural et aux menaces pesant sur la sécurité alimentaire du pays.
L’Iran est situé depuis longtemps dans la ceinture aride mondiale, mais ce que l’on observe aujourd’hui n’est pas seulement le résultat des conditions climatiques. De nombreux experts estiment qu’une part importante de la crise actuelle est le produit de décennies de mauvaise gestion, de prises de décisions non scientifiques et des politiques destructrices du régime iranien dans les domaines de l’eau et de l’environnement.
Selon les statistiques officielles, sur les 164 millions d’hectares de superficie du territoire iranien, environ 32 millions d’hectares sont constitués de terres désertiques, et la moitié de cette superficie se trouve dans un état critique et est devenue une source de tempêtes de poussière.
Les études menées par l’Université de Téhéran et le ministère iranien de l’Énergie montrent également qu’environ 88 % du territoire du pays est touché par la désertification.
L’Iran sur la voie de la désertification
Les chercheurs ont indiqué que l’Iran occupe le cinquième rang mondial en matière d’expansion des déserts, avec environ 40 hectares de terres qui se transforment en désert chaque jour.
En outre, environ 100 millions d’hectares de terres iraniennes sont affectés par l’érosion hydrique, tandis que plus de 20 millions d’hectares sont confrontés à l’érosion éolienne. Dans certaines régions du pays, l’érosion des sols a été estimée jusqu’à six fois supérieure à la moyenne mondiale.
La question principale demeure toutefois : pourquoi un pays disposant de ressources naturelles aussi importantes en est-il arrivé à cette situation ?
Les experts ont à plusieurs reprises averti que la surexploitation des eaux souterraines, la construction extensive de barrages sans évaluations environnementales, les projets non scientifiques de transfert d’eau, la destruction des zones humides, l’exploitation minière non réglementée et la conversion des pâturages en terres agricoles figurent parmi les principaux facteurs ayant intensifié la désertification en Iran. De nombreuses zones humides du pays, notamment Hoor al-Azim, Gavkhouni, Bakhtegan et Jazmourian, ont subi un assèchement sévère ces dernières années, et ces régions sont désormais devenues d’importantes sources de tempêtes de poussière.
À cette mauvaise gestion s’ajoute une corruption structurelle qui a également joué un rôle important. De nombreux projets d’infrastructure et de gestion de l’eau ont été réalisés non pas en fonction des besoins environnementaux, mais selon les intérêts économiques et politiques de factions puissantes.
La négligence des autorités à l’égard de ce problème est illustrée par le fait que les budgets alloués à la lutte contre ce phénomène ne correspondent même pas au prix d’une voiture fabriquée localement. Par exemple, selon le gouverneur du district de Dehloran, seulement 30 milliards de rials (environ 17 000 dollars) provenant des fonds gouvernementaux de développement ont été alloués l’an dernier aux projets de lutte contre la désertification dans ce district.
Selon un rapport de l’Organisation iranienne des ressources naturelles et de la gestion des bassins versants, les dommages directs causés par l’érosion éolienne et l’expansion des déserts sont estimés à au moins 30 000 milliards de rials (environ 17 millions de dollars) par an. Ce chiffre ne représente qu’une partie des pertes économiques et n’inclut pas les dégâts causés aux terres agricoles, aux pâturages, aux routes, aux voies ferrées, aux installations industrielles, ni les coûts liés au traitement des maladies respiratoires provoquées par les tempêtes de poussière, au chômage, à la pauvreté et à l’exode rural massif.
Le véritable coût de ces politiques est finalement supporté par le peuple iranien à travers la baisse de la production agricole, la destruction des pâturages, l’augmentation des maladies respiratoires, le chômage, la pauvreté et la migration massive des populations rurales.

