Le site d’information public Rokna a publié des déclarations d’Iraj Rahbar, président de l’Association des constructeurs de logements de masse de Téhéran, concernant la crise du logement en Iran. Il a fait état d’une hausse moyenne de 100 % du prix des matériaux de construction et a précisé que certains produits issus de l’industrie pétrochimique avaient vu leur prix plus que doubler. En seulement 40 jours, le prix des barres d’armature a augmenté d’environ 230 millions de rials (soit près de 123 dollars).
Dans de telles conditions, aucun investisseur ne peut se projeter dans l’avenir. Le secteur de la construction, longtemps moteur essentiel de l’emploi et de l’investissement dans l’économie iranienne, est lui-même devenu l’une des principales victimes de cette instabilité.
La hausse des salaires des travailleurs doit également être envisagée dans ce contexte. Le salaire journalier d’un ouvrier non qualifié est passé d’environ 12 millions à environ 25 millions de rials (soit près de 14 dollars).
Les prix des matériaux de construction en Iran augmentent de 100 % #IranEconomyhttps://t.co/szGOrdOq2q
— Iran Focus (@Iran_Focus) August 7, 2026
Des projets qui restent au stade du papier
Selon le rapport publié par Rokna, le coût réel de construction atteint désormais entre 550 et 700 millions de rials par mètre carré (environ 293 à 373 dollars), alors que les contrats du projet « Mouvement national du logement » avaient été signés sur la base des prix de 2023, soit 85 millions de rials par mètre carré (environ 46 dollars). Même après ajustement des prix, l’écart entre les coûts de construction réels et les montants contractuels demeure considérable.
Cet écart démontre que de nombreux projets reposaient, dès le départ, sur des estimations ne correspondant plus aux réalités économiques actuelles.
Une conséquence directe de la crise du logement sera une nouvelle augmentation des prix d’achat et des loyers, exerçant une pression accrue sur des millions de familles.
La crise du logement : de l’économie à la société
La crise du logement est désormais devenue un enjeu social. Le recul de la construction de logements, l’extension de l’habitat informel, l’augmentation du nombre de locataires, le report de la constitution d’un foyer et le creusement des inégalités sociales sont autant de conséquences interdépendantes de cette tendance. Pour une large partie de la société, le logement est passé du statut de besoin fondamental à celui de bien inaccessible. Dans ces conditions, le rêve d’accéder à la propriété a laissé place à la lutte pour payer le loyer du mois suivant. Tant sur le plan économique que social, cette situation ne saurait être considérée comme le simple fruit de fluctuations passagères du marché. La persistance de l’inflation, la dévaluation de la monnaie nationale, l’instabilité de l’environnement des affaires et l’érosion de la confiance des investisseurs ont concouru à provoquer le grave ralentissement qui frappe actuellement le secteur de la construction.
Si cette tendance se poursuit, ses répercussions dépasseront largement le cadre du secteur de la construction. La baisse de l’emploi, la réduction des investissements, l’aggravation de la pauvreté urbaine et l’accroissement des inégalités figurent parmi les conséquences susceptibles de peser sur l’économie et la société iraniennes pour les années à venir. Dans ce contexte, la crise du logement ne constitue pas seulement un problème sectoriel, mais le reflet de défis plus profonds en matière d’économie et de gouvernance auxquels l’Iran est aujourd’hui confronté.

